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« Mon père a vécu sept ans de sa vie hospitalisé »

Bernard Voyer
Photo courtoisie Bernard Voyer dans le grand salon privé de la Société géographique royale.

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Natif de Rimouski, l’explorateur Bernard Voyer a réussi de nombreux exploits, dont la traversée du pôle Nord et du pôle Sud, l’ascension de l’Everest, sans oublier le tour du monde par les plus hauts sommets. 

Cependant, il a toujours refusé de visiter l’île Saint-Barnabé, juste en face de Rimouski, qu’il croyait être rempli de trésors cachés. Jusqu’à ce jour, il n’a jamais vu le côté nord de l’île, même en avion, il regarde ailleurs pour ne pas le voir.

L’île Saint-Barnabé demeure pour lui la première expédition qu’il a réussi à faire avec les yeux fermés, mais qu’il n’a jamais réalisée. Ce moment, il est précisément chéri dans sa mémoire.


Tes parents, Louis-Philippe et Claudine, se sont rencontrés au sanatorium. 

Pendant sept ans, mon père a été hospitalisé à cause de la tuberculose, et au même endroit y était ma mère, qui n’avait qu’un poumon. Ce fut le début d’une longue relation. Malgré leurs problèmes respiratoires, cela ne m’a pas empêché d’avoir une respiration pulmonaire exceptionnelle.


La veille de Noël, tu t’assoyais sur le perron de la cathédrale. 

C’est-à-dire, j’avais à peine cinq ans et il faisait très chaud à l’intérieur. Après la deuxième de trois messes de minuit, mes parents me permettaient de m’asseoir seul sur le perron de la cathédrale pendant quelques minutes afin me de rafraîchir au grand vent. Cette tradition s’est poursuivie pendant de nombreuses années.


Les vacances d’été avaient lieu au Rocher-Blanc. 

Mes parents, mes frères, Pierre et Frédéric, ma sœur, Sophie, et moi passions nos étés au bord du fleuve Saint-Laurent, au Rocher-Blanc, quelques milles au loin de Rimouski. Aujourd’hui, c’est une banlieue de Rimouski.


Le Rocher-Blanc a-t-il influencé ton choix de vie ?

Pas nécessairement, car plus jeune, cela ne m’est jamais venu à l’idée d’escalader des montagnes.


Ton premier emploi de jeunesse.

Le dimanche soir, après que les touristes aient quitté la plage au bord du Saint-Laurent, car à l’époque on pouvait s’y baigner, je ramassais les bouteilles en vitre vides pour les revendre et m’acheter mon premier vélo.


Ton père a mis une boussole dans ton soulier.

Oui. J’enlevais mon soulier et je tournais le talon, car à l’intérieur, il y avait une boussole afin de m’aider à trouver le bon chemin.


Tu n’as pas pratiqué de sport d’équipe.

J’ai joué au baseball, au basketball et au hockey avec mes amis dans la cour d’école ou dans les rues de Rimouski. Je favorisais plus l’athlétisme, dont la course, ce qui m’a permis de remporter des championnats provinciaux.


Ton fils est en Europe.

Mon fils, Yoann, vit dans les Alpes et il permet aux gens de vivre le plaisir du plein air. Tandis que ma conjointe, Nathalie, qui est toujours présente pour m’appuyer, et moi avons partagé tellement de beaux moments partout dans le monde grâce à ma passion pour l’alpinisme.


La famille a déménagé à Saint-Hyacinthe.

J’étais en secondaire 5 lorsque mon père, qui était agronome, a accepté un poste d’enseignant à Saint-Hyacinthe. Ensuite, nous sommes allés à Madison, aux États-Unis, où mon père a fait sa maîtrise.


Tu as vu jouer le légendaire lanceur des Cards Bob Gibson.

Mon père a embarqué toute la famille dans la voiture, et en route pour voir les Cards de Saint-Louis et l’excellent lanceur Bob Gibson.


Tu as un regret qui te touche encore aujourd’hui.

Mon père adorait le baseball alors qu’il marquait tous les jeux dans son livre sur les marqueurs. Je regrette tellement de ne pas y avoir été plus souvent avec lui pour voir les Expos, pour lui faire plaisir.


Il a tenté de convaincre ta mère d’aimer le baseball.

Continuellement, jusqu’au jour où nous étions à un match des Expos au Stade olympique. Maman lui pose la question suivante : « pourquoi avaient-ils trois gars au premier but ? ». En réalité, il y avait le coureur, le joueur de premier but et l’entraîneur, au premier but.


La réponse de ton père ?

Lorsqu’il y a un programme double, il y en a six au premier but. Ce fut la fin de l’expérience.


« Lorsqu’il meurt, téléphonez-moi »

J’ai rencontré le directeur du poste de radio local à Saint-Hyacinthe pour devenir un vendeur de publicité. Il m’a avisé qu’il avait un excellent vendeur qui occupait ce poste. Avant de partir, je lui ai dit : « lorsqu’il meurt, téléphonez-moi ». Cela l’a tellement intriqué qu’il m’a offert un poste quelques jours plus tard. Non, le vendeur n’était pas décédé. L’emploi m’a permis de m’acheter ma première voiture usagée, une Toyota.


Tu es un autodidacte.

Au cégep, j’organisais plusieurs activités de plein air, mais à l’université, il n’y avait pas de tels cours. Alors j’ai fait plusieurs voyages partout dans le monde afin de découvrir les activités de plein air.


Tu as discuté d’alpinisme avec le prince Philip.

Nous étions à une réception à Ottawa et le prince était à mes côtés. Après une longue conversation, je lui ai dit que mon édifice favori était celui de la Société géographique royale et non pas le Buckingham Palace. Sans hésitation, il me demande de lui téléphoner afin qu’il puisse faire les arrangements pour visiter la Société géographique royale.


Bonjour, je voudrais parler au prince Philip.

Après lui avoir expliqué mon dilemme, c’est-à-dire si je veux lui parler au téléphone, il s’est mis à rire. Cependant, après la réception, un de ses aides est venu me voir pour organiser ma visite.


Tu as décliné une invitation de la reine Elizabeth II.

J’ai été convoqué à une réception au Buckingham Palace pour souligner le 50e anniversaire de l’ascension de l’Everest de mon idole.


La réponse du Palais royal à votre déclin.

Avec l’humour typiquement britannique, le responsable me répond qu’il comprenait bien ma situation en rajoutant, « j’aurais fait la même chose ».


C’était qui, votre idole ?

Sir Edmund Percival, un alpiniste, explorateur et philanthrope néo-zélandais qui a fait partie du premier groupe à escalader le sommet de l’Everest. Je l’ai rejoint au Népal, au lieu de la reine à Londres, pour célébrer cette grande occasion avec lui.

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