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Désinformation sur la COVID-19: une douzaine de chiropraticiens dans l'eau chaude

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Cet article fait partie d'un dossier sur les dizaines de travailleurs qui ont été punis depuis le début de la pandémie pour leurs propos antivaccins, anti-mesures sanitaires ou encore pour avoir omis de respecter certaines règles. Des intervenants expliquent la nécessité de ces sanctions tandis que d'autres dénoncent un «dérapage».


Pas moins de 12 chiropraticiens ont fait ou feront face à leur Conseil de discipline pour des propos ou comportements reliés à la crise sanitaire dans les deux dernières années. 

C’est de loin la profession la plus touchée par le phénomène.

Pour Yves Gingras, professeur, ce n’est pas une surprise. 

Dans ce domaine, on tend à observer une montée des courants «néoromantiques» au faible contenu scientifique et autres «conneries spiritualistes», image le professeur en histoire des sciences à l’Université du Québec à Montréal.

Il s’agit pourtant d’une profession «paramédicale», qui implique que les clients vont consulter pour des problèmes de santé, note-t-il.

Pour l’avocat Pierre Daignault, qui défend plusieurs d’entre eux, il s’agit plutôt de la «chasse aux sorcières» d’un ordre professionnel, où les membres sont davantage «attaqués» que dans d’autres professions. 

L’Ordre des chiropraticiens du Québec a refusé notre demande d’entrevue. 

PARTAGES DOUTEUX SUR FACEBOOK

Trois chiropraticiens ont été sanctionnés pour avoir relayé des publications à tendance complotiste sur les réseaux sociaux. 

Leur avocat Pierre Daignault argue que cela relève de leur vie privée. Il rappelle qu’ils ont respecté les mesures sanitaires et n’ont pas commis de faute dans leur pratique. 


Michèle Morissette

Photo tirée de Twitter

  • Gatineau

Amende : 5000 $

A démissionné de l’Ordre

À l’été 2020, elle publiait des informations dénonçant le port du masque et remettant en doute la gravité de la situation sur sa page Facebook publique, sur laquelle elle se présentait comme docteure en chiropratique.

Il n’a pas été possible de joindre Mme Morissette.

Le dossier est en appel, car elle souhaite retirer son plaidoyer de culpabilité.


Lucie Gagnon

  • Québec
  • Radiée 2 semaines en 2022

Amende : 5000 $

Malgré les avertissements de la syndique en 2020, elle a continué à partager des vidéos où l’on parle d’« alliance galactique et de fausse pandémie ». 

Mme Gagnon a dirigé Le Journal vers son avocat. Il indique que son dossier n’est pas final, car le délai d’appel n’est pas terminé.


André Lajoie

Photo courtoisie

  • Lévis
  • Radié 1 semaine en 2022

Amende : 5000 $

«Aïe... un secret... Je travaille sans masque depuis 18 mois et pas d’éclosion chez nous», a-t-il publié sur la page Facebook de l’Ordre en août 2021. 

Contacté au téléphone, M. Lajoie assure qu’il n’a jamais fait de publication antivaccin. 

«J’ai seulement posé des questions.»

La décision a été portée en appel. 

DÉMÉNAGÉ AUX É.-U.

Richard Donaldson

Capture d'écran

  • Québec
  • Radiation de 4 mois et 2 semaines

Amende : 15 000 $

Le Conseil de discipline lui reproche notamment d’avoir omis de porter le masque dans sa clinique et de ne pas avoir désinfecté ses équipements. Lors d’un traitement avec un enquêteur, il a tenu des propos antivaccins non fondés. 

Il a également fait des pressions à son jeune associé pour qu’il nie les allégations lorsque confronté par la syndique, a-t-on appris lors d’une audience le 5 avril dernier. 

De plus, il a vanté les bienfaits de la science chiropratique comme façon de «booster le système immunitaire», peut-on lire dans un document du 22 avril. 

M. Donaldson habite maintenant en Floride et travaille en aménagement paysager en attendant de pouvoir pratiquer aux États-Unis, ce qui est incertain en raison de la tache à son dossier québécois, a-t-il expliqué en audience.

Le dossier de M. Donaldson n’a pas été porté en appel, indique son avocat Pierre Daignault.   

PORT DU MASQUE INTERMITTENT

Michel Aumont

  • Sainte-Croix et Lévis
  • Radié 3 mois en 2021

«Le Dr Aumont discute avec une cliente à la réception et il minimise la gravité de la pandémie», selon le rapport d’infiltration cité dans le document du 16 avril 2021.

Le Conseil de discipline lui reproche d’avoir porté son masque de façon intermittente dans la clinique, mais juge que son risque de récidive est faible. 

Joint au téléphone, M. Aumont assure être un «chiro exemplaire». Il explique que le masque lui donnait mal à la tête. «Mais je n’ai pas fait d’histoires.» Il précise que ce dossier est «réglé». 

MULTIPLES PROBLÈMES

Frederick Zarow

  • Montréal
  • Radié pour 20 ans et 3 mois

Amendes : 10 000 $

Le fait de ne pas avoir respecté les mesures sanitaires n’est qu’une des nombreuses infractions reprochées à M. Zarow. Il avait posé des gestes à caractère sexuel envers une patiente en 2020 et avait même plaidé coupable à une infraction criminelle sans aviser l’Ordre. 

Il n’a pas non plus respecté l’engagement qui lui interdisait de pratiquer auprès d’une clientèle féminine, peut-on lire dans le document du 18 octobre 2021. 

Joint au téléphone, M. Zarow n’a pas souhaité commenter.  

«DES MÉDECINS SE FONT TUER»

Raymond Messier

  • Laval
  • A devancé sa retraite 

Amende : 3500 $

En plus d’avoir omis de porter le masque, M. Messier a affirmé que «des médecins de partout dans le monde se sont fait tuer parce qu’ils ont trop parlé» à un enquêteur se faisant passer pour un client.

«Le chiro vient le rejoindre à la réception et lui serre la main [...] Il ne porte pas de masque et n’utilise pas la bouteille de désinfectant», peut-on lire dans le document du 25 février 2022. 

M. Messier n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.   

PETIT LAXISME

Michel Charbonneau

  • Montréal
  • Radié pendant 45 jours en 2022

Amende : 3250 $

Le Conseil de discipline lui reprochait d’avoir omis de porter le masque en présence de clients et de leur avoir dit que le port du couvre-visage était à leur discrétion. 

Contrairement à d’autres professionnels sanctionnés, il ne s’agit toutefois pas d’une personne tenant des propos complotistes, a tenu à préciser le conseil dans le document du 22 mars 2022. 

«Il a rapidement réalisé qu’il devait corriger certaines lacunes», a expliqué son avocate, Rose-Mélanie Drivod, par courriel. «Il a d’ailleurs fait faire chez son optométriste [...] des lunettes de protection ajustées à sa vue», a-t-elle ajouté, photo à l’appui.

EN ATTENTE

François Poulin

  • La Prairie
  • En attente 

La syndique lui reproche d’avoir omis de respecter certaines règles sanitaires et tenu des propos dérogatoires au printemps 2021. Les audiences sur culpabilité n’ont pas encore eu lieu. Joint au téléphone, M. Poulin n’a pas souhaité commenter. 

D’AUTRES MÉTIERS TOUCHÉS 

EMPLOYÉS SANS MASQUE

Véronique Michaud, opticienne

La façade de la lunetterie La Vue du centre commercial Fleur de Lys à Québec.
Photo Didier Debusschère
La façade de la lunetterie La Vue du centre commercial Fleur de Lys à Québec.

  • Québec
  • Sanction connue sous peu

Mme Michaud est propriétaire de cinq lunetteries La Vue. À répétition, les employés de la succursale du centre commercial Fleur de Lys ont fait défaut de respecter les mesures sanitaires préconisées par l’Ordre des opticiens d’ordonnance malgré les rappels de la syndique. 

À trois reprises, un enquêteur s’est présenté sur place pendant l’été 2020: pas de masque, pas de questions sur les symptômes de Covid-19 ni de prise de température, rapporte-t-on dans les documents de mai 2021. 

En octobre 2021, une enquêteuse a téléphoné dans trois succursales. 

Aux trois endroits, on permettait aux clients de se présenter sans rendez-vous, contrairement aux consignes. Dans une des succursales, Mme Michaud avait elle-même répondu. 

Mme Michaud a été déclarée coupable de plusieurs chefs. 

La sanction qui lui sera imposée sera rendue publique sous peu. 

Son avocate a décliné notre demande d’entrevue.  

COMPARER L’URGENCE SANITAIRE AU «NAZISME»

Sébastien Cormier, infirmier auxiliaire

Photo tirée de Facebook

  • Sherbrooke 
  • En attente 

Depuis l’été 2020, M. Cormier aurait publié des contenus antivaccins et anti-mesures sanitaires considérés comme «irrespectueux ou diffamatoires», selon la plainte déposée au Conseil de discipline. 

Il aurait publié sur sa page Facebook «des images ou des propos indignes de la profession d’infirmier auxiliaire, relativement au contexte d’urgence sanitaire de la COVID-19, allant notamment jusqu’à le comparer au nazisme».

Les audiences dans son dossier débuteront bientôt. 

Contacté par Facebook, il n’a pas souhaité commenter.

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