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Nouveau roman de Viola Ardone: dire non à certaines lois ancestrales

Viola Ardone
Photo courtoisie, Roberto Frankenberg Viola Ardone

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Dans son nouveau roman, l’écrivaine italienne Viola Ardone nous fait découvrir une loi ancestrale incroyablement révoltante qui a longtemps pourri la vie des femmes de son pays.

Viola Ardone
Photo courtoisie

Avec Le train des enfants, son précédent roman, Viola Ardone avait frappé fort, très fort. Et voilà qu’avec Le choix, elle remet ça en s’emparant d’une autre réalité historique franchement bouleversante. Est-ce que vous saviez, vous, que jusqu’au début des années 1980, un homme qui violait une femme en Italie pouvait s’en tirer indemne s’il lui proposait ensuite le mariage?

«Cela peut sembler absurde, mais la loi 544, qui éteint le délit d’enlèvement et d’agression sexuelle si la victime accepte d’épouser le violeur, a été créée pour “protéger” les femmes, explique Viola Ardone, qui réside à Naples, une ville qu’elle adore. En effet, on pensait qu’une femme privée de son “honneur” et de sa virginité n’était plus apte au mariage et était donc condamnée à une vie de solitude, en marge de la société. C’est pourquoi de nombreuses femmes ont accepté d’épouser l’homme qui les avait violées : parce qu’elles savaient qu’elles n’avaient pas d’autre choix. Je n’ai pas rencontré personnellement de femmes ayant vécu cette expérience, mais il me semble que cette loi (abolie en 1981) influence encore certains comportements machistes et violents dans mon pays. Pour écrire ce livre j’ai recueilli des témoignages de femmes victimes de violences et d’abus et je me suis rendu compte que de ce point de vue, peu de choses ont changé entre hier et aujourd’hui : la femme est toujours considérée comme une proie, comme un objet à posséder et à soumettre par la force.»

Non aux traditions ancestrales

Oliva Denaro — une anagramme de Viola Ardone — vit dans un petit village sicilien où tout le monde se connaît et où il est pratiquement impossible de faire un pas de travers sans que personne le remarque. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles elle aurait aimé être un garçon. Dès qu’on naît fille, il n’y a pas moyen de faire ce qu’on veut. Et à partir du moment où on devient femme, un paquet de nouvelles règles à respecter viennent s’ajouter : ne jamais marcher seule dans les rues, ne plus porter de jupes coupées au-dessus du genou, ne pas regarder les hommes dans les yeux, etc.  

Au début des années 1960, alors qu’elle commence à peine à avoir des formes, Oliva va bien malgré elle attirer l’attention de Pino Paternò, le fils du pâtissier... qui est tout sauf une bonne pâte. Ses avances la laissent de marbre? Qu’à cela ne tienne. Le bonhomme n’hésitera pas à la kidnapper et à la violer. Car après ça, elle sera bien forcée de l’accepter comme époux. 

Mais soutenue par son père, elle refusera tout net de suivre cette voie.

«Oliva Denaro, c’est moi, Viola Ardone, précise l’écrivaine. Même si son histoire se déroule dans les années 1960, elle me ressemble beaucoup : elle a la même timidité, les mêmes petites manies, les mêmes insécurités que j’avais à 15 ans. Je me sentais moche, maladroite, j’avais peur du regard des autres et en même temps je le désirais. Oliva vit les attentions de Pino Paternò d’abord comme de la flatterie, puis progressivement avec malaise, lorsqu’elles deviennent plus déplacées et harcelantes. Lorsqu’il l’enlève par la force, elle se sent coupable de s’être réjouie au départ de son intérêt. Cela me semble être un point important dans le discours sur le consentement : une femme peut dire non à n’importe quel moment d’une relation, même après avoir initialement accepté de sortir avec un homme. Les amis d’Oliva la grondent et lui rappellent le proverbe du village : “La femme qui sourit dit oui.”»

Mise en contexte

«J’ai écrit ce livre pour rechercher dans le passé récent les causes de la situation féminine dans mon pays, poursuit Viola Ardone. Presque tous les jours, il y a des cas de “féminicides”, c’est-à-dire des femmes tuées souvent par leur partenaire ou ex-partenaire pour des raisons de jalousie et de possessivité. Les femmes sont encore victimes de violences et d’abus, d’insultes et de préjugés. Je me suis demandé si cela avait un rapport avec le fait que, jusqu’à il y a 40 ans, les hommes pouvaient prendre une femme par la force, protégés par la loi.»

«Dans le roman, je parle aussi d’une autre loi terrible qui a été abolie en 1981, avec celle du “mariage réparateur”. C’est ce qu’on appelait le “crime d’honneur” : si un homme découvrait que sa femme le trompait, il était autorisé à la tuer pour retrouver son honneur, la loi lui accordant des circonstances atténuantes très fortes et une peine dérisoire. Ces deux lois, en d’autres termes, protégeaient la violence sexuelle et le féminicide. Aujourd’hui, heureusement, elles n’existent plus, mais dans la mentalité des gens, quelque chose est peut-être resté. La mentalité est lente à changer.» 

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