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Plus de 2000 entreprises sur le point de fermer faute de relève

Et ce problème qui menace l’économie québécoise s’aggrave très rapidement

FD-
Photo Agence QMI, Marcel Tremblay André Laurendeau, président de la coopérative Promo Plastik, de Saint-Jean-Port-Joli, estime que la vente aux employés est une solution au manque de relève ou de repreneur qui devrait être plus souvent envisagée.

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Des nuages noirs planent sur le Québec inc. : il pourrait y avoir 34 000 entreprises à reprendre d’ici 2025 et les intentions de départ des propriétaires ont doublé pour la prochaine année.

« On parle de 2200 entreprises qui sont sur le point de fermer faute de repreneur. C’est une menace pour l’économie québécoise », constate avec inquiétude Pierre Graff, PDG du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ). 

Ces craintes sont partagées par Alexandre Ollive, grand patron du Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ). Il estime essentiel d’assurer la survie des PME bien établies, notamment en région.

Il faut dire que le cocktail est explosif. En 2020, l’Université du Québec à Trois-Rivières recensait 34 000 entreprises à vendre dans les cinq ans. Et le phénomène semble s’accélérer. Le nombre d’entrepreneurs qui souhaitent céder dans la prochaine année a doublé au deuxième trimestre de 2022, d’après Statistique Canada. 

En face, il y a une rareté de la main-d’œuvre et des jeunes qui souhaitent entreprendre, mais qui se lancent peu, commente M. Graff. Les deux avenues traditionnelles pour la cession d’entreprise – la relève familiale et la revente à l’externe – ne suffiront pas à combler les besoins. Et plusieurs entrepreneurs n’ont pas encore de plans de relève ou envisagent la fermeture.

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VENDRE AUX EMPLOYÉS

Une troisième avenue existe pour le repreneuriat : la vente aux employés. Mais elle est peu envisagée, moins d’un plan de relève sur cinq d’après une étude de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). 

Pourtant, elle pourrait sauver bien des entreprises, d’après les experts consultés par Le Journal.

D’abord, la vente aux employés permet d’assurer une continuité, explique M. Ollive. Le transfert se fait en douceur vers des personnes qui connaissent l’entreprise, et que les clients connaissent aussi. La formule garantit également le maintien de l’expertise et des emplois au niveau local.

L’UNION FAIT LA FORCE

L’autre avantage indéniable, c’est le nombre. Se lancer collectivement va sécuriser les gens pour se lancer en affaires, souligne M. Graff. 

C’est aussi l’opinion de Pascal Brulotte, directeur général de la Coopérative Edgar. 

« Il y a une facilité à acheter ou racheter une entreprise sans y laisser sa chemise, lance-t-il. La Coop Edgar, moi, Pascal Brulotte tout seul, je n’aurais pas été capable de la racheter. Mais collectivement, ça se fait. Et aujourd’hui, on se retrouve propriétaires d’une des plus grandes organisations de traduction au Canada. » 

L’entreprise a été rachetée par ses 70 employés fin 2021. 

VALEUR DE REVENTE ÉQUIVALENTE

Quant à la valeur de la vente, elle ne se ferait pas au rabais. 

« Ce n’est pas parce que le cédant vend à une coopérative ou des employés qu’il va vendre moins cher », assure François Morissette, directeur Investissements Coopératives chez Desjardins Capital.  

Il existe plusieurs formules : inc., coop, hybride, ou même OSBL. Dans le cas de la création d’une coopérative par exemple, c’est peu connu, mais il existe des outils financiers spécifiques et particulièrement attractifs. 

Desjardins Capital prend des parts privilégiées dans les coopératives et se substitue en partie à la mise de fonds. Alors que les acheteurs auraient normalement dû débourser 20 %, ils n’apportent que 5 ou 10 % de mise de fonds. 

À cela s’ajoute un écosystème financier partenaire, de l’accompagnement, des avantages fiscaux, voire des subventions. Bref, « il y a des sous pour de bons projets », conclut M. Morissette.  

Des travailleurs repreneurs fêtent les 30 ans d’existence de leur entreprise 

Une entreprise industrielle de Saint-Jean-Port-Joli, dans Chaudière-Appalaches, a réussi à sauver les emplois dans le village en vendant à ses employés. Et cela fait 30 ans que ça dure.

« Je suis convaincu que la reprise collective est une des avenues d’avenir qui va sauver des entreprises », lance André Laurendeau, président de la coopérative Promo Plastik. 

La PME de 20 travailleurs fêtera ses 30 ans en novembre. Un exploit pour l’imprimeur des effigies du Carnaval de Québec qui a su défier la compétition asiatique et maintenir l’entreprise dans sa municipalité d’origine. Pourtant, l’histoire aurait pu tourner bien autrement. 

En 1992, Monika Gagnon est en processus de rachat de la division Promo Plastik à ses frères, fruit de l’entreprise familiale Plastiques Gagnon. Mais elle tombe enceinte et décide d’arrêter de travailler. Deux compétiteurs veulent racheter.

« LES JOBS ALLAIENT PARTIR »

« Mais ils étaient tous de Montréal, et toutes les jobs allaient partir. C’était du travail perdu, avec une expertise unique », raconte Mme Gagnon. Pas question pour elle de perdre ce que son père et son grand-père avaient bâti si durement dans le village. 

Elle propose à ses employés de racheter, sous la forme d’une coopérative de travailleurs. « Je leur ai dit : si c’est rentable pour moi, c’est rentable pour vous autres. On leur devait une prime de départ, ça faisait le cash pour racheter à un prix qui nous convenait », se souvient la femme d’affaires qui se réjouit de la longévité de l’entreprise cédée.

LES COOPS SURVIVENT PLUS

Une exception ? Il semblerait que non. Une étude du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité publiée début septembre montre que les coopératives sont particulièrement résilientes. Elles sont 80 % à passer le cap des trois années d’existence, contre 48 % pour les entreprises québécoises. Après 10 ans, alors que seulement une entreprise sur cinq survit, près d’une coopérative sur deux survit (44 %). 

La majorité des transferts d’entreprise se solde par un échec, rappelle Pierre Graff, PDG du RJCCQ. L’enjeu est donc de trouver des repreneurs, mais aussi qu’ils durent. Dans ce sens, « le collectif serait favorable pour que le transfert se solde par un succès » parce qu’il permet de retenir des talents complémentaires, qui font la force d’une entreprise.

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