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Le beau risque de Michel Parizeau chez les Nordiques

Cinquante ans plus tard, l’ancien attaquant ne regrette pas le pari qui a fait de lui un Québécois

Michel Parizeau
Photo d'archives Michel Parizeau faisant son entrée dans le vestiaire des Nordiques, au Colisée de Québec.

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En 1972, Michel Parizeau en est à ses premiers pas dans la Ligue nationale quand Maurice Filion lui fait une offre qu’il ne regrettera jamais, malgré tous les risques qu’elle comportait. 

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À 24 ans, Parizeau a disputé 58 rencontres dans la LNH, avec les Blues de St. Louis et les Flyers de Philadelphie.

Le repêchage inaugural de l’Association mondiale a déjà eu lieu quand il reçoit un appel de Filion, alors recruteur des Nordiques, qu’il connaît depuis ses années avec les Rangers de Drummondville, dans les rangs juniors.

« Je commençais dans la LNH, je touchais le salaire minimum. Ils m’ont fait une offre très intéressante : mon salaire doublait et pour la première fois, on me donnait un pacte de trois ans, avec une augmentation à chaque année », raconte l’ancien attaquant, aujourd’hui âgé de 74 ans.

Dur de cracher sur pareille proposition. Mais l’argent n’est pas la seule chose qui pousse ce choix de deuxième tour des Rangers à faire le saut vers l’inconnu.

« Ce qui m’attirait à Québec, c’était le fait qu’il s’agit une ville francophone. Je viens de Montréal, alors quand j’étais jeune, j’aurais voulu jouer pour le Canadien, mais on sait que ce n’est pas toujours possible », pointe Parizeau.

« Les Nordiques offraient une autre option, dans une ville québécoise qui mange du hockey. Ça m’intéressait de me retrouver dans ce milieu. En 1972, le hockey n’était pas si populaire aux États-Unis. Même à Philadelphie ou à St. Louis, on ne ressentait pas la fièvre du hockey comme ici. »

L’AMH pour toujours

Et il y avait la possibilité d’obtenir dans cette jeune équipe qui venait d’être bâtie davantage de temps de glace que dans la Ligue nationale.

Parizeau en a bien profité. Au terme de la première saison des Nordiques, il finit au deuxième rang des pointeurs de l’équipe, derrière l’illustre Jean-Claude Tremblay.

« C’est seulement par la suite que j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une décision risquée, soulève-t-il. J’avais pris toute une chance. J’avais fait garantir mon contrat, mais si la ligue faisait faillite, qui m’aurait payé ? Où me serais-je retrouvé sur la liste des créditeurs ? »

Finalement, le jeune attaquant n’aura jamais eu à s’inquiéter pour sa paie ou pour son avenir dans le hockey. Il disputera quatre autres saisons avec les Nordiques, avant de terminer sa carrière avec les Racers d’Indianapolis, puis les Stingers de Cincinnati, toujours dans l’Association mondiale.

L’ex-attaquant conserve un souvenir positif de ses années dans l’AMH.
Photo Stevens Leblanc
L’ex-attaquant conserve un souvenir positif de ses années dans l’AMH.

Québec, la maison

La saison 1978-1979, l’ultime du « circuit rebelle », sera aussi sa dernière comme joueur. Jamais il ne retournera dans la LNH.

Du moins, pas avec des patins aux pieds. Après un bref passage comme entraîneur de la filiale de Québec dans la Ligue américaine, il fera un retour dans la Ligue nationale comme directeur des relations publiques des Nordiques.

Même s’il a aimé l’expérience, Parizeau est revenu à ses premières amours quelques années plus tard. Il a notamment dirigé les Saguenéens de Chicoutimi et les Voltigeurs de Drummondville, dans la LHJMQ.

Après trois années au cours desquelles il aurait préféré « montrer aux jeunes à jouer plutôt que de gagner », Michel Parizeau est rentré à la maison, où il a travaillé longtemps dans le domaine de l’assurance.

À Québec, et non à Montréal, sa ville natale.

« Je suis allé vivre deux fois à Drummondville, mais je suis toujours revenu. Mais en 2015 [peu après ma retraite], on est rentrés pour de bon à Québec [ma femme et moi]. On est toujours retournés à Québec. Je suis devenu un Québécois. »

Pas si loin de la LNH

En tournant le dos à la LNH, Michel Parizeau délaissait du même coup un circuit qui possédait plus de 50 ans d’histoire pour joindre une ligue dont les assises, d’un coup d’œil extérieur, ne semblaient pas si solides.

Mais l’ancien attaquant assure que l’Association mondiale – ou du moins, certaines concessions, comme les Nordiques – n’était pas si loin de ce qu’il avait connu à Philadelphie ou à St. Louis.

Un camp loin de l’équipe

À l’instar de ses coéquipiers qui avaient des contrats les liant à des équipes professionnelles, Parizeau a toutefois dû attendre quelques semaines avant de se joindre officiellement au « Fleurdelysé » (qui n’arborait pas encore la fleur de lys sur son chandail).

« Le camp d’entraînement était spécial. On ne pouvait pas pratiquer avec les Nordiques avant le 1er octobre, parce que nos contrats avec la LNH se terminaient le 30 septembre », explique-t-il.

« De la mi-septembre à la fin septembre, on pratiquait seul, dans un autre aréna. Ça ne devait pas être officiel. Mais tout le reste, ça se déroulait comme dans la LNH », poursuit-il.

Du moins, au départ, ajoute Parizeau. « Quand les équipes ont commencé à déménager rapidement, on trouvait que ça commençait à manquer de professionnalisme. »

Québec « sur la mappe »

Malgré tout, jamais le hockeyeur n’a eu l’intention de retourner dans la LNH. Même si les Racers d’Indianapolis, où il a poursuivi sa carrière, ont fait partie des concessions qui ont vécu des difficultés financières.

« Les gradins étaient toujours bondés, mais un jour, on a appris qu’ils avaient des problèmes financiers, pointe-t-il. On a appris qu’ils donnaient des billets afin de remplir les estrades ! » 

« Ce genre de problème, ça se répercute sur la glace. Tout le monde était inquiet », se remémore-t-il.

Mais Parizeau garde globalement un souvenir très positif de ses huit saisons dans le « circuit maudit ». Et notamment de celles passées à Québec.

« On avait le sentiment qu’on mettait Québec sur la mappe. Québec qui voulait avoir une équipe de la LNH, alors que la LNH ne voulait pas. Avec l’AMH, elle faisait partie d’une grande ligue », explique-t-il.

Et il aura toujours cette fierté d’avoir contribué à battre les Penguins de Pittsburgh dans un match hors-concours, alors qu’il portait les couleurs d’Indianapolis.

« Ces rencontres ont démontré qu’à mesure que les années passaient, que des joueurs se greffaient à la ligue, on se rapprochait de la Ligue nationale. »

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