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Anna et Arnaud: Guylaine Tremblay est «rendue à l’âge le fun»

Anna et Arnaud: Guylaine Tremblay est «rendue à l’âge le fun»
Photo Jocelyn Michel, byconsulat.com

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Guylaine Tremblay arrive tout juste de Charlevoix, son havre de repos, où elle a passé une partie de l’été. «J’aime ça regarder le fleuve, me faire contemplative, ne penser à rien», explique la native de Petite-Rivière-Saint-François. Ressourcée, après un intense début d’année, la comédienne est prête à défendre un rôle exigeant, celui d’une femme déchirée dans la nouvelle minisérie Anna et Arnaud.

«J’ai vraiment eu un hiver de fou», réalise-t-elle en l’évoquant.  

De fait, son début d’année a été un feu roulant de projets variés et stimulants. Parmi ceux-ci, Anna et Arnaud, dont les téléspectateurs ont déjà pu apprécier deux épisodes, où elle campe le personnage d’Anna, une mère aux prises avec l’angoisse, l’attente et une sourde inquiétude vis-à-vis de son fils itinérant et toxicomane. 

La réalité de la rue 

D’entrée de jeu, l’actrice s’enthousiasme pour la minisérie et se montre reconnaissante.

«On m’a offert un personnage de femme extraordinaire, complexe. Elle est seule dans sa souffrance, doit souvent mentir. Un de mes enjeux, c’était de l’incarner en gardant en tête qu’elle doit trouver le moyen de continuer sa vie, même si la situation de son fils ne la quitte jamais. Dans un 5 à 7, lorsqu’elle écoute la météo, tout la ramène à cette réalité-là. Francine Ruel le dit bien dans son roman : “J’ai besoin de faire le deuil d’un enfant vivant”. Comment on fait ça?» 

Un personnage avec une problématique insoluble.

«Si ça fait trois mois que tu n’as pas vu ton enfant et qu’il vient te demander de l’argent, est-ce que c’est vrai qu’il va aller s’acheter un téléphone ou il va s’acheter de la drogue ? Le personnage d’Anna est toujours pris», observe la comédienne. 

  • Écoutez l'entrevue avec Guylaine Tremblay à l’émission de Sophie Durocher via QUB radio: 

Bien que l’histoire soit dure, la comédienne rappelle qu’il y a aussi beaucoup de lumière.  

«C’est bouleversant, mais c’est une belle histoire d’amour entre une mère et son fils. Tu sens qu’ils s’aiment ces deux-là», raconte-t-elle tout en insistant à quel point elle a trouvé formidable l’acteur Nico Racicot qui interprète son fils.  

Pour elle, Anna et Arnaud est une série porteuse de sens. «Je crois que ça va ouvrir le cœur de tout le monde. Et pas besoin d’être parent! Chaque humain qu’on voit, on ne sait jamais ce qui se passe véritablement dans leur vie. Un itinérant qu’on croise dans la rue, il a peut-être des enfants. Il a un père, il a une mère, il a eu une vie.»  

Un projet sensible qui déconstruira sans doute des jugements, espère-t-elle, et qui aidera à démystifier l’univers de l’itinérance.  

Transmettre passion et savoir  

Comédienne chérie des téléspectateurs, Guylaine Tremblay a cumulé les rôles marquants au fil des ans. Avec ses prestations dans La petite vie, Annie et ses hommes, Unité 9 ou En tout cas, elle est parvenue à séduire et à émouvoir les gens par la vérité de ses interprétations. 

«J’ai eu de la chance, j’ai été vraiment comblée», dit-elle. 

Peut-être à cause de la justesse et de la sincérité de son jeu, l’actrice s’est aussi joint l’hiver dernier au corps professoral de Star Académie

«Ça m’a beaucoup surpris lorsque Jean-Philippe Dion m’a appelée. Après réflexion, j’ai réalisé que c’était vrai, que j’étais à l’âge de la transmission.» 

À l’instar de son spectacle hommage à Yvon Deschamps, celle qui n’avait jamais enseigné a embrassé un projet qui diffère de son univers habituel. 

«Les jeunes vont faire leur route quant à leur talent vocal, mais j’ai quand même une expérience du métier qui peut allumer certains phares», estime la professeure d’interprétation qui dresse un bilan très positif de son expérience. 

«Les académiciens étaient vraiment motivés, ils veulent en faire un métier. C’était des éponges. On se sent utile, vraiment beaucoup.» 

«Je suis rendue à l’âge le fun : je peux continuer à être une interprète et jouer comme lorsque j’avais 20 ans, mais j’ai aussi l’âge de transmettre ma façon de voir le métier et mes connaissances», estime celle qui soulignera ses 62 ans en octobre.  

Laisser la vie la surprendre 

Cette année, la comédienne aux multiples prix Gémeaux et Artis s’est aussi vu décerner la prestigieuse distinction honorifique de l’Ordre du Canada. 

«Ils m’ont expliqué que c’était pour mon parcours professionnel, mais c’est aussi attribué à ceux qui s’impliquent dans leur communauté. Je me suis alors sentie plus à l’aise d’accepter», explique humblement l’artiste.  

«Je considère que je fais ce que j’ai à faire pour mon métier. En ce sens-là, je me dis que chaque travailleur mérite un tel prix, tu comprends? Mais si ça peut rejaillir sur les organismes dans lesquels je suis impliquée, c’est franchement parfait», estime celle qui s’investit auprès de la Maison Bleue depuis 14 ans et est fidèle aussi à la mission de la Maison Dauphine à Québec.  

Lorsqu’on mentionne qu’il lui reste encore assurément plusieurs grands rôles à venir pour elle, l’actrice éclate de rire. 

«Ben oui, il va y en avoir d’autres, je sais bien. L’avantage de ce métier-là, c’est que tu peux vieillir. J’ai la chance d’être en santé et en pleine forme.» 

D’ici ces prochains rôles, l’artiste enfilera celui de grand-maman pour la première fois avec l’arrivée d’une petite-fille en novembre. Un cadeau de la vie qu’elle attend avec beaucoup d’impatience. 


♦ Anna et Arnaud est diffusée le mardi à 20 h sur les ondes de TVA.  

Cinq rôles marquants  

1993 – 1999 | Caro dans La petite vie 

«Évidemment, sur le plan de la comédie, c’est la rebelle Caro de La petite vie». C’est ce personnage de révoltée et de caractérielle qui a permis de faire connaître la comédienne au grand public.  


2002 - 2009 | Annie dans Annie et ses hommes 

«J’ai encore beaucoup d’affection pour Annie», précise l’actrice qui a joué durant sept années l’attachante Annie Séguin.  


2007 | Réjeanne dans Contre toute espérance 

«Réjeanne dans Contre toute espérance a été un rôle marquant pour moi dans ma carrière au cinéma. C’est une œuvre phare de Bernard Émond», estime la comédienne. Au côté de Guy Jodoin qui campe son mari Gilles, elle y incarne une téléphoniste mise à pied. Le couple sans histoire vivra une véritable descente aux enfers. La comédienne a remporté le Jutra 2008 de la meilleure interprétation féminine pour ce film. 


2017 | Nana dans Encore une fois, si vous permettez 

«Il y a plusieurs personnages de théâtre que j’ai adoré jouer et qui ont été déterminants pour moi.» Elle évoque sa récente professeure des Étés souterrains, ce solo écrit sur mesure par Steve Gagnon qu’elle a joué sur les planches en 2021 et qu’elle portera à nouveau au théâtre en 2023. «Mais Nana, ça a vraiment été une expérience extraordinaire de jouer la mère de Michel Tremblay!»  


2012-2019 | Marie Lamontagne dans Unité 9 

Impossible de passer à côté du personnage vedette du célèbre drame carcéral Unité 9. Le rôle de Marie Lamontagne a permis à l’actrice de remporter systématiquement le prix Artis du meilleur rôle féminin cinq années de suite, de 2013 à 2017. «Marie fait encore partie de moi. Chacun des personnages qu’on a joués a son importance. C’est quelque chose qui ne disparaît jamais, les personnages qui t’ont habité. C’est un peu comme si ça faisait partie de ta famille par la suite, on dirait», sourit l’actrice.  

Hommage à Yvon Deschamps 

Guylaine Tremblay poursuit la tournée de son spectacle solo J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi, un hommage à Yvon Deschamps où elle brille en faisant rire et en touchant son public. 

«Le titre de mon spectacle, issu d’une chanson d’Yvon, traduit cette idée que je ne sais pas trop pourquoi, mais moi ça a toujours été lui que j’aimais», explique l’artiste, les yeux pétillants.  

Préparé pendant la pandémie, ce projet intime, co-écrit avec Michel Poirier qui en signe aussi la mise en scène, a amené la comédienne à sortir de sa zone de confort. Elle y interprète une quinzaine de chansons du répertoire de l’humoriste qui éclairent ses propres monologues où elle se raconte. 

«C’est ça qui est beau dans le fait de vieillir. Je peux essayer des choses juste pour le plaisir de les essayer, d’explorer et continuer à grandir comme artiste. Je trouve ça merveilleux!» philosophe-t-elle. 

«Ça n’empêche pas le doute, poursuit-elle en riant. Lors de la première de mon show, je me disais “Oh my god ! Mais qu’est-ce que je fais là!” Mais le doute, il est nécessaire. C’est un bon moteur.»

Au vu de l’accueil plus qu’enthousiaste du public, il semble bien que le doute ait été bénéfique pour l’artiste.  


♦ J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi, en tournée au Québec en novembre 2022.

♦ Supplémentaire le 20 novembre au Théâtre Maisonneuve à Montréal.

productionsmartinleclerc.com

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