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La pénurie de pharmaciens augmente les risques d'erreurs d’ordonnance parfois mortelles

Un manque de main-d’œuvre qui fait craindre le pire

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Avec une pénurie de 700 pharmaciens au Québec, leur Ordre s’inquiète des risques d’erreurs chez ses membres fortement sollicités et demande aux Québécois d’être patients pour récupérer un médicament.

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«L’époque de la pharmacie rapide, c’est terminé, prévient le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), Bertrand Bolduc. Les gens ont attendu 19 heures à l’urgence et ils pensent attendre 10 minutes à la pharmacie, la réponse c’est non. Ça se peut que ça prenne une heure.»

La pénurie de main-d’œuvre qui secoue tout le Québec frappe aussi de plein fouet les pharmacies. M. Bolduc souligne qu’il manque au moins 200 pharmaciens dans les hôpitaux, 200 en centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), et qu’il pourrait en placer 300 «demain matin» dans les 2000 pharmacies de la province. 

  • Écoutez l’entrevue de Yasmine Abdefadel avec Bertrand Bolduc sur QUB radio :

Plus fatigués, moins attentifs

Et pour les assistants techniques, le manque à combler est carrément le double.

«Est-ce que ça augmente le risque? demande-t-il. Ça nous inquiète un peu. Très honnêtement, la pénurie, ça fait que les gens sont plus fatigués, moins attentifs. Donc, il faut faire attention.»

Cet été, une demi-douzaine de pharmaciens ont été blâmés pour de graves erreurs dans les ordonnances remises aux patients, dont une mortelle (voir ci-bas). 

«On a envoyé un bulletin aux membres pour dire : “regardez ce qui se passe”», précise-t-il.

Déjà en 2019, un syndic de l’Ordre qualifiait de «fléau dans la profession» les erreurs d’ordonnances, devant le Conseil de discipline. 

Heures réduites

M. Bolduc souligne que de nombreuses pharmacies réduisent leurs heures d’ouverture et qu’il ne faudra plus se surprendre de se buter à des portes fermées dès 18 h dans plusieurs régions.

Il demande aux Québécois de faire des demandes de renouvellement en ligne ou de prendre rendez-vous pour une consultation, par exemple.

«Aidez-nous à vous aider», lance-t-il. 

Une ordonnance pourrait être livrée à la maison en soirée avec un appel pour expliquer la posologie ou seulement être prête le lendemain, dit-il.

«Le rapide, c’est fini, répète M. Bolduc. On ne peut plus livrer rapidement avec tout ce qu’on nous demande de faire. Les consultations, les prolongations d’ordonnances [pour les gens incapables de voir un médecin], les guichets d’accès en première ligne qui vont rediriger les gens en pharmacie.»

Citant l’exemple de la vaccination en pharmacie, qui a permis de donner trois millions de doses contre la COVID-19, le président indique que pendant le temps passé à vacciner, le pharmacien ne peut pas remplir une ordonnance. 

FAUTE MORTELLE

Une aînée de 75 ans est morte d’une hémorragie après avoir pris en même temps deux médicaments anticoagulants, reçus par erreur d’une pharmacie à Montréal en janvier 2020. 

Devant le Conseil de discipline de l’OPQ, Joëlle Fares, qui travaillait à la Pharmacie Sonia Boutin du boulevard Gouin, a reconnu avoir manqué de vigilance.

«Elle avoue ne pas avoir poussé plus sa validation de l’ordonnance. Elle n’a pas vérifié le profil pharmaceutique [...]. Elle n’a pas remis en question la prescription simultanée de deux anticoagulants», lit-on dans le jugement. 

De plus, elle s’attendait à ce que le personnel du CHSLD, où résidait la patiente, fasse les vérifications qui s’imposaient.

À la suite d’une hospitalisation, la patiente devait prendre un premier anticoagulant pour un mois, puis un autre. Cependant, l’infirmière du CHSLD, en notant l’ordonnance du médecin, a omis de préciser les dates pour le changement de médicament. 

Elle a été condamnée à 4500 $ d’amende en juin. Sous le choc, Mme Fares dit avoir réduit ses heures de travail dans des pharmacies moins achalandées pour pouvoir mieux faire son boulot. 

LA MÊME GAFFE NEUF FOIS 

Un homme de 37 ans souffrant d’insuffisances rénale et cardiaque a reçu le mauvais médicament à neuf reprises de cinq pharmaciens différents, à Montréal en 2020.

Après plus de six mois sans la médication prescrite, le patient a été hospitalisé. Il souffrait alors d’hypertension, de douleurs abdominales sévères à cause d’un abcès et d’une infection tout au long du cathéter de dialyse.

Les médecins ont alors découvert qu’il prenait du dexaméthasone plutôt que du doxazosin. Le premier est un médicament anti-inflammatoire, de la famille de la cortisone, alors que celui qui était prescrit sert à diminuer la tension artérielle.

Selon le rapport d’expertise présenté devant le Conseil de discipline de l’OPQ, il n’y a «pas de réelle similitude» entre les deux médicaments.

«[...] Cette conduite ne correspond pas au niveau attendu quant à la collecte de renseignements, à l’évaluation de l’ordonnance et à l’analyse de la situation, et à la consignation des renseignements au dossier», peut-on lire.

La pharmacienne Parastoo Karimi Alavijeh a commis la première erreur en novembre 2019. Elle a ensuite renouvelé la prescription erronée. Puis, ses collègues Tin Wai Wendy Ngan, Christian Phan, Laura Ginefri et Belinda Duc Lam ont répété la bourde jusqu’en juillet 2020. Ils ont écopé d’amendes allant de 5000 à 9500 $ le mois dernier.

Trois d’entre eux ont depuis quitté la pharmacie de l’avenue Van Horne à Montréal pour un environnement moins stressant et achalandé. Tous ont exprimé des regrets.

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