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Oh, Canada: un événement littéraire pour Russell Banks

Russell Banks
Photo courtoisie, Chase Twichell

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L’écrivain américain Russell Banks ne nous avait pas offert de roman depuis 2012. C’est donc dire à quel point on attendait celui-ci, qui devrait être en librairie dès le 29 septembre.

En anglais, le nouveau roman de l’écrivain américain Russell Banks s’intitule Foregone. Un mot si difficile à rendre en français que le traducteur avec lequel il travaille depuis près de 30 ans a renoncé à le faire pour proposer Oh, Canada

«C’était le titre de ma première version, et si le plus récent roman de Richard Ford ne s’était pas appelé Canada, je l’aurais volontiers conservé, explique Russell Banks, qu’on a pu joindre au début de l’été chez lui, dans l’État de New York. Mon éditeur craignait en effet que les gens ne confondent les deux livres. Alors en anglais ça a été Foregone, que j’aimais philosophiquement, et en français ça a été Oh, Canada, qui se trouve à être aussi le titre du film tourné sur Leo.»

Leo ? Leo, Leonard Fife de son vrai nom, est l’un des cinéastes documentaristes les plus renommés du Canada. Dans sa jeunesse, il a notamment tourné un film-choc dénonçant l’utilisation d’agent Orange dans une base militaire du Nouveau-Brunswick et encore aujourd’hui, personne ne sait comment il a pu tomber sur ce genre d’information habituellement classée top secret. 

C’est d’ailleurs l’une des choses que Malcolm, un ancien étudiant de Leo, a l’intention de découvrir à travers le documentaire qu’il s’apprête à réaliser sur son vieux mentor. Mais le temps presse, car Leo est atteint d’un cancer en phase terminale...

L’heure de la vérité

Le 1er avril 2018, Malcolm va donc débarquer avec sa petite équipe de tournage chez Leo, qui habite un luxueux appartement de la rue Sherbrooke, à Montréal. 

«Nous avons une maison non loin de Lake Placid, alors nous avons souvent été passer la nuit à Montréal, confie Russell Banks. J’aime Montréal. C’est une ville formidable et pour être honnête, on y trouve les meilleurs restaurants!» 

À l’article de la mort, Leo ne songe plus vraiment à manger. Mais il est encore relativement lucide et plutôt que de répondre aux questions soigneusement préparées par Malcolm, il choisira de revenir sur son passé sans jamais se censurer pour soulager sa conscience. Par lâcheté, il a caché bien des pans de son existence à sa femme Emma, et ce documentaire pourrait être l’ultime occasion de lui révéler tout ce qui lui pèse. À commencer par la véritable raison qui, en 1968, l’a poussé à quitter les États-Unis pour émigrer au Canada.

«À la fin des années 1960 et au début des années 1970, 60 000 jeunes Américains ont fui au Canada pour ne pas faire la guerre du Vietnam, précise Russell Banks. Pierre Elliott Trudeau leur a accordé le statut de réfugiés, et très peu sont revenus aux États-Unis. Je me suis demandé quel genre de vie ces hommes, qui ont aujourd’hui entre 70 et 80 ans, avaient eu par la suite. J’étais conscient que tous n’étaient pas venus au Canada pour des motifs vénérables. Quelques-uns en avaient certainement profité pour échapper à autre chose que le Vietnam, et c’est comme ça que le personnage de Leo a pris forme dans mon esprit...»

Dans le noir

«Leo est quelqu’un de ma génération, et il y a des éléments de sa vie qui sont également des éléments de ma vie, poursuit Russell Banks. Mais ce ne sont pas mes mémoires. J’ai estimé avoir assez de distance avec mon passé pour utiliser ce matériel de la même façon que j’aurais utilisé des histoires lues dans les journaux. Tant que je ne blessais aucun proche en le faisant ou que je n’exposais pas les secrets de personnes encore vivantes, je ne voyais pas de mal à utiliser mon propre vécu. Cela dit, ce n’est pas un livre que j’aurais pu écrire plus jeune...»

«C’est sans doute lié à mon âge, aux gens de ma cohorte : j’avais besoin d’écrire sur la mort, de l’affronter de la manière la plus intime possible dans la fiction et d’en faire le centre d’Oh, Canada», ajoute-t-il. 

Certes, ce n’est donc pas le roman le plus joyeux de Russell Banks. Mais souvent déroutantes, les confessions de Leonard Fife valent le détour.

Russell Banks
Photo courtoisie

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