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Essai: dialogue improbable

Le virus et la proie
Photo courtoisie

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C’est l’histoire d’un homme qui possède peu de choses et qui décide d’écrire à une autre personne qui possède beaucoup. Celle-ci manifestement fait partie de cette minorité qui détient 99 % des richesses de la planète. Le fossé entre eux deux est énorme, la distance, infranchissable. Le dialogue semble tout à fait impossible. Peut-on imaginer une oreille attentive de la part d’un «plein aux as», en dehors d’un rapport de force? «Mon incapacité à me faire entendre de vous n’a pas d’égal», lui dit-il. 

Pour qu’une rencontre, une accointance puisse exister entre eux deux, il faudrait que le-moins-que-rien puisse devenir un possédant, à l’image de son interlocuteur imaginaire. Pour espérer enfin se faire entendre. Mais là s’arrêterait la métamorphose. Le temps que le richard écoute enfin le pauvre. Pari impossible. «Qu’est-ce qu’on pourrait se dire à ce moment-là, vous et moi, une fois assis par je ne sais pas trop quel hasard – maladif, monstrueux, pervers – à la même table? »Cet homme fortuné n’a manifestement rien d’humain et l’épistolier se demande si cet individu serait capable de manifester ne serait-ce qu’un soupçon d’humanité, advenant un face à face improbable.

Ne faudrait-il pas utiliser la violence – «un bon coup de poing ou de pied, ou de bâton comme on le fait dans les pièces de Molière, mais pas pour rire, pour de vrai, un coup comme on imagine qu’il s’en donne dans les zones de guerre, un solide, non seulement capable d’humilier, mais d’aussi de faire craquer les os» –, pour sensibiliser le riche à une réalité qu’il méconnaît? Une violence qui malheureusement a perdu son sens d’accoucheuse de liberté, une réponse à la violence institutionnalisée, celle qui, par exemple, jette à la rue des milliers de travailleurs – une main-d’œuvre devenue non rentable – pour que le riche patron puisse s’en mettre un peu plus dans les poches.

Le monde est divisé en deux : ceux qui aiment le pouvoir et ceux qui le détestent et le trouvent «affligeant, ridicule, déplorable, néfaste». Aucune possibilité de se parler d’égal à égal et il n’y a aucun endroit, aucune institution qui pourrait aider à le faire, ne serait-ce que pour y partager une même vulnérabilité, «l’humilité de se savoir humain, mortel».

Laideur du monde

Nous vivons désormais dans un monde où la loi du «marche ou crève» s’est imposée. «Et quand je dis marche, je ne parle pas bien sûr de déambulation, de cheminement ou d’errance. Je vous parle de marcher comme marche un moteur. » La loi de la rentabilité à tout prix, dussions-nous tuer la beauté du monde. Place, donc, à la laideur du monde ! Comme celle des CHSLD où l’épistolier-auteur a dû placer sa mère invalide, faute de moyens pour l’accueillir chez lui. Sa mère qu’il n’a jamais aimée, avoue-t-il, qu’il déteste même, dans sa petitesse d’être née pour un petit pain. À moitié aveugle, elle est devenue « de la matière première exploitée pour sa capacité à créer de l’emploi – préposé aux bénéficiaires, réceptionniste, concierge, comptable, gestionnaire, cuisinier, alouette –, un débouché pour les marchands de cannes, de pilules, de dentiers et de couches pour adultes».

Et de cette situation dégradante, il blâme son interlocuteur anonyme et ses semblables qui, grâce aux lois fiscales généreuses, réussissent à éviter de payer leurs impôts, affamant ainsi le trésor public. « Toutes ces lois-là, tous ces budgets-là, toutes ces mesures-là, c’est vous qui les avez votés. C’est vous qui les défendez, les affinez, les renforcez.» Et de citer Balzac : «Derrière chaque fortune, il y a un crime.»

Naufrage inévitable

Nous sommes les sacrifiés des temps modernes, déplore-t-il, «à coups de délocalisations, de restructurations, de législations offshore, de partenariats public-privé, de montages financiers tordus, de déficits zéro». Un véritable champ de dévastation où nous comptons pour presque rien, à l’image des mines et des puits de forage abandonnés.

Ne reste plus qu’à attendre le naufrage, le sien et l’autre, tous deux inévitables. Dur constat où le salut surgira comme une épiphanie au milieu de la poésie, du théâtre, de la danse, de la musique. Pour y arriver, il faudra inventer une langue, «une langue comme le sel, capable de nous corroder, de desceller chacun des traits de nos visages, nos rides aussi». 

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LE CRÉPUSCULE DU DÉSIR? COMPRENDRE LA SEXUALITÉ DES ADULTES VIEILLISSANTS

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L’auteur semble s’y connaître en matière de sexualité. Il a publié plusieurs ouvrages traitant de cette question, aussi bien chez les adultes que chez les enfants. Cette fois-ci, il s’intéresse à la sexualité des vieux (il n’y a rien de péjoratif à appeler un «adulte vieillissant» un vieux tout simplement), aussi bien hommes que femmes. Et il va déboulonner certains préjugés tenaces à propos de l’absence de désir chez les aînés ou la fin de toute activité sexuelle une fois arrivé à l’âge vénérable de la retraite, qui n’est pas encore la fin de la vie. «Dans ce livre superbement écrit, vous irez de surprise en surprise, de découverte en étonnement et comme moi, j’en fais le pari, vous y apprendrez beaucoup de choses précieuses ; vous sourirez même parfois», écrit Normand Baillargeon en préface. Et vous saurez tout sur l’andropause et la ménopause! 


KATERI TEKAHKWITHA : TRAVERSER LE MIROIR COLONIAL

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Je me souviens, enfant, que nos parents ultra-catholiques nous racontaient l’histoire de la jeune Amérindienne Kateri Tekahkwitha, première vierge iroquoise morte à l’âge de 24 ans en «état de pureté», ce qui devait être une source d’inspiration pour mes sœurs. Pourquoi s’intéresser à l’histoire de la première sainte amérindienne d’Amérique du Nord? Parce qu’«elle constitue un pont entre la foi chrétienne et les cultures autochtones». Mais elle est aussi une figure controversée chez les propres Autochtones, «certains la considérant comme un modèle, et d’autres comme un exemple des effets trompeurs et délétères du colonialisme», à l’heure de la Commission Vérité et Réconciliation. L’auteur propose donc «une relecture contextuelle de l’histoire» à partir de tout ce qui s’est dit et écrit sur la jeune sainte d’origine iroquoise par son père et algon-quine par sa mère.

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