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Pisser sur René

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On ne peut pas être Charlie à géométrie variable, au gré du vent ou selon nos humeurs.

Si on défend la liberté d’expression, c’est un principe non négociable.

Être Charlie, c’est refuser que le fait de publier des dessins résulte en une attaque terroriste sanguinaire.

Ça ne nous enlève pas pour autant le droit de trouver un dessin parfaitement dégueulasse et de très mauvais goût...

On peut simultanément défendre le droit de la Gazette de publier une caricature sur René Lévesque ET trouver méprisant, humiliant et insultant de montrer un chien pissant sur le héros d’un peuple.

  • La rencontre de l’heure Nantel-Durocher, tous les jours 15 h 00, en direct ou en balado sur QUB radio 

JE SUIS BORIS

Depuis la publication, hier matin dans la Gazette, d’une caricature de Boris, montrant un chien arborant un drapeau canadien pissant sur l’image de René Lévesque, j’étais partagée entre deux façons de voir.

Version 1 : le caricaturiste glorifie le chien qui pisse sur l’icône de l’indépendance du Québec. 

Version 2 : le caricaturiste ridiculise la vieille dame qui continue à haïr René Lévesque, même s’il est mort depuis 35 ans.

Cette caricature est-elle méprisante... ou, au contraire, le reflet d’une réalité?

Ces vieilles dames qui détestent tellement Lévesque et tout ce qu’il représente, elles existent. Elles s’opposent farouchement à la loi 96, elles se réveillent la nuit pour conspuer les «goddamn separatists» et déchirent leur chemise parce qu’on demande à être servis en français à Montréal.

Des emmerdeuses qui refusent que le Québec se tienne debout, celles qui nous crachent «I don’t speak French», il y en a encore plein au Canada. Et elles ne sont pas toutes vieilles...

La question se posait donc : si tu montres le Canada pissant sur Lévesque, es-tu en train de pisser toi aussi sur cette icône nationaliste ou, au contraire, tu dénonces ceux qui lui pissent dessus?

Le caricaturiste lui-même a déclaré dans différents médias hier qu’il adorait Lévesque et le respectait. Mais le problème, c’est qu’une caricature ne peut pas être accompagnée d’un mode d’emploi ou d’un manuel d’instruction. C’est comme une blague d’un humoriste sur scène : si tu dois expliquer ton gag, c’est qu’il est raté.

Lundi, je vous parlais de cette caricature du journal L’Acadie nouvelle montrant un taliban comparé à Cro Magnon. Un dessin que des militants (dont le Conseil national des musulmans) ont traité d’«islamophobe» alors qu’il n’y avait là aucune incitation à la haine, bien au contraire.

À QUB radio, j’ai interviewé Djemila Benhabib, qui sortira bientôt au Québec son livre Islamophobie, mon œil ! Elle m’a dit que certaines personnes sont des «analphabètes de la caricature». 

J’adore cette expression. De la même façon que certaines personnes lisent un texte, mais n’en comprennent pas le sens ni les nuances, d’autres voient le dessin, mais n’en comprennent pas l’humour ni le second degré.

Encore faut-il que la caricature soit claire. Si Boris avait voulu rendre hommage à Lévesque, il y avait sûrement une meilleure façon de le faire.

  • Écoutez l'entrevue avec Djemila Benhabib à l’émission de Sophie Durocher diffusée chaque jour en direct 14 h 35 via QUB radio : 

PAS DE MAIS

Hier, à QUB radio, Guy Nantel m’a confié que dans son prochain spectacle, qu’il est en train de roder, il se moque allègrement de... René Lévesque! 

Bravo ! En humour, il n’y a pas de «vaches sacrées» ou d’«intouchables».

Si tu commences à dire «tu peux rire de tout... mais pas de mon héros», tu n’es plus Charlie. 

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