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Shakespeare version lutte-théâtre

Un nouveau festival de théâtre fait sensation en traduisant des classiques en format lutte professionnelle

Eugénie se bat
Photo Arach'Pictures Des actrices de la pièce de lutte-théâtre Agamemnon in the ring combattent et font des passes impressionnantes.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Les dépisteurs de talents pour la lutte professionnelle devraient songer à recruter dans les conservatoires de théâtre. 

On dit souvent que les lutteurs doivent savoir jouer. Certains suivent même des cours d’art dramatique.

Eh bien, le festival de lutte-théâtre Royalmania nous démontre que ça peut aussi être le contraire. 

De jeunes comédiens de formation peuvent apprendre les passes et les prises de lutte... et ils donnent alors l’impression d’avoir fait ça toute leur vie !

« J’ai eu l’idée d’adapter l’histoire de la Guerre de Troie [pour créer Agamemnon in the ring] en format lutte professionnelle après une expérience qui m’a ouvert les yeux sur les similitudes entre la tragédie grecque et la lutte télévisée », m’explique Hilaire St-Laurent, l’auteur de la pièce qu’il a réécrite en alexandrins-joual, ponctuée de numéros d’opéra rock pour l’événement.

Pour financer un stage en France, sa classe de l’École nationale de théâtre du Canada a eu l’idée de tenir un gala de lutte... qui a vendu beaucoup de billets !

C’est alors qu’Hilaire St-Laurent a eu son épiphanie.

« Dans la tragédie, il y a un chœur, à la lutte, il y a des commentateurs, et dans les deux cas, les personnages font des monologues en s’adressant à la foule. »

Les représentations antiques n’auraient pas fait courir les masses si elles avaient été jouées de façon proprette et sobre.

« Je pense que les représentations dramatiques de l’époque étaient carnavalesques et avaient quelque chose du show rock avec de la danse et du chant... un peu comme on fait là ! »

Jubilation

Le personnage de Dick, la version lutteur du roi Richard III de Shakespeare, attaque traîtreusement son frère par-derrière pour grimper vers le trône.
Photo Arach'Pictures
Le personnage de Dick, la version lutteur du roi Richard III de Shakespeare, attaque traîtreusement son frère par-derrière pour grimper vers le trône.

La metteuse en scène d’une autre pièce à laquelle j’ai assisté, Dick the Turd (vulgarisation comique de Richard III, le drame de Shakespeare), Élisabeth Coulon-Lafleur, parle aussi d’un retour à une énergie vitale souvent évacuée du théâtre normal. 

« Souvent, au théâtre, on est obligé de rester très calme et parfaitement silencieux, ce qui peut être parfois un peu chiant, mais avec la lutte-théâtre, c’est la libération, le public jubile, hurle, rit, crie... et nos comédiens ont la satisfaction de leur répondre ! » dit-elle.

« La cloison qui sépare les acteurs des spectateurs est abolie. »

Mon expérience du théâtre n’est pas infinie, mais je n’ai jamais vu un pareil chahut lors de pièces !

Les versions « luttées » des classiques se distinguent par leur haut niveau d’intensité et de décibels
Photo Arach'Pictures
Les versions « luttées » des classiques se distinguent par leur haut niveau d’intensité et de décibels

C’est un marathon d’intensité.

Ces combats de deux heures crèvent les comédiens, tout couverts de sueur, mais ils s’en tirent très bien !

Des jeunes femmes assises derrière moi lors d’Agamemnon in the ring ont failli défoncer mes tympans.

Ai-je moi-même à l’occasion crié ? Évidemment !

Le souci de respecter l’intrigue et les éléments de l’histoire homérique dans cette version « lutte » a poussé Hilaire St-Laurent à y intégrer, notamment, le sacrifice d’Iphigénie et le coup du cheval de Troie qui, à la blague, devient « Troie-Rivière ».

Son Agamemnon emprunte des expressions à René Lévesque. (Le traquenard dans lequel le roi tombe à son retour de guerre réfère à la « Nuit des longs couteaux » de novembre 1981...)

« Richard III de Shakespeare, c’est un personnage de méchant comme on aime haïr à la lutte... et c’est ça que nous en avons fait », dit Élisabeth Coulon-Lafleur.


►Le festival de lutte-théâtre Royalmania se poursuit au théâtre Aux Écuries jusqu’au 24 septembre.

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