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Ce que révèle l'affaire de la gifle

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Le 2 août dernier, un petit monsieur bien normal, qui met des photos de sa blonde et ses enfants sur les médias sociaux, a écrit sur Twitter à mon sujet : « La Durocher mérite d’être giflée si fort qu’elle tombe dans le coma pour une couple d’années ».

Je ne me suis jamais sentie aussi attaquée, intimidée. 

Tout ça parce que j’écris des chroniques dans Le Journal ? Je n’ose pas imaginer comment il réagit quand sa femme lui sert des rôties trop froides...

DES ATTAQUES VICIEUSES

Depuis la pandémie, l’agressivité envers les journalistes et les employés des médias a franchi de nouvelles limites.

En mai de cette année, un internaute m’a écrit : « J’espère que tu vas te faire violer et lacérer ». J’ai déposé une plainte à la police. Un enquêteur a appelé l’individu et lui a annoncé que s’il récidivait, il ferait face à des accusations.

Encore cette semaine, La Presse nous apprenait qu’« un Montréalais devra faire face à des accusations de harcèlement et de menaces pour des commentaires injurieux, y compris une référence au drame de Charlie Hebdo, adressés à une journaliste de La Presse ». 

L’homme qui a menacé la journaliste de La Presse et celui qui a souhaité que je me fasse violemment agresser sont tous les deux des anti-vaccins. Mais c’est sûrement un hasard.

Je suis solidaire avec mes collègues, peu importe le média qui les emploie, qui sont l’objet de menaces. 

Le 11 août, l’Association canadienne des journalistes a envoyé une lettre aux chefs de police de Toronto et d’Ottawa ainsi qu’au ministre de la Justice après que des journalistes du Toronto Star, de The Hill Times et de Global News aient reçu des menaces en ligne. Comme l’a dit une des signataires de la lettre : « Les reporters et les chroniqueurs ne devraient pas recevoir de menaces de meurtre ou de menaces de viol parce qu’ils font simplement leur travail ».

J’ai porté plainte à la police la semaine dernière pour que cet homme qui me souhaitait un coma soit traduit devant la justice. Ces gens doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas dire ce qu’ils veulent, derrière leur clavier.

Mais je me suis aussi demandé comment il se faisait qu’un homme qui est responsable d’entrepôt dans une entreprise de génie électrique, et qui semble mener une petite vie tranquille avec sa douce et leur petite famille, se lève un matin et menace de me défoncer le cerveau. 

Je suis allée faire un tour sur la page de sa conjointe, une jolie femme, représentante en produits de beauté. 

Elle écrivait sur sa page : « Faites des actions pour que l’on dise du beau de vous plutôt que de répandre de la médisance sur autrui. Cela restera toujours la meilleure façon de briller ».

Cette femme qui publie des perles de sagesse sait-elle ce que son conjoint écrit sur Twitter ? Ou est-ce qu’ils se parlent, au souper, entre deux assiettes de spaghetti, de vilains journalistes qui méritent de se faire gifler ?

TOLÉRANCE ZÉRO

C’est cette violence-là, ordinaire, banale, ces incitations à la haine, ces incitations à la violence, balancées comme si de rien n’était, qui empoisonnent le discours public.

Il ne faut pas sous-estimer l’impact sur les journalistes et les chroniqueurs que vous lisez tous les jours des menaces dont ils sont la cible.

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