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Protéger les emplois et le caribou: un équilibre essentiel

Caribou écotype forestier
Photo d’archives

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Madame Waridel, nous réagissons à votre opinion parue le 27 août dernier dans Le Journal de Québec et Le Journal de Montréal sous le titre Protéger le caribou et les emplois. Tout d’abord, nous avons été très étonnés de lire vos propos, car nous savons que vous êtes une personne très informée, consciencieuse, que vous êtes aussi une écologiste de longue date et qu’à l’habitude, vos propos sont justes et éclairants.  

Malheureusement, nous croyons que vous l’avez échappé pour cette opinion. Il est faux de dire que l’industrie forestière s’oppose à la protection du caribou. Celle-ci ne se définit pas comme étant uniquement des multinationales, elle inclut également de petits entrepreneurs forestiers, des entrepreneurs en travaux sylvicoles, des camionneurs, des reboiseurs, etc. qui sont au cœur de 140 municipalités au Québec. 

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?

À titre d’exemple, nous sommes une Coopérative forestière en opération depuis plus de 50 ans, qui emploie au total environ 325 travailleurs à travers ses filiales, nous faisons partie d’un réseau de 35 coopératives au Québec et nous sommes un acteur de premier plan dans l’industrie forestière. 

Tous ces travailleurs sont issus des communautés avoisinantes à nos opérations dont l’intérêt premier est d’assurer la pérennité des emplois et non pas uniquement de s’enrichir comme des méchants industriels comme vous le laissez entendre. La rentabilité doit être au rendez-vous! Inévitablement, ces communautés auront beaucoup de difficulté à survivre si les 35 recommandations du rapport de la commission sur le caribou forestier sont appliquées aveuglément. Nous sommes pour la protection du caribou forestier, mais pas à n’importe quel prix. 

Le rapport Coulombe

De plus, une personne bien informée comme vous l’êtes sait qu’il ne peut y avoir de surexploitation des forêts au Québec si ce n’est que pour rapporter des propos tendancieux. Vous n’êtes pas sans savoir que, à la suite des pressions faites par le lobby écologiste en 2004 sur la gestion des forêts au Québec, le gouvernement de l’époque créa une commission d’étude dont le rapport s’intitulait «Le rapport Coulombe» dont l’une de ses principales recommandations était la création d’une loi encadrant le poste d’un Forestier en chef. 

Ce qui fût fait, la loi a été adoptée le 14 juin 2005 par l’Assemblée nationale, le rôle principal du Forestier en chef est d’avoir un regard indépendant sur la forêt et sa mission première est de déterminer la possibilité forestière des forêts du domaine de l’état. En d’autres mots, il ne peut y avoir de surexploitation forestière au Québec, car on ne peut couper plus de bois que ce que la forêt peut donner, ce que vous avez malheureusement omis de mentionner. 

La forêt est notre gagne-pain et nous n’avons aucun intérêt à ne pas la protéger avec une saine gestion de l’environnement et un aménagement intensif qui assure l’augmentation de sa productivité. 

Nous sommes d’accord avec vous lorsque vous mentionnez que « le caribou est un peu comme le canari dans la mine ». 

Toutefois, tenir ce propos et faire le lien avec l’industrie forestière, c’est un peu court comme raccourci car vous auriez dû écrire que le caribou est le canari dans la mine des changements climatiques «mondiaux» comme le rapportent certains biologistes. L’aménagement de nos forêts est sans équivoque le meilleur outil pour lutter contre les GES et les changements climatiques avec la séquestration du carbone par les arbres en croissance. 

Financement

Vous faites aussi état que les deux paliers de gouvernement, fédéral et provincial, financeraient avec des centaines de millions et même de milliards de dollars l’amélioration et l’innovation dans l’industrie forestière. Nous aimerions vous préciser qu’il n’y a pas que l’innovation industrielle, car à titre d’exemple, depuis 2014, le gouvernement du Québec peine à augmenter les montants alloués aux opérations forestières et aux travaux sylvicoles qui sont de véritables outils face aux changements climatiques et à la création d’emplois. Pour pouvoir innover et faire de la valeur ajoutée par la 2e et 3e transformation, il faut assurer une base solide donc une première transformation efficace et rentable nécessitant un approvisionnement en matière première adéquat. 

De plus, il serait dommage de constater, lorsque vous titrez qu’il y a «urgence d’agir», que sous le prétexte de la venue de la COP 15 à Montréal, qui accueillera la Conférence de l’ONU sur la biodiversité en décembre prochain, se cache un ardent désir du gouvernement fédéral de sacrifier «sans que personne ne soit imputable» un pan de mur de l’économie régionale qu’est l’industrie forestière uniquement pour que le Canada puisse bien paraître au reste de la planète lors de cet événement. 

En terminant, nous souhaitons vous inviter personnellement à venir nous rendre visite, dans notre belle région, à votre convenance, afin de constater l’importance que représente la forêt pour notre organisation ainsi que pour notre milieu. 

Cordialement, 

Caribou écotype forestier
Photo courtoisie

Alain Paradis, ing.f. Directeur général, Coopérative forestière de Petit Paris, Président Produits Forestiers Petit Paris, St-Ludger-de-Milot, Lac St-Jean

 

Réponse de Laure Waridel

Attention au lobby

Monsieur Paradis, je suis absolument ravie de lire qu’« il est faux de dire que l’industrie forestière s’oppose à la protection du caribou. » 

Permettez-moi alors d’espérer que le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) cessera de s’opposer à l’application des recommandations des scientifiques visant la protection du peu de forêts anciennes qu’il nous reste ainsi que des 35 000km2 d’habitat ayant été identifié comme névralgique pour la protection de cette espèce en péril. 

L’avenir se décide maintenant

Sachez que j’ai un immense respect pour les humains qui vivent de la forêt. Ce sont des gens courageux, en lien direct avec la nature, dont la rémunération n’est pas toujours à la hauteur des risques pris et des efforts déployés. Je crois en leur audace et en leur capacité d’innovation, parce qu’ils aiment profondément la forêt et ont envie que leurs enfants puissent en vivre également. 

Ma chronique mettait justement en valeur l’opinion de plusieurs d’entre eux qui réclament des pratiques forestières plus durables de manière à protéger leurs emplois ET les caribous. Ainsi, mon texte portait sur le futur des emplois qui dépend de la mise en œuvre de pratiques beaucoup plus écologiques dès maintenant. Si de grands progrès ont été réalisés au cours des vingt dernières années, de sérieuses inquiétudes persistent quant à l’appauvrissement des stocks forestiers et la gestion des risques dans les calculs de possibilité. 

À la lumière des connaissances scientifiques dont nous disposons, le statut quo que vous défendez ne devrait pas être une option. Ni pour les caribous ni pour les emplois. 

Le monde change

Notre rapport à la forêt doit changer au Québec parce que le monde change, le climat change et l’économie change. 

De plus en plus d’études démontrent que la conservation joue un rôle fondamental pour la séquestration du carbone surtout dans un horizon de 30-40 ans et surtout en forêt boréale. Le meilleur scénario, incluant le rôle des produits du bois lorsqu’ils remplacent des produits à forte empreinte carbone, est celui d’un mélange intelligent entre la coupe et la conservation. C’est exactement ce que ferait un bon plan caribou. Les gens sont prêts à cela, comme le révèlent de nouvelles études sur l’acceptabilité sociale. 

Des acteurs inégaux

Permettez-moi de faire remarquer que dans la région de garantie d’approvisionnement où la Coopérative forestière de Petit Paris se voit attribuer 300 000m3 de bois annuellement, une entreprise multinationale comme Résolu a quant à elle droit à 2,17 millions de m3. C’est 9 fois plus sur le même territoire. Tout ça en terre publique évidemment. 

Contrairement à une coopérative comme la vôtre dont le gagne-pain des membres dépend directement de la forêt de la région, le terrain d’exploitation d’une entreprise comme Résolu est mondial. Son statut juridique fait en sorte qu’elle est prioritairement redevable à ses actionnaires, pas aux gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ni même du Québec. 

Rappelons qu’une entreprise à capital-actions a comme principale responsabilité la maximisation des profits de ses actionnaires. Dans un système économique qui ne tient pas compte des coûts environnementaux et sociaux et qui opère dans le court-terme, il est tout à fait normal qu’elles s’opposent à des mesures de conservation qui limiterait ses intérêts à court terme. Pas parce qu’elle est « méchante », mais parce que c’est dans sa nature. 

Pour avoir étudié les stratégies de lobby dans d’autres secteurs économiques, j’ai pu observer qu’il est fréquent que les gros joueurs économiques fassent porter leurs messages par les plus petits, souvent même à leur insu. 

Il me fera plaisir de discuter de ces questions avec vous. Voilà pourquoi j’accepte votre invitation! Pourquoi pas au Repaire à Sainte-Monique? Je suis convaincue que les syndicats, les PME et des entreprises de l’économie sociale comme la vôtre ont un rôle fondamental à jouer pour protéger le caribou et que tous ensemble nous nous engagions dans la transition écologique qui s’impose. 

Laure Waridel

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