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Avec qui couchent les artistes?

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J’ai reçu un courriel d’une lectrice qui est une sculptrice et graveuse. Elle se sent victime de discrimination. Pourquoi ?

Elle aimerait bien soumettre ses œuvres (qui sont magnifiques) à un lucratif programme gouvernemental, mais elle n’est pas lesbienne, pas noire, pas handicapée, pas transgenre, pas queer, pas autochtone, pas « racisée », pas asexuelle, pas bisexuelle, pas non binaire, pas jeune. 

Elle a le gros défaut de n’être que née femme. Et en 2022, ça ne suffit pas pour profiter des largesses du gouvernement canadien.

Bref, elle est en tabarouette.

INCLUSION OU EXCLUSION ?

Cette artiste (femme blanche en santé, cisgenre et hétérosexuelle) est victime des nouvelles mesures d’équité, d’inclusion et de diversité qui gangrènent la majorité, pour ne pas dire la totalité, des organismes culturels au provincial et au fédéral.

Dans ce cas-ci, on parle du Conseil des arts du Canada qui a annoncé le 9 août « le lancement d’un appel public pour l’acquisition d’œuvres par la Banque d’art en 2022-2023. Cet appel vise à résoudre les iniquités historiques dont témoigne la collection ». 

Autrement dit, parce que dans le passé on n’a pas assez acheté d’œuvres créées par des membres des minorités, en 2022, on inverse la vapeur. 

Regardez ça : « La priorité sera accordée aux œuvres d’artistes s’identifiant comme Autochtones ou comme personnes noires, racisées, sourdes ou handicapées, aux membres de communautés de langue officielle en situation minoritaire, aux jeunes, aux membres de la communauté LGBTQ2+, aux personnes de diverses identités de genre et aux femmes, ainsi qu’aux artistes à la croisée de diverses identités. »

C’est quoi, « un artiste à la croisée de diverses identités » ? C’est un Noir sourd ou un Abénaki non binaire ou un homme transgenre paraplégique originaire du Burkina Faso.

« Pour souligner son 50e anniversaire, la Banque d’art du Conseil des arts a lancé un nouveau programme d’acquisition d’œuvres assorti d’un budget de 600 000 $. » 

Six cent mille beaux dollars du Dominion pour acheter des œuvres à des artistes... à condition qu’ils/elles/iels fassent partie des bonnes catégories.

Entre vous et moi, quand un fonctionnaire met un tableau sur le mur gris de son édifice beige, ça change quoi que l’artiste qui a peint l’œuvre soit une des lettres de LGBTQ2+ ? Quelqu’un qui est « 2+ » tient son pinceau différemment de quelqu’un qui est « T » ou « Q » ? 

Et les « H », les hétéros, ils ne peignent pas assez bien pour que leurs œuvres soient achetées par le Conseil des arts ? Leurs ancêtres ont été surreprésentés par le passé donc, aujourd’hui, ils doivent passer leur tour et « reconnaître leur privilège » ? 

Je vais répéter ce que je dis dans mes 1001 chroniques sur ces programmes de supposée « inclusion » : « En quoi est-ce pertinent que le gouvernement sache ce qui se passe dans votre chambre à coucher ? » Vous noterez qu’à aucun moment, on ne « priorise » la qualité des œuvres, le rayonnement de l’artiste ou son expérience. 

ON EST RENDUS LÀ 

La lectrice qui m’a écrit était profondément découragée de ne cocher qu’une des cases de ce programme. Je lui ai suggéré de s’autodéclarer « non binaire ». Elle m’a répondu qu’elle y avait pensé. Mais qu’elle envisageait aussi la possibilité de s’amputer d’un des membres. 

Faut ce qu’il faut pour devenir « un artiste à la croisée de diverses identités ». 

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