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Après la colchicine, une nouvelle recherche jugée non concluante

Une autre étude du Dr Tardif est cette fois plombée par la COVID

GEN - DEVANTURE DE L'INSTITUT DE CARDIOLOGIE DE MONTRÉAL
Photo Martin Alarie Le dalcétrapib fait depuis plusieurs années l’objet de recherches impliquant le Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal. Son directeur, le Dr Jean-Claude Tardif, misait gros sur l’étude clinique de ce traitement de « médecine personnalisée ».

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Dotée d’un imposant budget de 150 millions $, dont environ 50 millions $ provenaient de fonds publics, l’étude à grande échelle de la compagnie pharmaceutique montréalaise DalCor sur un médicament novateur destiné à prévenir les incidents cardiaques n’a pas produit les résultats escomptés. 

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Publiés à la fin du mois de juillet dans le European Heart Journal, les résultats de l’étude clinique de phase trois sur le médicament appelé dalcétrapib sont «non significatifs», écrit-on dans la publication spécialisée. 

«De nouveaux essais [cliniques] pourraient être nécessaires», souligne-t-on dans la conclusion de l’étude. 

Dr Jean-Claude Tardif. Institut de cardiologie de Montréal
Photo d'archives
Dr Jean-Claude Tardif. Institut de cardiologie de Montréal

La compagnie DalCor, qui travaille au développement du médicament, blâme la pandémie de COVID-19, qui aurait restreint l’accès aux patients mobilisés pour l’étude et réduit l’occurrence des incidents cardiaques diagnostiqués. 

Menée de 2016 à 2021 auprès de plus de 6000 personnes réparties dans 31 pays, l’étude reposait sur un point de départ original, selon lequel le dalcétrapib pourrait prévenir les incidents cardiaques chez les personnes avec un profil génétique particulier, présent dans environ 20 % de la population. 

Fonds publics

Le directeur du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal, le Dr Jean-Claude Tardif, était l’un des principaux responsables de l’étude. Il est aussi actionnaire de DalCor aux côtés du milliardaire André Desmarais. 

Le Dr Tardif s’était illustré l’année dernière en exagérant le potentiel d’un médicament appelé la colchicine pour réduire les complications de la COVID-19. 

La Caisse de dépôt et placement du Québec a injecté de 30 à 50 millions $ dans l’étude sur le dalcétrapib, et le Fonds de solidarité FTQ, 7,5 millions $. 

Encore de l’espoir

Dans un communiqué, la compagnie DalCor a refusé de voir un échec dans les conclusions de l’étude. Elle soutient plutôt que « l’étude a été négativement affectée par la pandémie de la COVID-19 ». 

Mais d’après la compagnie, les résultats de l’étude qui avaient été obtenus avant l’éclosion de la COVID-19 seraient «significatifs», donc prometteurs. 

DalCor travaillerait actuellement «en étroite collaboration avec les autorités de santé pour déterminer la voie à suivre pour l’approbation du dalcétrapib», précise-t-on dans le communiqué. 

Contactée, la compagnie s’est limitée à ce commentaire: «Les discussions avec les autorités réglementaires se poursuivent et leur [résultat] sera communiqué en temps et lieu», a-t-on indiqué dans un courriel.

Il a été impossible de joindre le Dr Jean-Claude Tardif, chercheur principal de l’étude. 

Peu de chances d’être approuvé 

Dans l’état actuel des choses, la possibilité que le dalcétrapib puisse obtenir une approbation de la part de Santé Canada, par exemple, est hautement improbable, selon deux chercheurs montréalais de renom.

George 
Thanassoulis.
Centre 
universitaire de 
santé McGill
Photo courtoisie, CUSM
George Thanassoulis. Centre universitaire de santé McGill

«Les données [de l’étude sur] le dalcétrapib ne sont pas suffisantes pour obtenir une approbation», souligne en entrevue le Dr George Thanassoulis, directeur de la cardiologie génomique et préventive au Centre universitaire de santé McGill. 

Cette opinion est partagée par le Dr Samer Mansour, cardiologue chercheur au Centre de recherche du CHUM, avec qui nous avons pu nous entretenir. Le Dr Mansour a lui-même participé à l’étude sur le dalcétrapib et il en connaît donc bien les rouages. 

Le Dr Mansour a pu aussi constater que de façon générale «la COVID a frappé fort la recherche médicale: les gens ne voulaient pas aller à l’hôpital». 

Pourtant, on fondait beaucoup d’espoir sur ce médicament «personnalisé», qui aurait été un des premiers taillés sur mesure pour des personnes au profil génétique particulier.

Refaire l’étude ?

Les deux chercheurs estiment qu’il reste une seule possibilité pour obtenir une approbation éventuelle du dalcétrapib: celle de refaire l’étude clinique de phase trois. 

«On pourrait toujours recommencer l’étude. On a vu [dans les données de l’étude actuelle] une tendance dans la bonne direction. Mais c’est sûr que ce serait un autre investissement important à considérer», explique le Dr Thanassoulis. 

«Ça va prendre une étude, renchérit le Dr Mansour, avec des milliers de patients, qui pourrait durer au moins trois ans. [...] C’est clair que ce sont des études qui coûtent cher.» 


Juin 2015 : DalCor et l’Institut de cardiologie de Montréal annoncent l’étude sur le dalcétrapib.

Avril 2016 : Bouclage du financement de 150 millions $. 

Décembre 2018 : Le recrutement de plus de 6000 participants est complété. 

Mi-2021 : La date prévue pour la publication des résultats est repoussée.

Juillet 2022 : Publication des résultats.

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