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De plongeuse à patronne associée en quatre ans: une immigrante vit son «rêve québécois»

Kaltoum Joukarrid
Photo Pierre-Paul Poulin La Marocaine Kaltoum Joukarrid a commencé comme plongeuse chez la saucisserie Ils en fument du bon et elle a progressé jusqu’à devenir patronne.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine. 


En seulement quatre ans au Québec, une jeune Marocaine est passée de plongeuse à patronne associée dans un commerce. Si certains parlent du «rêve américain», cette dernière réalise son «rêve québécois».

Kaltoum Joukarrid n’a pas encore la citoyenneté et le droit de vote, mais déjà elle détient des parts dans une fameuse saucisserie artisanale où elle a su se rendre indispensable.

«Elle est tellement fiable, travaillante, organisée et gentille que je ne pouvais pas risquer de la perdre, surtout quand la main-d’œuvre se fait rare, alors j’ai décidé de me l’associer durablement en lui donnant 10 % de l’entreprise», m’explique le chef Felipe St-Laurent, le fondateur de la saucisserie Ils en fument du bon, basée au marché Jean-Talon.

La jeune cheffe de la production m’a présenté son équipe et son laboratoire de travail.
Photo Pierre-Paul Poulin
La jeune cheffe de la production m’a présenté son équipe et son laboratoire de travail.

Rien ne semblait destiner cette femme timide, qui évitait de regarder les hommes dans les yeux et qui parlait à peine français, à un rôle de cheffe d’équipe.

«J’ai grandi dans les montagnes avec ma grand-mère, sans électricité et sans école, nous parlions seulement l’amazigh [la langue berbère] et j’ai appris l’arabe tard en arrivant en ville à l’âge de 10 ans», se souvient cette troisième d’une famille de huit enfants.

Déménager au Québec? Ce n’était pas dans ses plans.

«J’ai épousé un ingénieur québécois qui travaillait au Maroc et je pensais le suivre au gré de ses contrats en Afrique du Sud ou en Arabie saoudite, mais un jour son pays lui a trop manqué et il m’a dit : “Fais tes valises, on va au Québec”... et là, je me suis retrouvée à Repentigny.»

Kaltoum Joukarrid
Photo Pierre-Paul Poulin

Dans ce contexte radicalement différent, son mariage n’a pas tenu bon.

«Nous nous sommes séparés amicalement. Lui aurait voulu une vie de famille en région. J’aspirais à une existence plus indépendante en ville.»

Aussitôt qu’elle obtient le droit de travailler, Kaltoum vient distribuer son CV au marché Jean-Talon. 

«En entrevue à Ils en fument du bon, on m’a demandé si ça me dérangeait de faire des saucisses avec du porc puisque je n’en mange pas, et j’ai dit : “Non, je veux travailler.” Le travail, c’est une chose, et la religion, une autre.»

«Si je fais un mets avec du porc, je le fais déguster à tout le personnel et je recueille leur avis, c’est tout.»

Gravir les échelons

Embauchée en 2017 à l’âge de 25 ans, elle se démène à la plonge pendant deux mois. Puis, elle apprend à préparer les ingrédients pour les saucisses. Ensuite, elle devient sous-cheffe, puis cheffe. Enfin, patronne.

Kaltoum Joukarrid
Photo Pierre-Paul Poulin

«J’ai cru que c’était une blague que Felipe me faisait en me disant qu’il me voulait comme associée, mais j’ai compris que c’était sérieux quand on a signé les papiers à l’automne 2021... J’étais très émue et très fière!»

Peu scolarisée, la nouvelle patronne a une mémoire fulgurante : elle peut dire la date exacte où elle a commencé tel poste... Et elle apprend vite.

«J’ai été obligée d’apprendre à écrire le français sur le tas... Maintenant, je me débrouille.»

Elle gère 12 employés et planifie la production. Sa fameuse timidité initiale? Disparue.

«J’ai mon propre logement et un travail que j’aime, de bons collègues et ma liberté», dit-elle.

«C’est ici que je vois mon avenir, je ne veux pas retourner au Maroc: je prépare ma demande de citoyenneté.»

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