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Romans d'ici: ébranler les privilégiés

Que notre joie demeure
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Par son style, par son propos qui dénonce avec adresse le monde des privilégiés, Que notre joie demeure est un roman exigeant. Mais quelle efficacité!

Puisqu’il est question d’une architecte, la métaphore s’impose : Que notre joie demeure est un roman à étages multiples, où l’on passe d’un balcon qui domine le monde jusqu’à ce qui est enfoui dans les sous-sols de la pensée.

Et les couloirs à emprunter sont si nombreux qu’aussitôt le livre terminé, on a envie d’en refaire le tour!

En seulement deux romans, Kevin Lambert est devenu une référence littéraire, finaliste de prix prestigieux et encensé par la critique. Ce que l’on appelle un nom. 

Il est donc intéressant que son troisième roman, bien différent des précédents, soit consacré à une célébrité – quoique l’auteur ne fasse pas partie du cercle des puissants qu’il décrit dans Que notre joie demeure!

Néanmoins, la Céline Wachowski qu’il met en scène est un nom, et à ce titre, son image lui échappe, ce que Lambert illustre avec une admirable maîtrise des contradictions qui font un humain. On est loin de la caricature ici.

Un piédestal vacillant

Céline est une architecte de 70 ans qui a laissé sa marque à travers la planète, qui a sa série sur Netflix, qui fréquente le Tout-Hollywood et le beau monde de Montréal. Elle est richissime, et dans son univers, on ne se prive de rien.

Néanmoins, Céline se targue d’avoir une conscience sociale. Elle conçoit l’architecture comme un art du peuple : une expression artistique certes coûteuse et soumise aux jeux politiques, mais «aussi la plus accessible et la plus démocratique». Lambert y consacre des pages formidables.

Mais tout renouveau architectural contribue aussi à la gentrification des quartiers, et c’est justement le drame du nouveau mandat confié à la grande Wachowski.

Elle qui n’avait jamais pu mener de projet d’envergure à Montréal se retrouve poussée à prendre en charge le siège social de la multinationale Webuy qui veut s’installer ici. Elle choisit de l’implanter aux limites des quartiers du Mile-Ex et de La Petite-Patrie, ce qui menace le tissu social du coin. La révolte gronde, alimentée par des reportages. 

Ça gronde aussi dans ses bureaux, vu ses exigences envers ses employés, que Céline croit pourtant bien traiter. Il sera aussi question d’évasion fiscale, d’aveuglement, de trahisons... 

Le piédestal de Céline est donc ébranlé, et nous en suivrons toutes les fissures. Pour ce faire, Kevin Lambert nous fait entrer dans ses pensées et dans celles de son entourage en les présentant comme un ruban qui se déroule en phrases très longues et en paragraphes peu nombreux.

Cela donne un souffle très particulier à ce roman inspiré de Marie-Claire Blais et de Marcel Proust – dont Céline entreprend d’ailleurs la lecture. 

Et si l’on voit bien comment chacun – de Céline à ses dénonciateurs – arrive à justifier ses choix, on comprend aussi comment l’élite, la vraie, celle qu’on voit si peu, arrive à se maintenir au-dessus de la mêlée.

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