/finance/business
Navigation

Legault refuse de quitter TikTok malgré les craintes pour la sécurité

Le premier ministre veut joindre un autre auditoire que les médias traditionnels

Coup d'oeil sur cet article

Même si le Parlement britannique et la Commission d’accès à l’information (CAI) du Québec sont préoccupés par l’application de vidéos TikTok, le premier ministre François Legault continuera d’utiliser la plateforme chinoise. 

• À lire aussi: Le Parlement britannique ferme son compte TikTok après les inquiétudes de députés

«Aucun renseignement privé du premier ministre ne se retrouve sur son compte et il est géré par notre équipe des médias sociaux», a assuré Nadia Talbot, attachée de presse au cabinet du premier ministre François Legault.

Mercredi dernier, le Parlement britannique a fermé son compte pilote TikTok après des inquiétudes de députés, qui craignent d’être espionnés par Pékin.

Photos tirées de TikTok, @francoisLegault

Le «chien de garde» préoccupé

À la mi-juillet, Le Journal a rapporté que le chien de garde des données personnelles des Québécois, la Commission d’accès à l’information (CAI), est «préoccupée» par TikTok, qui a accès aux données de ses jeunes utilisateurs.

Ces derniers jours, le cabinet du premier ministre a confirmé être au fait de ces enjeux sécuritaires, tout en voulant se faire rassurant.

« Nous n’avons pas de raison de croire, en ce moment, à une faille de sécurité au niveau du compte TikTok du premier ministre», a expliqué Nadia Talbot.

«Toutefois, nous prenons acte de la crainte de la Commission d’accès à l’information vis-à-vis de possibles ingérences du régime de Pékin et demeurerons attentifs à ses recommandations quant à la protection des données personnelles, le cas échéant», a-t-elle poursuivi, en se disant prête à suivre l’exemple britannique si la Commission le recommandait.

Les autres partis aussi

Comme M. Legault, la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a aussi un compte TikTok. Invitée par Le Journal à se prononcer sur les enjeux de sécurité, la formation politique est restée muette.

Au Parti Québécois, qui a un compte de parti, on a dit être «vigilant par rapport à l’évolution de la protection des données sur cette plateforme».

Chez Québec solidaire, qui a le même type de compte, on estime que si TikTok «présente des risques pour la sécurité de nos données personnelles, c’est au gouvernement du Québec de prendre des mesures concrètes».

TikTok se défend

Jointe par Le Journal, TikTok a répété n’avoir jamais partagé les données des utilisateurs d’ici avec Pékin et qu’elle ne le ferait pas non plus si on le lui demandait.

«Nous rencontrons régulièrement des représentants élus et ministériels canadiens de tous les niveaux de gouvernement pour répondre à leurs questions et expliquer nos processus de protection des données», a-t-on indiqué.

«Nous continuons d’être heureux de rencontrer tous les responsables qui souhaitent en savoir plus sur la manière dont nous protégeons les données des utilisateurs», a-t-on conclu.


À la fin juin, quand Le Journal a demandé au ministère de la Cybersécurité et du Numérique du Québec s’il conseillait aux entreprises d’ici de cesser d’utiliser TikTok, le ministère n’a pas voulu se prononcer sur ce point. 

Un danger bien réel d’ingérence électorale 

Des experts en cybersécurité estiment que la présence du premier ministre du Québec, François Legault, sur le réseau social chinois TikTok, est une bien mauvaise idée à l’approche des élections.

«C’est énormément de renseignements qui, un jour ou l’autre, pourraient surgir dans de faux comptes pour donner de la fausse information, et même faire de l’ingérence électorale», prévient Paul Laurier, ex-enquêteur à la Sûreté du Québec, formé par le Federal Bureau of Investigation (FBI).

«Ces logiciels-là sont énormément bavards. Ils laissent beaucoup de métadonnées: l’utilisation, les heures, les textes, la caméra et les mises à jour, qui peuvent nous envoyer sur des liens dangereux», image le président de Vigiteck. 

«On offre potentiellement à la Chine un plateau d’or en matière d’intelligence et de renseignement: que fait le premier ministre? Qui rencontre-t-il? Où? Pourquoi?», craint aussi le grand patron de l’entreprise StreamScan, Karim Ganame.

«Si l’équipe du PM l’utilise en éteignant la géolocalisation, ça peut aller», nuance de son côté Éric Parent, PDG d’Eva Technologies.

«Principe de précaution»

D’après Karim Ganame, TikTok en sait beaucoup.

«Le principe de précaution voudrait donc que par défaut, le premier ministre n’y soit pas, au regard des soupçons qui pèsent sur TikTok», analyse-t-il.

Selon lui, on aurait intérêt à se rapprocher du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) pour trouver la bonne approche, en attendant que le Canada prenne une décision officielle sur TikTok.

«C’est comme le Petit Poucet. Tu laisses énormément de signes dont les agences de renseignement raffolent», conclut Paul Laurier.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.