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Percer l’armure qui protège les tumeurs

Unrecognizable female doctor holding shield and graphic virtual visualization of Pancreas organ in hands.
Illustration Adobe Stock

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Une recherche récente rapporte que les tumeurs du pancréas produisent un nouveau type de collagène qui les protège des attaques du système immunitaire. Cette découverte majeure permet d’envisager une nouvelle approche thérapeutique anticancéreuse, basée sur la désta-bilisation de cette armure immunoprotectrice.

Le collagène de type I est la pro-téine la plus abondante du corps humain et joue un rôle essentiel dans le maintien de la structure des os, des tendons, de la peau et de l’ensemble des organes internes.

Ce rôle structural provient de la propriété des molécules de collagène de s’associer entre elles pour former des fibres semblables à des cordes tressées et qui possèdent une très grande résistance (à masse égale, le collagène est étonnamment plus résistant que l’acier !)

Ce rôle de soutien du collagène de type I ne se limite pas aux tissus normaux : plusieurs études réalisées au cours des dernières années ont en effet montré que les tumeurs produisent elles aussi de grandes quantités d’un nouveau type de collagène tumoral, ce qui permet de penser que la présence de ces fibres dans le micro-environnement des cellules cancéreuses pourrait participer à la progression tumorale. 

Collagène tumoral

Pour mieux comprendre la fonction de ces fibres de collagènes d’origine cancéreuse, une équipe de chercheurs américains s’est intéressée au collagène produit par les adénomes pancréatiques(1). Ce type de cancer extrêmement agressif (seulement 4 % des patients survivent plus de 5 ans après le diagnostic) est reconnu pour accumuler de grandes quantités de collagène dans son micro--environnement, ce qui donne à penser que ces fibres pourraient contribuer à son caractère invasif.

Ils ont tout d’abord découvert que ce collagène tumoral était différent de celui produit par les cellules du tissu conjonctif : alors que normalement, les fibres de collagène de type I sont des hétérotrimères constitués de deux chaînes de collagène α1 et d’une chaîne α2, le collagène des tumeurs pancréatiques était plutôt formé d’homotrimères contenant trois chaînes 1 identiques. Cela peut sembler être anodin comme différence, mais les expériences subséquentes ont révélé que cette modification modulait considérablement les propriétés des cellules cancéreuses. 

D’une part, les homotrimères de collagène activent fortement la croissance des tumeurs et, d’autre part, ces homotrimères confèrent aux tumeurs une forte résistance à l’action des lymphocytes T tueurs, normalement impliqués dans l’élimination des cellules cancéreuses.  

Immunité en panne

Pour confirmer cet effet immunosuppresseur du collagène d’origine cancéreuse, les chercheurs ont manipulé le matériel génétique des souris modèles de façon à éliminer spécifiquement le collagène de type 1 produit par les tumeurs pancréatiques. 

Le résultat est assez spectaculaire, avec une réduction marquée de la croissance des cellules cancéreuses, accompagnée d’une augmentation de la quantité de lymphocytes T tueurs dans les tumeurs. L’élimination du collagène de type 1 d’origine tumorale est donc suffisante pour rétablir l’acti-vité immunitaire anticancéreuse, ce qui permet de croire que ce collagène contribuerait à la croissance rapide et au caractère très agressif du cancer du pancréas en participant à la création d’un environnement immunosuppresseur, qui permet aux cellules cancéreuses de croître sans interférence du système immunitaire. 

Trouver une faille dans l’armure

Comme mentionné auparavant, les fibres de collagène sont des structures très résistantes et, en conséquence, ne représentent pas des cibles thérapeutiques valables. En revanche, les auteurs de l’étude ont montré que le collagène de type 1 anormal (homotrimérique) se liait spécifiquement avec un récepteur présent à la surface des cellules cancéreuses (l’intégrine α3) et que cette interaction était essentielle pour la croissance tumorale et la création d’un climat immunosuppresseur. 

Puisque ce collagène n’est retrouvé qu’au niveau des tumeurs, cette découverte laisse donc supposer qu’il serait possible de percer spécifiquement l’armure de collagène qui protège les tumeurs en ciblant l’intégrine α3 et/ou les protéines qui lui sont associées. De nouveaux médicaments en vue, contre un des cancers les plus redoutables !

  • (1) Chen Y et coll. Oncogenic collagen I homotrimers from cancer cells bind to integrin and impact tumor microbiome and immunity to promote pancreatic cancer. Cancer Cell, publié le 21 juillet 2022.
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