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Les salaires augmentent encore plus vite que l'inflation au Québec

Les salariés d’ici s’en sortent généralement mieux que ceux d’ailleurs au pays

Owens Illinois
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Des travailleurs de l’usine Owens Illinois, à Montréal, en janvier dernier.

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Alors que l’inflation commence enfin à s’essouffler, les salaires eux continuent leur poussée en juillet pour atteindre +8,1 % au Québec et dépasser le taux d’inflation annuel.

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«C’est impressionnant de voir des hausses de salaires qui avoisinent l’inflation», résume Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins.

Sur une année, les salaires augmentent désormais plus vite que l’indice des prix à la consommation. 

On enregistre 7,3 % d’inflation en juillet au Québec, pour 8,1 % de hausse du salaire horaire moyen, en variation annuelle. 

C’est une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages québécois, qui s’en sortent mieux que le reste des Canadiens. Pour la même période, l’inflation au pays atteignait 7,6 %, mais la hausse des salaires seulement 5,2 %, une perte sèche de revenu réel.

«C’est certain qu’il y a une réalité particulière au Québec», indique Simon Savard, économiste principal à l’Institut du Québec. 

Selon lui et Mme Bégin, la pénurie de main-d’œuvre plus forte au Québec explique en grande partie l’écart entre la situation des salaires ici et celle des autres provinces. Au Québec, le taux de chômage est extrêmement faible : 4,1 % en juillet. En Ontario, c’est plus d’un point de pourcentage en plus. 

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BON RAPPORT DE FORCE 

Et «plus on manque de monde, plus on a tendance à ajuster les salaires», explique Mme Bégin. 

Dans un marché de l’emploi plus serré au Québec, les salariés sont en meilleure position pour obtenir des augmentations, mais aussi pour changer d’emploi et ainsi obtenir de meilleures conditions salariales. 

Selon M. Savard, on a vu une baisse des employés dans les postes à plus bas salaire depuis la pandémie. Malgré un certain retour à la normale, ceux-ci ne sont pas retournés dans les postes moins rémunérés. 

Il y a aussi une croissance plus importante de l’emploi dans le secteur public, ou les emplois sont en moyenne mieux rémunérés.

Ce rapport de force en faveur des travailleurs est utile pour améliorer leur sort, bien sûr, mais aussi pour contrer les effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat. 

Selon Hélène Bégin, le niveau d’inflation actuel et les attentes des ménages sur l’inflation future ont une influence sur les négociations salariales. 

Ainsi, au Québec, les salariés sont plus en mesure d’obtenir des hausses de salaire et voient moins leur budget rogné par l’inflation qu’ailleurs au pays.

ÇA VA CONTINUER

Avec la hausse des taux d’intérêt de la Banque du Canada, Mme Bégin s’attend à un ralentissement de l’économie au Québec, tout comme du niveau d’inflation. 

Mais «la flambée des salaires va prendre un certain temps à se tasser», ajoute-t-elle. 

L’économiste du Mouvement Desjardins prévoit que le taux de chômage restera relativement bas malgré les soubresauts économiques. À long terme, elle s’attend à un niveau de chômage avoisinant 3,5 %. 

Cette situation devrait, selon elle, amener la hausse des salaires à se poursuivre à un rythme plus rapide que l’inflation, de 3-4 % pour un niveau d’inflation rabaissé à 2 %.   

Des salaires qui bondissent 

Hausse des salaires sur 12 mois, en date de juillet

  • Moyenne au Québec : +8,1 %
  • Secteur de la santé : +12 %
  • Service à la clientèle : +11 %
  • Ressources naturelles et agriculture : +15 %
  • Employés d’usine : +13 %
  • Moyenne au Canada : +5,2 %

Source : Statistique Canada


QUELQUES GROSSES AUGMENTATIONS RÉCENTES

  • Éducatrices en CPE : de 15 à 20 %
  • Agents de sécurité : de 19 à 28 % (sur 5 ans)
  • Agents de bord de Nolinor : 36 %
  • Pilotes de Pascan Aviation : 20 %

De très nombreux travailleurs sont de plus en plus pauvres 

Même si la hausse du salaire moyen au Québec dépasse en juillet celle des prix à la consommation sur un an, ce ne sont pas tous les travailleurs qui en profitent.

«On peut bien regarder l’augmentation des salaires, mais il faut aussi regarder le rapport entre les salaires de la direction et les salaires moyens dans l’organisation. Et l’écart est grandissant», souligne Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

HAUSSES INÉGALITAIRES

Plusieurs données dans l’évolution du salaire viennent confirmer les inégalités décriées par la présidente du syndicat de travailleurs. 

Selon Statistique Canada, le salaire horaire moyen au Québec pour la période janvier-juillet 2021 était de 28,50 $ pour l’ensemble des employés, et de 44,80 $ pour les cadres supérieurs. 

Si l’on compare à 2022, les cadres supérieurs ont bénéficié de hausses salariales de 18,4 %, mais l’employé moyen, lui, de seulement 6,1 %. 

Autre indication relevée par Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) : le salaire minimum vient d’augmenter, mais « seulement de 5,5 %, on est encore en bas de l’inflation ». 

CONVENTIONS COLLECTIVES

De nombreux employés sont aussi sous convention collective. Ceux-là voient leur pouvoir d’achat diminuer depuis plusieurs mois, alors que leurs augmentations annuelles plafonnent aux 2 % habituels. 

C’est le cas dans le secteur public, où certains postes pourtant essentiels peinent à être pourvus. À la FTQ, M. Boyer indique que 550 000 employés de la fonction publique ont leur convention collective qui court jusqu’en mars prochain. Et bien d’autres secteurs ont aussi des conventions collectives qui ne couvrent pas l’inflation. « Il y a beaucoup de gens qui ont beaucoup à rattraper », souligne Mme Senneville.  

Alors même si le salaire moyen au Québec continue sur sa lancée, Daniel Boyer se dit inquiet. Il voit le coût de la nourriture et du logement flamber et espère pouvoir négocier des augmentations de salaire permettant de maintenir le pouvoir d’achat. Mais il n’est pas sûr d’y arriver pour tous les secteurs. 

Plusieurs signes montrent selon lui qu’il y a un problème au niveau des salaires: la multiplication des conflits en milieu de travail ou l’augmentation de 40 % des travailleurs qui fréquentent les banques alimentaires. 

«Un dysfonctionnement de l’économie», selon Mme Senneville.

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