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La République autoproclamée de Montréal

La République autoproclamée de Montréal
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Avec raison, on s’inquiète de la fracture électorale entre Montréal et le reste du Québec.

On doit toutefois comprendre qu’il ne s’agit pas que d’une fracture électorale, ni même sociologique, opposant une grande métropole aux régions, comme on le voit partout ailleurs en Occident, mais d’une fracture identitaire, issue de la mutation démographique de la grande région de Montréal engendrée par les vagues d’immigration massive du dernier quart de siècle.

Nulle surprise ici: un pays ne peut pas être indifférent à la population qui le compose.

Un nouveau peuple prend forme dans la métropole, un peuple montréalais, en quelque sorte, à moins qu’il ne s’agisse que d’un basculement de l’identité québécoise à l’identité canadienne dans la population montréalaise, sous le signe du multiculturalisme et d’un bilinguisme affiché qui n’est rien d’autre que le masque d’une nouvelle angloconformité.

Les nouveaux arrivants sont invités à s’intégrer à cette société montréalaise davantage qu’à l’identité québécoise, même si on cherche à dissimuler la chose en manipulant sans cesse le sens des mots. L’État canadien travaille naturellement dans cette perspective et contribue à cette dissociation entre le Québec et sa métropole.

Pour ceux qui prétendent parler en son nom, ce nouveau peuple montréalais, et c’est un élément central de la présente dynamique identitaire, se constitue en rejetant le Québec francophone, jugé trop homogène, régressif, fermé, xénophobe et porté sur le repli identitaire. Il s’imagine dominé par les régions et veut s’en libérer. On y verra une ruse idéologique efficace: c’est en se prétendant rejeté par la majorité historique francophone qu’on se donne alors le droit de rejeter le Québec. C’est au nom de l’inclusion qu’on veut s’en autoexclure. Il suffit de lire les chroniqueurs antinationalistes les plus actifs pour retrouver ce discours.

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D’ailleurs, sur le territoire même de la métropole, la majorité historique francophone tend à devenir une minorité parmi d’autres – mais il s’agit d’une communauté de plus en plus rejetée, car on l’associe pêle-mêle au privilège blanc, au racisme systémique et à une forme de suprémacisme linguistique associé à la loi 101, dont la métropole devrait se délivrer pour se réinventer sous le signe de l’inclusion et de la diversité. On le gardera à l’esprit: c’est encore une fois au nom de l’inclusion et de la diversité que le français est aujourd’hui piétiné. La cause autochtone est souvent instrumentalisée par ces militants «inclusifs» qui vont jusqu’à faire de la lutte contre le français au nom de l’anglais une lutte de décolonisation.

Pour être acceptés dans le nouveau Montréal diversitaire, les francophones doivent passer par l’étape de l’autocritique identitaire, et conspuer autant que possible les Québécois francophones des régions et des banlieues, qui ne seraient pas aussi ouverts qu’eux, et qui auraient le mauvais goût de voter pour des partis nationalistes, comme la CAQ et le PQ. L’adhésion au wokisme représente bien cette autocritique identitaire.

Cette fracture identitaire se traduit désormais par une nouvelle fracture politique, qui fait resurgir, sans qu’il n’en revendique le nom, le mouvement partitionniste post-1995, alors associé alors à Howard Galganov. Il s’agissait alors, dans une stratégie d’intimidation liée à ce qu’on appelait alors le Plan B, d’annoncer qu’advenant l’indépendance, l’ouest de Montréal demanderait son rattachement au Canada. Le discours a évolué. Il ne se définit plus par la peur de l’indépendance, pour un temps mise sur la glace, mais par le rejet des lois identitaires mises en place pour affranchir le Québec du multiculturalisme canadien et permettre une meilleure défense du français. C’est désormais l’ensemble de l’île qu’on entend détacher du Québec, sans même qu’il ne soit au seuil de l’indépendance.

Ce mouvement ne se réduit pas aux franges radicales de la communauté anglophone, même s’il s’exprime chez elles de manière décomplexée. Balarama Holness en est son représentant le plus militant. Cette idéologie progresse désormais dans le discours politique ordinaire, comme on peut le voir sur les médias sociaux.

Ce néo-partitionnisme diversitaire se décline aussi dans une version plus «modérée», qui s’est répandue depuis la crise des accommodements raisonnables de 2007-2008 – celle-là présente Montréal comme une société distincte par rapport au reste du Québec et réclame pour elle le droit de se dérober aux lois identitaires. Ce discours est dominant chez les élites politiques municipales.

Certains jugent cette séparation mentale, et peut-être, demain, administrative entre Montréal et le reste du Québec inéluctable. Ils s’en désolent, mais croient la chose insurmontable. On peut voir les choses autrement, et considérer que le gouvernement du Québec doit se donner pour tâche de reconquérir politiquement la métropole, en s’appuyant justement sur la majorité historique francophone, qui pour un temps encore, conserve son pouvoir politique.

Nous n’avons pas à consentir à l’émergence de la République autoproclamée de Montréal.

Il s’agit, dans cette perspective, de réintégrer la métropole dans l’imaginaire national québécois, en menant une politique de francisation active sur l’ensemble de l’île, et plus largement, en plaçant de mille manières la culture québécoise au cœur de la métropole. C’est ce qu’a permis la loi 21. C’est ce que permettra un renforcement de la loi 96. Il faudra aussi, et je m’excuse de le réécrire, mais la pédagogie est un travail de répétition, réduire significativement les seuils d’immigration. C’est ce que permettrait l’indépendance du Québec, sans laquelle la société québécoise est condamnée, dans le présent contexte historique, à se disloquer.

Il s’agit aussi, et c’est vital, de critiquer le néo-partitionnisme diversitaire et de rappeler que la majorité historique francophone, qui représente le cœur identitaire du peuple québécois, ne saurait être expulsée symboliquement ni politiquement de sa métropole. L’État québécois doit faire sentir sa présence partout dans la plus grande ville du Québec. Le mouvement nationaliste a son rôle à jouer en la matière, en recommençant à se mobiliser au cœur de la métropole, comme il l’a fait des années 1960 aux années 1990. À terme, ces actions permettront une meilleure intégration des immigrants, ce que nous devrions tous avoir à cœur.

Montréal est inimaginable sans le Québec, et le Québec est inimaginable sans Montréal, qui a pour vocation d’être une métropole cosmopolite et francophone, tout à la fois, ce que l’empêche d’être le Canada, qui l’anglicise et la pousse vers une idéologie multiculturaliste qui entre en choc avec la nation québécoise.

Il s’agit, symboliquement, de reconquérir Montréal. Pour le plus grand bien de Montréal et du Québec.

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