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Plus de 300 000 compteurs «intelligents» remplacés en trois ans

Hydro-Québec doit remplacer des appareils après seulement 9 ans de vie utile

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Si les anciens compteurs «à roulette» pouvaient durer plus de 25 ans, les nouveaux appareils dits «intelligents» ont une durée de vie beaucoup moins longue. Hydro-Québec a d’ailleurs dû en remplacer plus de 300 000, dont plusieurs étaient défectueux, lors des trois dernières années, a appris Le Journal. 

Il s’agit d’un phénomène qui s’accélère. En 2018, la société d’État avait changé 112 000 compteurs, avait déjà rapporté Le Journal.  

Mais, en 2019, ce chiffre avait grimpé à 127 000. En 2020, le total a été de 59 000, à cause de l’arrivée de la COVID-19. 

Puis, l’an passé, Hydro a remplacé 120 000 de ses nouveaux compteurs pour la plupart «intelligents», notamment un lot de 23 000 de type AXI qui étaient défectueux. 

«Pour ceux-ci, il s’agissait d’un défaut de fabrication. Les compteurs s’éteignaient et ne communiquaient plus les données de consommation. Ils ont été réparés ou remplacés et c’est le fabricant qui a assumé les coûts», a expliqué le porte-parole Cendrix Bouchard. 

  • Écoutez Olivier Bourque, journaliste économique au micro de Yasmine Abdefadel sur QUB radio :

Pour l’année en cours, Hydro-Québec prévoit changer 13 000 compteurs du fabricant Landis + Gyr (qui fournit 80 % de tous les appareils), seulement neuf ans après leur installation en 2013. Ces compteurs avaient pourtant une durée de vie de 18 ans. 

La société d’État explique qu’après 10 ans, Mesures Canada demande de vérifier aléatoirement les compteurs qui ont été installés. Selon les résultats, Hydro retire ceux qui «ont besoin d’être remplacés». 

«C’est un peu comme une révision du véhicule. C’est possible que les compteurs puissent continuer d’être utilisés pendant une autre période de 8 ans. [...] Au niveau des proportions, ce n’est pas anormal. On parle de 13 000 compteurs sur 1 million installés cette année-là», explique M. Bouchard. 

Pas des «citrons», dit Hydro

Cela signifie que la société d’État aura remplacé 8 % de tous ses compteurs d’un parc qui en compte 4 millions, en un peu plus de trois ans. Hydro affirme qu’il y a plusieurs raisons qui expliquent ces remplacements, mais dans 56 % des cas, il s’agissait d’appareils défectueux, ce qui laisse planer le doute sur la fiabilité de leur système. 

Photo Héloïse Archambault

«On parle de technologies de pointe, on ne parle pas de citrons. Il peut y avoir des problèmes de fonctionnement, c’est sûr. [...] Mais grâce à ces compteurs, ça nous permet d’avoir des outils comme la tarification dynamique et Hilo», assure M. Bouchard. 

Ces changements ont impliqué des frais de 25 millions $ sur 10 ans seulement pour la main-d’œuvre. Hydro n’a toutefois pas été en mesure de détailler les coûts pour changer un compteur après la garantie du fabricant. 

Malgré nos appels répétés, Landis + Gyr n’a pas répondu à nos questions.  

«Je pense qu’il y a des questions à se poser avec le fabricant choisi par Hydro. Est-ce pareil partout?», se demande pour sa part Dominic Champagne, président du syndicat SCFP 2000, qui représente des employés qui effectuent le remplacement des compteurs.

«Est-ce qu’il faudrait revoir nos contrats? Il faut creuser et obtenir des réponses, ce n’est pas le temps de jeter de l’argent pas les fenêtres», a-t-il estimé lors d’une entrevue avec Le Journal.  

- Écoutez la chronique économique de Sylvain Larocque au micro de Patrick Déry sur QUB radio :

LES COMPTEURS ÉLECTRIQUES EN BREF

  • Il y a 4 millions de compteurs d’Hydro-Québec en fonction, la plupart fournis par le fabricant suisse Landis+Gyr
  • En trois ans, 300 000 compteurs ont dû être remplacés 
  • Dans 56 % des cas, ils étaient défectueux 

Le «centre d’excellence», pas plus durable 

En 2011, Hydro-Québec se lançait dans l’aventure des compteurs intelligents et accordait le contrat au fabricant Landis+Gyr, écartant au passage une entreprise québécoise, Varitron. 

La société suisse choisie qui n’avait pas d’employés au Québec avait promis de créer un centre d’excellence avec 75 employés. À l’époque, le PDG d’Hydro, Thierry Vandal, avait vanté cette décision, «le meilleur choix» pour le Québec.

Plus de dix ans plus tard, Le Journal a voulu connaître les réelles retombées de ce «centre d’excellence». 

«Je n’ai pas vraiment beaucoup de détails. C’est un centre d’excellence indépendant de nous. Landis+Gyr l’a implanté, donc c’est avec eux qu’il faut vérifier», a expliqué le porte-parole d’Hydro Cendrix Bouchard. 

Pas de réponse

Contacté par Le Journal, le fabricant suisse n’a jamais répondu à nos questions. Il y a quelques années, un porte-parole québécois avait été embauché par l’entreprise, mais ce n’est plus le cas. 

Selon le registre des entreprises, il y a toujours une filiale de Landis+Gyr, à Longueuil, chemin de la Savane. Il y aurait toujours entre un et cinq employés. 

Plus aucune trace  

Mais lors du passage du Journal à l’adresse indiquée, aucune trace du fabricant ou d’un quelconque «centre d’excellence». Une entreprise de construction a maintenant pignon sur rue à cet endroit. 

Combien d’employés ont été embauchés au fil des années ? Difficile de se prononcer. En 2013, lors d’une précédente vérification, il y avait une seule employée sur place. À ce moment, on avait promis l’embauche d’au moins 25 personnes. 

Pour ce qui est de Varitron, l’entreprise a été vendue à une société américaine en 2021.

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