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Les champions du monde du déni linguistique

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Quand mes étudiants ne comprennent pas, je répète.

S’ils ne comprennent toujours pas, je change d’approche.

Après de nombreuses tentatives, s’ils ne comprennent toujours pas, c’est que le problème est de leur côté.

Le débat linguistique me fait penser à cela. Il y a du monde lent, et je reste poli.

N’importe quoi

Les chiffres dévoilés cette semaine confirment la glissade du français au Québec et son écroulement au Canada.

Dans le débat linguistique, hier comme aujourd’hui, quatre remarques surgissent invariablement.

Elles sont un mélange de faussetés, d’angélisme ou de vérités sans rapport avec le problème.

D’abord, vous trouverez du monde pour dire qu’il est important qu’un francophone d’ici sache parler anglais.

Honnêtement, connaissez-vous quelqu’un qui milite activement pour que nos enfants n’apprennent pas l’anglais ou pour qu’il ne soit pas mieux enseigné ?

Vite, je veux qu’on me présente cette personne.

La question n’est pas de savoir s’il est bon ou pas pour une personne de parler plusieurs langues. Évidemment que oui.

La question est de savoir quelle doit être la langue principale de la vie publique, des institutions et des milieux de travail chez nous.

D’ailleurs, le pourcentage de francophones connaissant l’anglais monte partout au Québec.

Le problème est que le nombre d’anglophones qui avouent ne pas savoir le français s’est accru de 21 % entre 2016 et 2021. Michael Rousseau est en bonne compagnie.

La deuxième niaiserie est de dire que le vrai problème est la piètre qualité du français chez nous.

Oui, on pourrait mieux parler, mais si tous les Québécois parlaient comme Denise Bombardier, cela ne changerait pas grand-chose au fait que l’immigrant ira vers la langue qui offre les meilleures opportunités économiques.

Il est venu ici pour améliorer sa vie, essentiellement.

Pensez-vous que les anglophones du Québec, ou les Turcs en Turquie ou les Polonais en Pologne, parlent leur propre langue tellement mieux ?

Une troisième fausseté est de dire que nos jeunes anglophones parlent un français meilleur que ce que l’on pense.

Le chat est sorti du sac quand il fut envisagé de forcer les cégépiens anglophones à suivre trois cours en français.

Quoi ?! Remettre des travaux en français ?! Holy shit ! Panique ! Horreur ! Ma cote R ! Sortez-moi de ce camp de concentration !

Politique

Une autre idée reçue, qui relève de l’angélisme, est de déplorer que le débat linguistique soit inévitablement politisé.

Le PLQ survit grâce aux anglophones et aux allophones, et la CAQ et le PQ recrutent essentiellement chez les francophones.

Le français est pour certains un simple outil de communication, pour d’autres, il est une obligation nuisible ou une survivance folklorique, alors que pour d’autres, il est le cœur battant, l’âme d’un peuple.

Et on voudrait que la question ne soit pas politique ? Sérieusement.

J’entends les mêmes balivernes depuis 1977.

Je vous le dis : des champions du monde du radotage et de la tête dans le sable.

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