/news/health
Navigation

De petits miracles de la médecines: prématurés en meilleure santé

La moitié des bébés québécois survivent même s’ils sont nés après seulement 23 semaines de grossesse

GEN -  DOSSIER SUR LES PRÉMATURÉS
Photo Martin Alarie Né le 23 mai à seulement 24 semaines de grossesse et deux jours, Ezekiel a fait de grands progrès à l’Hôpital de Montréal­­­ pour enfants, qui donnent espoir à sa mère, Ashley Cox, de pouvoir le ramener à la maison dans un mois.

Coup d'oeil sur cet article

Les progrès de la médecine depuis 15 ans permettent aujourd’hui de sauver davantage de bébés prématurés et leur assurent un avenir en bien meilleure santé. 

• À lire aussi: De petits miracles de la médecines: une histoire miraculeuse et tragique à la fois

« Non seulement en 2022 ils vont mieux, mais il y en a une grosse partie qui vont bien ! » constate le Dr Marc Beltempo, directeur adjoint du Réseau néonatal canadien.

Chaque année au Québec, plus de 6000 enfants (7 %) naissent avant terme, soit à moins de 37 semaines de grossesse (sur 40 en moyenne). 

De ce nombre, environ 230 voient le jour avant 25 semaines (prématurité « extrême »). Ils pèsent à peine 500 grammes (1,1 lb), et tiennent dans une main. 

Ce scénario n’est jamais celui qu’on espère lorsqu’on attend un enfant.   

« C’est le parcours que personne ne souhaite. C’est un cauchemar. Il y a des hauts et des bas », confie Ashley Cox, dont le garçon est né à 24 semaines (voir autre texte plus bas). 

Mais grâce aux avancées médicales depuis 1980, la survie de ces amours a progressé d’environ une semaine tous les 10 ans, ont montré plusieurs études. Aujourd’hui, la moitié des bébés nés à 23 semaines deviendront grands, alors qu’on voyait ce taux chez ceux de 24 semaines 10 ans plus tôt, au Québec. Poids, sexe, santé du poupon : plusieurs facteurs influencent la survie.

« Ils survivent plus, constate aussi la Dre Christine Drolet, néonatologiste au Centre hospitalier de l’Université Laval. Le balancier a bougé vers le bas. »

Qualité de vie

Ce succès s’explique en partie par le partage des connaissances entre les 30 centres spécialisés en prématurité du Canada, depuis 15 ans. Stéroïdes avant la naissance, médicament pour le cerveau, délai de 30 secondes avant de couper le cordon ombilical : les bonnes pratiques se sont répandues. 

Bien qu’ils se réjouissent de sauver plus de nouveau-nés, les médecins insistent sur le fait que les grands prématurés (moins de 32 semaines) sont aussi en meilleure santé. 

« Le bébé de 24 semaines en 2022 va mieux que le bébé de 25 semaines il y a 15 ans, explique le Dr Beltempo, néonatologiste au Centre universitaire de santé McGill. Ils survivent mieux. C’est ça la grosse différence. » 

« L’objectif n’est pas d’épater et de sauver le plus petit bébé à tout prix, dit la Dre Drolet. C’est d’essayer qu’ils survivent, mais aussi qu’ils aient une belle qualité de vie. »

Dans la première semaine de vie, les grands prématurés risquent toutes sortes de complications (hémorragie au cerveau, problèmes aux poumons, etc.). Même si tout va bien, ils sont hospitalisés au moins trois mois après la naissance.

« On connaît les grandes complications, assure la Dre Drolet. Mais il y a toujours une partie où on n’a pas le contrôle, même si tout a été fait dans les règles de l’art. » 

On le sauve ou pas ? 

Aujourd’hui, le seuil de viabilité est établi à 24 semaines. Avant cela, les parents sont impliqués dans la discussion pour décider si on réanime l’enfant ou pas. 

« C’est difficile de tracer une ligne arbitraire noire ou blanche », dit le Dr Beltempo. En fonction des valeurs de la famille, il peut y avoir des visions différentes. » 

Malgré tous ces progrès, les bébés prématurés sont plus à risque pour plusieurs problèmes de santé (poumons, cœur, paralysie cérébrale, etc.)

Et bien que la médecine atteindra un jour sa limite pour la survie, les médecins sont confiants d’améliorer encore leur pratique. 

« On ne ferait pas ça si on ne pensait pas qu’ils auraient une bonne qualité de vie. La majorité va fonctionner de façon normale », jure le Dr Beltempo.  

Taux de survie des grands prématurés

  • 23 semaines : 50 %*
  • 24 semaines : 70 % 
  • 25 semaines : 85 % 
  • 26 semaines : 90 % 

*Ces chiffres sont approximatifs et varient en fonction de plusieurs facteurs


SÉQUELLES À LONG TERME ASSOCIÉES

  • Retards de langage
  • Trouble de l’attention/hyperactivité 
  • Développement moteur ou intellectuel
  • Surdité ou vision (0,01 % au Canada)  

FACTEURS QUI AUGMENTENT LES RISQUES DE PRÉMATURITÉ 

  • Mamans âgées de moins de 20 ans ou de plus de 45 ans 
  • Grossesses multiples 
  • Mère ayant un plus faible niveau de scolarité
  • Faible statut socioéconomique
  • Diabète de grossesse 
  • Prééclampsie

Sources : réseau néonatal canadien et Institut national de santé publique du Québec

L’espoir de rentrer à la maison d’ici un mois  

Après une naissance précipitée à 24 semaines et 2 jours de grossesse en mai, les parents du petit Ezekiel commencent enfin à se projeter dans un avenir à la maison, loin des machines qui sonnent sans arrêt. 

« On aurait aimé ça le présenter à notre famille comme tout le monde fait avec son bébé », avoue Ashley Cox, 33 ans, rencontrée récemment à l’unité de néonatalogie de l’Hôpital de Montréal pour enfants. 

« Mais depuis une semaine ou deux, on sent qu’il s’en vient à la maison. On a hâte un jour de se réveiller, et qu’il soit à côté de nous », raconte-t-elle en berçant son poupon. 

Nul doute que le petit Ezekiel était très attendu par ses parents, qui avaient connu trois fausses couches. Or, son arrivée, le 23 mai, les a plongés dans un tourbillon d’angoisse. 

Le garçon ne devrait toujours pas être au monde ; la date prévue d’accouchement était le 11 septembre. 

À sa naissance, le bébé ne pesait que 710 grammes (1,57 lb). L’accouchement s’est bien déroulé, mais les parents ont ensuite craint pour sa vie à quelques reprises. 

« Aussitôt qu’il y avait un bip, on paniquait », se rappelle Mme Cox, qui se tourne vers les moniteurs dès que les chiffres s’emballent. 

À son chevet 

Infection urinaire, ponctions lombaires, exposition à la COVID-19 : les premières semaines ont été ardues. 

Puisqu’Ezekiel est hospitalisé, sa mère passe 12 heures par jour à son chevet, et retourne à la maison le soir. Son père vient aussi après le travail. 

« Ce sont des choses que les gens normaux ne vivent pas dans leur vie », compare Mme Cox. 

Son poids triplé 

Depuis peu, le nourrisson n’a plus besoin d’une machine pour l’aider à respirer, ce qui laisse entrevoir un départ à la maison d’ici un mois. Gavé depuis sa naissance, il devra apprendre à boire au biberon. 

Malgré les angoisses liées à sa prématurité, sa mère est aujourd’hui confiante pour l’avenir de son fils, dont le poids a augmenté depuis sa naissance. 

« Avec la façon dont il se comporte, on a moins peur, dit-elle. Quand on fait ses soins, il a les yeux ouverts, il regarde partout. » 

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous partager à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.