/opinion/columnists
Navigation

Poutine : je me suis trompé

Coup d'oeil sur cet article

On ne peut exiger d’un chroniqueur qu’il soit parfait, mais on a le droit d’exiger qu’il soit honnête.

La perfection serait qu’il ne se trompe jamais. Déraisonnable.

L’honnêteté, c’est qu’il l’admette quand il se trompe. Raisonnable.

Je me suis trompé. 

Erreur

Le 29 janvier, j’écrivais que Poutine n’envahirait pas l’Ukraine parce qu’il était trop réaliste, parce qu’il savait que la bouchée serait trop grosse à avaler.

Il avait tiré, je supposais, les leçons de la débâcle russe en Afghanistan.

Il menace, disais-je, pour que l’Ukraine reste docile et cesse de se rapprocher de l’Occident.

Ouais...

La débâcle russe est humiliante, hallucinante.

Les soldats russes abandonnent des chars d’assaut flambant neufs, refusent de se battre, s’habillent en civils et disparaissent dans la nature.

Me permettez-vous au moins de dire que je n’étais pas seul dans l’erreur ?

Jusqu’à la dernière minute, nombre de services de renseignements occidentaux n’y croyaient pas à cette invasion.

Honnêtement, même si je ne l’ai pas écrit, je ne pensais pas non plus que la performance de l’armée russe serait aussi pitoyable.

On parle tout de même ici de l’armée qui, jadis, repoussa Hitler presque à elle seule avant que les États-Unis et d’autres se lancent dans la bataille.

Remarquez que le plus surpris doit être Poutine lui-même.

Il découvre aujourd’hui, comme moi, comme le monde entier, que l’armée la plus impressionnante de toutes pour faire des parades est une armée d’opérette, mal entraînée, mal équipée, mal dirigée et totalement démotivée. 

Comment a-t-il pu commettre une telle erreur de lecture ?

Pour les mêmes raisons que tant de dictateurs : ils sont entourés de courtisans effrayés qui lui disent ce qu’il veut entendre.

Ils sont donc coupés du réel.

En 1945, quand Berlin était encerclée et que la fin était inéluctable, les généraux d’Hitler n’osaient toujours pas lui dire la vérité et alimentaient ses fantasmes.

De plus, honnêtement, qui pensait que la solidarité occidentale serait durable à ce point ?

Et surtout, qui pensait que les Ukrainiens avaient de telles réserves de bravoure ? 

Nous sommes devenus cyniques. Notre époque est devenue cynique. 

Quand un leader en appelle au sacrifice, à la grandeur, à l’Histoire, à tout ce qu’il y a de noble, beaucoup ricanent, cherchent la supercherie, suspectent l’arnaque.

Le peuple ukrainien nous donne une leçon pour l’éternité, une vraie.

  • Écoutez la rencontre de Joseph Facal et Richard Martineau diffusée via QUB radio :

Désespéré

Aux abois, Poutine mobilise des civils qui ne veulent pas combattre, organise des référendums loufoques, menace d’utiliser des armes nucléaires.

Il joue le tout pour le tout, car, comme un chef mafieux, il sait qu’il ne peut aspirer à une retraite paisible. 

Sa fin risque d’être brutale parce qu’il s’est fait trop d’ennemis et que personne ne le protégera s’il chute.

Sa menace nucléaire est-elle réelle ? Nul ne sait ce qui se passe dans sa tête, comme l’ont montré les derniers mois.

Gardons-nous toutefois une petite gêne : l’arme nucléaire ne fut utilisée que deux fois dans l’Histoire... par les États-Unis.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.