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Comment ma mère s'est fait piéger

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Illustration Adobe Stock

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J’ai ramé ces derniers jours pour extirper ma mère d’une situation embarrassante, elle a mordu à l’hameçon de fraudeurs. L’affaire n’est pas encore tout à fait réglée, mais déjà, voici ce qu’on peut en conclure. 

  1. Nos appareils connectés étendent le terrain de chasse des malfrats.
  2. On aura beau renforcer les dispositifs de sécurité et de protection de nos gadgets, une faille persistera toujours : notre crédulité.
  3. L’âge nous rend plus vulnérables et naïfs, surtout dans les domaines qui évoluent rapidement, ici la technologie et les finances. 

Voici l’histoire, qui a reçu le sceau maternel.

Un pop-up comme hameçon

Dois-je préciser que ma mère est une personne âgée ? Claudette, c’est son nom, vit seule avec sa chienne. Elle est à l’aise avec la technologie aussi longtemps que ça marche et qu’elle s’en tient aux fonctions de base.

Elle a travaillé avec des ordinateurs une bonne partie de sa vie, elle utilise aujourd’hui un iPhone et un iPad comme beaucoup de gens de sa génération, la « silencieuse ». Elle consomme les médias sur sa tablette, on communique par FaceTime et par textos plusieurs fois par semaine. 

Comme ce mardi, où je venais aux nouvelles : 

«– Claudette, es-tu allée voter?

– Je suis fatiguée, je me suis fait hacker mon compte de banque, immédiatement Apple m’a envoyé un pop-up. Je viens de passer 3 heures avec un technicien qui m’a fait installer un système de surveillance complet sur mon téléphone. 

– Quoi?

– Il a été très gentil et patient avec moi, il s’appelle James Baker, il travaille pour Apple.

– Tu n’as pas partagé des informations personnelles?

– Je n’ai pas eu le choix. 

– Claudette, contacte ta banque immédiatement, fais bloquer tous tes comptes, j’arrive. Le hacker, c’est celui à qui tu viens de parler.» 

J’ai dû monter le ton un peu pour rompre le charme «James Baker». Un enjôleur professionnel

Je débarque chez elle 20 minutes plus tard. Elle patiente alors au téléphone, l’air inquiet, en attente qu’un employé de la banque se libère. Ce n’est qu’après trois heures qu’on arrivera à parler avec quelqu’un du service de sécurité.

Durant ce temps, j’ai pu éclaircir la suite des événements. 

Claudette dit avoir vu surgir un message selon lequel son compte de banque a été ciblé par des fraudeurs. Elle a appelé au numéro indiqué, ce qu’on ne doit JAMAIS faire. L’anglophone au bout du fil s’est fait passer pour un employé d’Apple.

Le type lui a fait installer sur son téléphone deux applications. Notez bien. La première, AnyDesk, permet de prendre le contrôle du téléphone à distance. La 2e, Shakepay, sert à négocier des cryptomonnaies. 

L’arnaqueur est parvenu à programmer des achats récurrents de bitcoins à partir des comptes bancaires de sa victime. 

(Il faut saluer ici le savoir-faire de «James Baker». J’ai souvent tenté de guider ma mère à distance dans des manœuvres « technos » beaucoup plus simples, mais rarement de façon concluante, je perdais patience.)

La réponse de la banque

J’étais sur le point de rentrer chez nous quand un employé du service de sécurité de la banque se manifeste enfin au téléphone.

Après avoir vérifié qu’aucune transaction n’avait été faite, il a bloqué tous les comptes. Claudette s’en est bien tirée, car elle venait de payer son loyer et que ses revenus n’étaient pas encore entrés. 

Nous avons eu comme instructions d’effacer les deux applications, de réinitialiser le téléphone, de changer le mot de passe du compte de courriel et celui de l’identifiant Apple, puis de passer à la succursale le lendemain avec deux pièces d’identité avec photo pour faire débloquer les comptes. 

Ma mère note ses mots de passe dans un carnet, tous ceux utilisés depuis plus de 10 ans y sont consignés, parfois raturés, sinon annotés... mais le problème, c’est qu’elle ne sait pas vraiment lesquels servent à quoi, lesquels sont expirés ou non. Sans être identiques, ils se ressemblent tous. Après la réinitialisation du téléphone, rétablir les connexions aux divers services s’est avéré une aventure en soi.

Débloquer les comptes

Le lendemain, j’accompagne ma mère à la banque pour faire débloquer ses comptes, modifier ses mots de passe et définir de nouvelles questions de sécurité. Elle n’a même pas deux pièces d’identité reconnues... Pas de passeport, pas de permis de conduire, juste une carte d’assurance maladie, sans photo. Pauvre maman... Le contenu de portefeuille, comme l’ensemble de la situation, témoigne des méfaits du temps ; elle en extirpe ses cartes d’hôpital et son laissez-passer de la STM avec photo pour attester son identité. 

Après des pourparlers interminables, le commis de la banque consent à reconnaître la carte d’assurance sociale, qu’il faut aller récupérer chez elle. Ce volet est réglé... On doit maintenant assurer un suivi serré de ses affaires. 

Ma mère ressort de cette expérience étonnamment zen. 

Pas moi. 

L’inéluctable finira par me rattraper, je serai un jour dépassé moi aussi et deviendrai à mon tour la cible potentielle de fraude, quelque part, peut-être, dans le métavers. 

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