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Un fabricant québécois de meubles scolaires ignoré dans sa propre cour

Bon nombre de gestionnaires du réseau de l’éducation choisissent le Made in USA... pour plus cher !

Alpha Vico
Photo Pierre-Paul Poulin Annie Messier, qui travaille aux ventes chez Alpha-Vico et Gilles Berthiaume, PDG du fabricant de meubles scolaires, viennent d’investir plus de 10 millions $ pour moderniser leurs installations.

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Le fabricant québécois des célèbres chaises orange que l’on voit partout dans nos écoles digère mal que certains centres scolaires de son coin de pays le boudent et optent plutôt pour des meubles «Made in USA».

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«J’ai 140 employés qui payent des taxes. Je génère quatre millions $ en salaire par année dans mes cinq usines dans la région de Farnham», soupire Gilles Berthiaume, PDG d’Alpha-Vico.

«Ils ont acheté des tables américaines de l’entreprise KI à l’École Mgr-Douville de Farnham. Ils les ont payées plus de 2500 $ chacune (la 10 pieds), alors que je les faisais à 1500 $ (la 12 pieds)», soutient-il.

Ce qui le fait sortir de ses gonds, c’est que les tables sont non seulement plus chères, mais moins longues, donc moins d’élèves peuvent s’y asseoir.

  • Écoutez l'entrevue avec Gilles Berthiaume à l’émission de Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 9 h 23 via QUB radio : 

Pourtant, dans le comté de Brome-Missisquoi, le manufacturier Alpha-Vico est visible. Il participe aux activités de la région. Lui et sa sœur, Claudine, servent même parfois des déjeuners pour les élèves du voisinage.

«Les compagnies américaines ne viendront pas commanditer nos équipes sportives. Elles ne font pas de souper spaghetti chez nous», lance celle qui dirige les ventes à ses côtés.

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Photo Pierre-Paul Poulin

«Je ne comprends pas que l’on exige des normes américaines, alors que l’on parle du Panier bleu et de l’achat local. Ce n’est pas cohérent», laisse tomber Annie Messier, aux ventes avec elle, accrochée entre une visite de client.

Alors que l’on s’arrache ses chaises, pupitres et tables ailleurs, Alpha-Vico saisit mal l’attrait du «Made in USA» en pleine campagne d’achat local.

Mises à pied forcées

Aujourd’hui, certains descriptifs sont même rédigés en anglais avec des normes américaines pour les éliminer, avance Gilles Berthiaume.

«Ce n’est pas tous les centres scolaires qui font ça. On a de bons clients partout au pays. Il y a en des professionnels», tient-il cependant à nuancer.

Reste que les décisions de certains lui laissent un goût amer, qui a des impacts jusque sur le plancher de l’usine. Et ce qui devait arriver arriva.

«J’ai remercié vingt employés la semaine passée parce que les commandes ont baissé», partage avec émotion Gilles Berthiaume d’Alpha-Vico.

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Photo Pierre-Paul Poulin

Ce qui irrite au plus haut point l’homme d’affaires, c’est que souvent, les chaises choisies sont plus chères en plus d’être fabriquées hors du Québec.

«Elles payent parfois 135 $ la chaise, alors qu’elles peuvent l’avoir à 35 $, donc 1000 chaises, c’est 100 000 $ de plus», dénonce l’entrepreneur.

  • Écoutez l’entrevue avec le PDG d'Alpha-Vicole au balado « PME inc. » diffusée chaque samedi en direct 11 h via QUB radio :

Les centres sur la défensive 

Questionnés par Le Journal, les centres scolaires ont tôt fait de se défendre.

«Nous n’accorderons pas d’entrevue sur le sujet, car nous avons échangé avec eux, pas plus tard qu’hier [13 septembre], concernant les motifs de non-conformité pour lesquels la candidature de cette entreprise n’a pas été retenue lors de l’appel d’offres public», a répondu Audrey Leboeuf, aux communications du Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs.

Au Journal, le centre a affirmé avoir respecté l’appel d’offres pour l’achat de 16 tables via le Comité d’achats regroupés de la Montérégie et de l’Estrie.

À une centaine de kilomètres, au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, sa porte-parole Mélanie Simard a dit avoir tout fait dans l’ordre.

«À titre d’organisme public, nous veillons à appliquer et à faire respecter les règles en matière d’acquisitions [biens et services] et travaillons à partir de la définition d’un besoin», a-t-elle déclaré.

«Vous comprendrez que nous ne pouvons pas donner de détails sur les soumissions déposées par des entreprises intéressées par les besoins que nous avons», a-t-elle résumé.

Alpha-Vico

Fondation : 1980

Employés : 140

Usines : 5

Clients (pays) : Canada, États-Unis

Produits : chaises, pupitres, tables pliantes, tabourets

Source : Alpha-Vico

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