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Pénurie d’enseignants: encore des classes sans prof

Une semaine après la rentrée, des parents et des directions s’inquiètent de l’ampleur de la pénurie

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Nancy Lyonnais avec son fils Wylliam Paul, 12 ans, qui commence le secondaire à Sorel-Tracy. Il n’a toujours pas d’enseignant en mathématiques après une semaine, alors que l’école virtuelle a affecté la fin de son primaire.

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Après une semaine d’école, de nombreux élèves n’ont toujours pas d’enseignant attitré dans certains cours et s’occupent sur leur cellulaire en classe, alors que les suppléants se succèdent et que les directions s’arrachent les cheveux à recruter du personnel.

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«Je commence à être vraiment très inquiète», avoue Annie Bélanger, une mère de Terrebonne. 

Pour la deuxième année consécutive, son fils de 15 ans vit une rentrée sans prof de mathématiques.   

  • Écoutez l'entrevue avec Nancy Lyonnais à l’émission de Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 10 h 20 via QUB radio : 

L’an dernier, il fréquentait une école de Rivière-des-Prairies, à Montréal. Pendant des semaines, il a vu les suppléants défiler. L’enseignant qui s’est finalement occupé du cours n’était pas spécialisé en math. 

Pendant des mois, son fils « ne comprenait rien », comme la majeure partie de la classe, raconte Mme Bélanger. «Il est passé de 88 % à 72 %», illustre-t-elle. 

La petite famille a ensuite déménagé à Terrebonne au début de l’hiver, et l’enfant a donc pu finir l’année en beauté à l’école Armand-Corbeil. Mais cette rentrée-ci, le scénario se reproduit. 

«Les remplaçants leur disent : “Prenez votre téléphone et faites ce que vous voulez”», rapporte Mme Bélanger.

«Ce n’est pas la consigne qui a été donnée», explique pourtant Éric Ladouceur, du secrétariat général du Centre de services scolaire des Affluents, où il reste encore six postes d’enseignant de math au secondaire à pourvoir. 

En attendant, des périodes de récupération sont offertes à ces élèves, assure-t-il. «On souhaite le plus possible la stabilité.»

Pire qu’avant

À la mi-août, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, assurait à La Presse qu’il y aurait un prof dans chaque classe pour la rentrée. Mais sur le terrain, la situation est alarmante. 

«C’est la pire année», soupire Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE). 

En date de dimanche, il y avait encore 150 postes à temps plein à pourvoir seulement dans les écoles des 2200 membres que représente la Fédération, selon un sondage maison. 

Nicolas Prévost donne des chiffres approximatifs pour illustrer le portrait : s’il manquait 700 profs en début d’année, le réseau pouvait en recruter une centaine par jour, en moyenne. Cette année, il estime ce chiffre à 30 ou à 40.  

Chaise musicale

«On passe par le plan A, le plan B, le plan C. Et malgré tout, je n’ai quand même plus d’options.»

On peut donc déjà croire que certains groupes n’auront pas d’enseignant stable pendant des semaines, voire des mois. «Ou [subir] une chaise musicale dans les classes qui vont avoir trois, quatre, cinq profs différents pendant l’année», craint M. Prévost. 

Car en plus du recrutement, la rétention du personnel est elle aussi difficile, rappelle Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES). 

«Une directrice me racontait qu’un de ses enseignants est venu donner son cours le matin et a ensuite donné ses clés sur l’heure du dîner», illustre-t-elle.  

«Mauvais timing» pour les élèves en difficulté 

La pénurie qui laisse certaines classes sans enseignant arrive au pire moment pour les élèves en difficulté, qui ont accumulé du retard en raison des deux années pandémiques. 

Le fils de Nancy Lyonnais, Wylliam 12 ans, vient tout juste de commencer le secondaire à l’école Bernard-Gariépy de Sorel-Tracy. Depuis la rentrée, il n’a eu que des suppléants dans ses cours de math. 

Avant la pandémie, le garçon avait de la facilité dans cette matière. Mais avec l’enseignement à distance, il a pris du retard, explique sa mère. «Si ça dure trop longtemps, je vais prendre le taureau par les cornes et aller chercher de l’aide ailleurs», s’impatiente-t-elle.

Pour elle comme pour de nombreux parents, c’est un très «mauvais timing» de devoir subir maintenant les effets pervers de la pénurie de personnel. 

Moins de services à l’élève

«La pandémie a laissé des traces, mais nos ressources spécialisées sont occupées ailleurs ou ne sont pas là», déplore Kathleen Legault de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

«Tout le monde est sous pression. On court encore pour trouver des adultes pour veiller sur nos élèves. Il manque aussi de personnel dans les services de garde, il manque de chauffeurs d’autobus», énumère-t-elle.

Dans certains cas, la seule solution à la pénurie est d’assigner des classes ou des cours à des orthopédagogues, éducateurs spécialisés et autres travailleurs censés accompagner les élèves en difficulté. 

Pas informés

C’est de la bouche de leur propre enfant que les deux mères interrogées ont appris qu’il n’avait pas encore de prof de math. 

«Les rencontres de parents commencent cette semaine, note Sylvain Martel du Regroupement des comités de parents autonomes. Certains parents qui ignoraient l’impact du manque de profs pourraient donc avoir une mauvaise surprise dans les prochains jours.»

Au moment de publier, ni le Centre de services scolaire de Sorel-Tracy, ni celui de la Pointe-de-l’Île, ni le ministère de l’Éducation n’avaient répondu à nos questions.

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