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48 propriétaires de condo devront évacuer leurs immeubles mal construits

Ils vont bientôt être évacués sans aucun recours possible

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Quarante-huit propriétaires pourraient se retrouver à la rue d’ici quelques jours à cause d’un entrepreneur qui a tourné les coins ronds lors de la construction de trois immeubles, il y a 30 ans, à Saint-Jérôme. À moins qu’ils avancent chacun 200 000 $ pour régler les nombreux problèmes, ils vont tout perdre. 

«On sait très bien que personne ne peut payer ça. Il y a juste la Ville ou Québec qui peut nous aider», lance Claude Beauvais, un des présidents des trois syndicats de copropriétés présents jeudi dernier lors d’une assemblée spéciale des copropriétaires. 

Photo Martin Alarie

Les immeubles, construits en 1993 par le consortium Investissement jérômien, sont situés aux numéros 600, 620 et 640 de la rue Castonguay. Toutes les entreprises qui composaient le consortium sont dissoutes depuis au moins 2004.

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Chaque édifice compte 16 logements de quatre pièces. L’estimation des coûts de rénovation au 620, par exemple, est de 4,2 millions $, soit 262 000 $ par logement, ce qui dépasse leur valeur marchande.

Comme il ne s’agit pas d’un sinistre ou de dommages subis, les assureurs s’en lavent les mains. Les 48 propriétaires vont donc perdre leur domicile, demeurer responsables de l’hypothèque et vont devoir se reloger en pleine crise du logement.  

Andréane Durocher et Raphaël Di Palma Locas attendent un deuxième enfant et se retrouveront bientôt à la rue.
Photo Julien McEvoy
Andréane Durocher et Raphaël Di Palma Locas attendent un deuxième enfant et se retrouveront bientôt à la rue.

Le taux d’inoccupation des logements locatifs à Saint-Jérôme est de 0,3 %, selon le plus récent rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement. 

Structure pourrie

Le calvaire débute en octobre 2021, lors d’une réparation mineure sur une colonne extérieure.

Marie-Claire Lahiton et Mme David s’occupent de l’administration du désastre. La première est responsable du Comité rénovations et la deuxième, présidente du syndicat de copropriétaires.
Photo Julien McEvoy
Marie-Claire Lahiton et Mme David s’occupent de l’administration du désastre. La première est responsable du Comité rénovations et la deuxième, présidente du syndicat de copropriétaires.

«À voir les fissures, l’entrepreneur a soupçonné qu’il y avait quelque chose de plus et il a refusé de faire les travaux», relate Marie-Claire Lahiton, responsable du Comité rénovations des trois immeubles. 

Un ingénieur est alors embauché pour inspecter les bâtiments. Ce qu’il va découvrir glace le sang. 

Photo Martin Alarie

Les immeubles ont été si mal bâtis qu’il est impossible de dresser ici la liste complète des vices. La structure des bâtiments est pourrie par l’eau, notamment. 

Après l’entrepreneur général et l’ingénieur, un architecte a été engagé pour faire les devis, puis un estimateur pour établir les coûts de rénovation. 

Chaque copropriétaire a déjà dû verser de 32 500 $ à 40 000 $ en cotisations spéciales pour payer toutes ces expertises et certains travaux de sécurisation. 

Avis de dénonciation

La vraie bombe est tombée le 15 septembre dernier, quand un avis de dénonciation a été émis par l’architecte. 

«Nous considérons la situation actuelle comme étant hautement préoccupante pour la santé et la sécurité des usagers», écrit-il dans son avis.

Reste maintenant à alerter la Ville de Saint-Jérôme, qui joue à cache-cache avec les présidents des trois syndicats. Une rencontre prévue le 6 octobre a été annulée par le maire suppléant, André Marion. 

Une nouvelle rencontre est prévue avec le maire aujourd’hui [mardi 11 octobre]. 

«On veut alerter la Ville nous-mêmes, car si c’est l’architecte qui le fait, les autobus jaunes vont arriver dans l’heure pour nous évacuer», explique Mme Lahiton. 

Vivre l’enfer

«C’est une crise humanitaire», ajoute Lucie David, présidente du syndicat de copropriété du 620 rue Castonguay.

Photo Martin Alarie

Les recours sont pratiquement inexistants. Les entrepreneurs qui ont bâti les édifices sont morts, insolvables ou introuvables. 

Les syndicats de copropriétaires attendent toujours le rapport de la Régie du bâtiment, dont les inspecteurs sont venus en mai dernier. 

Leur député local, le caquiste Youri Chassin, les a rencontrés trois minutes en avril, sans jamais redonner de nouvelles. 

«Je vis l’enfer ou pas loin, disons que je suis aux portes», lance Denise Lacroix, 68 ans, une des copropriétaires du 620 rue Castonguay. 

Photo Martin Alarie

La courtière en assurances a dû renoncer à sa retraite, prévue en décembre, car elle va bientôt perdre sa maison. 

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