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À la barre de la 30e saison de J.E: Félix Séguin est «accro à l’action»

À la barre de la 30e saison de J.E: Félix Séguin est «accro à l’action»
capture d'écran capture d'écran Cedric Belanger / Le Journal de Quebec

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Qu’il soit sur la piste de narcotrafiquants en Amérique du Sud et en Asie, de ravisseurs en Afrique ou de membres de la mafia, Félix Séguin pratique son métier de journaliste à ses risques et périls, et il en redemande.

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Burkina Faso
Capture d'écran TVA
Burkina Faso

«Je vis un rêve.» Dans le rôle inhabituel de l’interviewé à l’occasion du début de la trentième saison de l’émission J.E, qu’il anime depuis l’hiver 2021, Félix Séguin parle avec passion d’une profession qui représente pour lui davantage un mode de vie qu’un moyen de payer son épicerie.

Reporter depuis 1997, il cumule les missions à l’étranger depuis qu’il a passé un mois à Haïti, en 2010, pour témoigner des ravages d’un tremblement de terre responsable d’au moins 100 000 morts.

«Je n’ai jamais l’impression de travailler. Je suis accro à l’action», confie celui qui, gamin, se voyait déjà traquer des criminels partout dans le monde avec calepin et micro.

«Je me voyais faire exactement ce que je fais maintenant. Je viens d’une famille de news junkie et je l’ai visualisé, je me le suis dit et je l’ai envoyé dans les airs mille fois en disant : quand on sera appelé à couvrir la guerre, j’irai. Quand on sera appelé à couvrir les attentats terroristes ailleurs ou à aller dans le Sahel, en Afrique de l’Ouest, pour essayer de retrouver la piste de djihadistes qui ont enlevé des Québécois, j’irai. Je ne demande rien d’autre que ça.»

Haïti
Capture d'écran TVA
Haïti

Les risques du métier

Il faut avoir la couenne dure. Les risques sont réels. Le reporter donne comme exemple un reportage réalisé en Colombie et qu’on a pu voir à J.E récemment.

«J’ai passé une dizaine de jours dans la cordillère des Andes avec des narcotrafiquants colombiens dans une histoire complètement folle, hyper dangereuse. À mon retour, je me pinçais : m’ont-ils réellement parlé ou j’ai rêvé ça?»

Ils lui avaient vraiment parlé. 

«Ils m’ont montré comment ils approvisionnent le Québec en coke. Pour moi, c’est un peu surréel.»

Ce n’était pas moins reposant lorsqu’il s’est mis à la recherche des ravisseurs de la Québécoise Édith Blais, prisonnière durant 15 mois au Mali.

«Nous étions dans des situations où il y a de réels dangers de kidnapping. Il y a des combats tribaux, des combats terroristes. Nous, on est lancés au milieu de ça, à poser des questions dans un pays loin d’être le nôtre, extrêmement dangereux. Je me rappelle avoir vécu un stress tellement intense à ce moment-là.»

Si ses proches ont peur? «Ma blonde est productrice de toutes les émissions politiques à TVA et son père est journaliste. Elle baigne dans un monde de journalistes depuis sa naissance. Elle comprend, elle sait aussi que je gère mon risque, elle ne pose pas beaucoup de questions non plus. Des fois, ça aide.»

Colombie
Capture d'écran TVA
Colombie

Confidences de gangsters

Au cours de sa carrière, Félix Séguin a recueilli des témoignages percutants, qu’on pense notamment aux confidences inédites que lui avait faites le mafioso Andrew Scoppa.

Il s’étonne de constater à quel point les gangsters n’hésitent plus à se vanter publiquement de leurs méfaits.

«Je reviens de Tunisie pour réaliser un reportage sur des fraudes qui touchent des Québécois. Je parlais au fraudeur, je lui demandais comment il faisait pour nous frauder, et il nous le disait. Il nous donnait la recette de A à Z et il n’était même pas gêné de le faire.»

À l’instar des influenceurs, les bandits semblent aussi apprécier la gloire sur le web.

«Les différentes plateformes ont créé une certaine vanité chez des gens qui, normalement, feraient tout pour rester anonymes. J’ai compris en réalisant des entrevues avec des criminels qu’ils n’échappent pas à cette tendance. Ils sont prêts à s’exposer parce qu’ils pensent qu’ils sont de bons criminels et veulent passer pour meilleurs que l’autre.»

Aller plus loin

Si Félix Séguin peut vivre d’aussi enivrantes aventures, il le doit aux patrons de J.E, qui n’ont pas hésité à élargir les frontières du champ de couverture de l’émission au fil des ans.

Le reporter rappelle qu’au début, Jocelyne Cazin et Gaétan Girouard servaient principalement «certaines causes désespérées, des problèmes de consommateurs».

Aujourd’hui, des moyens importants sont mis à la disposition de l’équipe de J.E.

«Plus les années ont passé, plus on a décidé de s’attaquer à des enquêtes qui avaient des répercussions sur la société. Je pense à une [enquête] sur les soldats homosexuels dans les Forces armées canadiennes qui a fait bouger bien des choses. Je pense à une autre sur le SPVM, qui était accusé par ses anciens policiers d’avoir fabriqué de la preuve, qui a mené à la démission de l’ancien chef, Philippe Pichet. Avec les années, nous sommes sortis de nos frontières et on a toujours trouvé des histoires qui se déroulaient à l’étranger qui ont de forts liens avec le Québec. On va plus loin géographiquement et dans la qualité des sujets.»

DES MODÈLES

Appelé à désigner des journalistes qui lui ont servi de modèles, Félix Séguin nomme sans hésiter Claude Charron et Raymond St-Pierre. Il avoue sans gêne qu’il tente de les copier. «L’idée est de passer ton information de la manière la plus exacte possible, mais c’est de raconter une histoire assez percutante pour rendre le cerveau des gens disponible à emmagasiner cette information. C’est un art. Il n’y a pas 3000 personnes qui ont de grands talents de conteur d’histoires. Ces deux-là, ils l’avaient.» 

UNE COMPÉTITION UNIQUE AU MONDE

«Je suis compétitif. Quand je n’ai pas trop de compétition, je m’ennuie», admet Félix Séguin. Heureusement, à l’autre poste, l’émission Enquête lui fournit une concurrence féroce et, estime-t-il, bénéfique pour les téléspectateurs d’ici. «Je pense que ça lève les deux émissions vers le haut et je me dis toujours une chose : pour huit millions de francophones ici, il y a deux émissions d’enquêtes journalistiques hebdomadaires à la télé au Québec. Il faut le chérir. Dans ma tête, c’est précieux, c’est pour ça que je suis content qu’on souligne la 30e saison de J.E.»

DES ENQUÊTES MULTIPLATEFORMES

Télé, journal et livres : au fil des ans, plusieurs enquêtes auxquelles Félix Séguin a participé ont abouti sur les rayons des librairies. Gallant – Confessions d’un tueur à gages, qui retrace le parcours sordide d’un des plus prolifiques assassins de l’histoire du Québec, a même fait l’objet d’une adaptation au cinéma avec Luc Picard. En plus de Gallant, Félix Séguin a aussi coécrit, avec son collègue Éric Thibault, La source et Le parloir. Il a participé en tant que membre du Bureau d’enquête de Québecor à la rédaction des ouvrages Le livre noir des Hells Angels, PLQ inc. et Narcos PQ.

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Photos courtoisie

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