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Saint-Armand: un deuxième chemin Roxham chez lui

Une caravane abandonnée vraisemblablement par des passeurs est présentement coincée sur sa propriété

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Un résident de Saint-Armand, en Estrie, dont le terrain donne sur la frontière américaine, dénonce l’inaction des autorités alors qu’un deuxième chemin Roxham semble s’être érigé en plein sur sa propriété.

André Labelle croyait vivre une retraite paisible sur sa propriété à Saint-Armand, mais des réfugiés qui passent chez lui gâchent ses plans. On peut voir en arrière de lui le véhicule abandonné directement sur la frontière entre le Canada et les États-Unis.
Photo Martin Alarie
André Labelle croyait vivre une retraite paisible sur sa propriété à Saint-Armand, mais des réfugiés qui passent chez lui gâchent ses plans. On peut voir en arrière de lui le véhicule abandonné directement sur la frontière entre le Canada et les États-Unis.

« C’est une farce pour eux », lance André Labelle, qui a constaté au moins trois passages d’immigrants clandestins depuis près de deux semaines sur son terrain. 

Malgré ses appels répétés à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et au Service des douanes et de la protection des frontières – les deux entités qui gèrent la frontière canado-américaine –, personne ne semble vouloir prendre la situation en main. 

Le problème, c’est qu’un réseau de passeurs semble avoir remarqué qu’une route existe dans la ville voisine de Highgate, au Vermont, laquelle mène quasiment jusqu’à la résidence de l’enseignant en sciences fraîchement retraité.  

Difficile d’avoir des agents

Le 12 septembre, l’homme de 59 ans a signalé un passage illégal qui était survenu en pleine nuit, alors que des traces de pneus étaient bien visibles sur son terrain et que des herbes hautes avaient clairement été écrasées par un véhicule. La GRC n’a toutefois pas jugé bon d’envoyer des agents constater la situation. 

Deux jours plus tard, des voix et les phares d’un véhicule stationné de l’autre côté de la frontière ont réveillé M. Labelle au beau milieu de la nuit. 

Plusieurs objets, dont des papiers d’identification, étaient visibles dans la voiture abandonnée.
Photo Martin Alarie
Plusieurs objets, dont des papiers d’identification, étaient visibles dans la voiture abandonnée.

Peu de temps après, il a aperçu une dizaine de personnes traverser son terrain, une maman avec une poussette, notamment. 

Le lendemain matin, il a découvert un étui de violon sur son gazon. Lorsqu’il a avisé la GRC de la situation, André Labelle a dû insister longuement pour qu’un agent se déplace et inspecte l’étui, puisqu’on lui demandait initialement de l’ouvrir lui-même et de décrire au téléphone ce qu’il voyait. 

Environ une semaine plus tard, André Labelle a eu toute une surprise à son réveil en constatant qu’un Dodge Caravan gris était carrément coincé sur la frontière. Les deux roues avant se trouvaient au Canada, alors que les roues arrière étaient demeurées aux États-Unis. Le véhicule, immatriculé en Arizona, avait été visiblement abandonné sur les lieux en pleine nuit. 

La GRC a dépêché deux agents pendant la visite du Journal.
Photo Martin Alarie
La GRC a dépêché deux agents pendant la visite du Journal.

À l’intérieur se trouvaient notamment des produits de toilette dans un étui de voyage, un sac de croustilles, des mégots de cigarettes, plusieurs papiers avec des informations personnelles, comme les enregistrements de la voiture indiquant l’identité de la propriétaire, et même un téléphone cellulaire. 

« Ils sont tellement passés vite qu’ils ne l’ont même pas vu », dit M. Labelle avec consternation.  

Ça se renvoie la balle

Deux agents de la GRC sont venus constater la situation et ont regardé brièvement dans le véhicule, sans toutefois saisir quoi que ce soit ni prendre d’empreintes. Ils ont indiqué à l’homme qu’ils ne pouvaient rien faire pour le véhicule et l’ont invité à appeler la Sûreté du Québec afin de le déclarer abandonné. 

De leur côté, les agents américains ont avisé M. Labelle qu’ils viendraient remorquer la caravane, mais seulement après la récolte du maïs de son voisin au Vermont, pour éviter d’endommager son champ. 

Ils l’ont d’ailleurs avisé que trois autres véhicules étaient abandonnés à quelques mètres de sa résidence, du côté américain.

« Ils se relancent la balle, mais pendant ce temps, il y a encore des gens qui passent la nuit, et il y a une caravane sur mon terrain », dit le retraité.  

Deux caméras ont été installées par la GRC 

Des policiers de la GRC sont finalement venus installer deux caméras, après plusieurs démarches de M. Labelle.
Photo Martin Alarie
Des policiers de la GRC sont finalement venus installer deux caméras, après plusieurs démarches de M. Labelle.

La visite du Journal hier à Saint-Armand a suscité beaucoup d’intérêt de la part de la Gendarmerie royale du Canada, qui a dépêché un hélicoptère en vitesse en plus d’envoyer deux agents sur les lieux pour nous questionner.

Au cours des derniers jours, devant l’insistance d’André Labelle, les policiers ont installé deux caméras sur sa propriété. 

Elles ont été utiles hier, alors qu’une patrouille aérienne s’est mise à faire de nombreux tours au-dessus de la résidence du retraité quelques minutes à peine après l’arrivée de la journaliste et du photographe.

Puis, un premier policier s’est présenté sur les lieux, tout sourire, en interpellant l’homme par son nom.

« On vous a vu sur les caméras », a-t-il confirmé, l’air fier.

Photo Martin Alarie

Cellulaire

André Labelle a profité de l’occasion pour lui rappeler la situation en lui demandant d’agir. C’est à ce moment qu’une agente est arrivée.

Les deux agents ont été plutôt étonnés lorsque la représentante du Journal les a informés qu’un cellulaire se trouvait à bord du véhicule. Après une vérification au téléphone, l’un d’eux a confirmé que ce n’était pas de leur responsabilité et qu’ils laissaient la situation entre les mains des Américains. 

Les autres questions ont ensuite été redirigées vers le département des médias, qui n’a jamais donné suite à notre demande d’entrevue hier. Même son de cloche pour les Américains.

« Ils sont venus vite et sans trop de problèmes aujourd’hui, hein ? », a lancé André Labelle, le sourire aux lèvres, avec un brin de sarcasme.

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