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Le prix Nobel à Salman Rushdie?

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Photo AFP

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Le prix Nobel de littérature, la récompense ultime internationale, devrait-il être décerné à Salman Rushdie, qui vient d’être victime d’une attaque islamiste ?

C’est l’idée qu’a lancée Bernard-Henri Lévy. 

C’est une bonne idée, parce qu’on enverrait un message clair aux fondamentalistes : nous honorons celui-là même que vous détestez.

En même temps, on peut considérer que c’est une mauvaise idée, car en temps normal, un prix de littérature devrait seulement être attribué sur des critères de qualité littéraire.

Mais vivons-nous vraiment « en temps normal » ?

DES TEXTES LIBRES

J’ai été très émue en lisant dans le JDD (Journal du dimanche) la tribune du philosophe français BHL, qui prend la défense de Rushdie, son ami depuis 33 ans.

Il plaide pour que Rushdie obtienne le prix Nobel qui doit être décerné en octobre, même si on sait que les finalistes sont déjà choisis depuis le mois de mai.

« Cet écrivain puni pour avoir écrit, depuis trente ans, des textes libres et qui rendent libre mérite réparation », écrit Lévy. 

Imaginez le message magistral, le doigt d’honneur symbolique, le pied de nez monumental que ça représenterait si, en grande pompe, on décernait cette reconnaissance suprême à Rushdie, le « condamné à mort » qui vit depuis 33 ans dans « une prison sans mur ». 

Répliquer à une fatwa par un « tiens, toi ! », répondre au couteau par la plume, à la vague de haine par une vague d’amour, riposter à la violence par la reconnaissance, ce serait génial !

Au début, j’étais partagée au sujet de cette idée de BHL. Après tout, je ne voudrais pas qu’on donne un Oscar à un film seulement parce que son réalisateur est une victime. Sauf que le cas de Rushdie est le symbole de quelque chose de plus grand, qui touche tous les créateurs, qui nous touche tous.

Comme le dit Lévy dit dans son texte : « Cet acte de terreur absolue qui, par-delà son corps poignardé et ses livres, est une terreur sur tous les livres et tous les mots du monde, appelle une riposte éclatante ».

En s’en prenant à Rushdie, c’est à tous les auteurs du monde que les fanatiques s’en prennent. En légitimant la violence contre les « mots qui dérangent », on banalise la violence contre tous les auteurs de « mots interdits ». 

TOUS CONDAMNÉS À MORT

Après ma chronique de lundi sur Salman Rushdie, j’ai lu certains commentaires laissant entendre, entre les lignes, que l’auteur des Versets sataniques l’avait un peu cherché. 

Si Rushdie est attaqué à cause de ses écrits, pouvez-vous m’expliquer pourquoi les spectateurs du Bataclan ont été assassinés ? Ils avaient fait quoi pour provoquer la colère des fanatiques ?

Il faut relire ce que disait Salman Rushdie dans le Magazine Philosophie en 2017...

« La réalité est que nous avons tous une fatwa contre nous. Nous autres qui voulons faire usage de la liberté d’expression, avoir la possibilité de ne pas croire, mener une vie libre, boire un verre de vin à la terrasse des cafés et écouter de la musique ; mais aussi toutes les femmes qui ne veulent pas porter le voile ni vivre sous la domination des hommes... », affirmait Salman Rushdie.

« Nous avons tous été condamnés à mort par les fanatiques ».

Cette dernière phrase ne vous donne pas des frissons dans le dos ?

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