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Grand dossier des retraites - L’argent de la retraite, un gros défi

Notre système sera-t-il capable d’assurer un niveau de vie décent aux personnes de 65 ans et plus ?

François L’Italien
Photo Pierre-Paul Poulin François L’Italien, coordonnateur de l’Observatoire de la retraite, qui a participé à l’organisation d’un important colloque sur la retraite, le 12 octobre dernier à Montréal.

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La plupart des Québécois ne mettent pas assez d’argent de côté pour s’assurer d’avoir un bon niveau de vie à la retraite. Que faire pour améliorer la situation alors que nous vivons de plus en plus vieux ?

Le Journal propose aujourd’hui un dossier de 10 pages pour faire le point sur cet enjeu fondamental pour notre avenir :

  • Daniel Germain se penche sur l’état du Régime de rentes du Québec (RRQ) ;
  • Michel Girard trace un bilan de santé des régimes de retraite d’employeurs face à la déroute des marchés ;
  • Hélène Schaff se demande si on devrait hausser l’âge de la retraite ;
  • Emmanuelle Gril présente le cas d’un retraité étouffé par ses dettes ;
  • Francis Halin nous raconte l’histoire d’un ex-travailleur autonome heureux malgré son budget de retraite serré.

Les experts s’entendent : compter seulement sur le RRQ et la pension de la Sécurité de la vieillesse, c’est se condamner à la pauvreté. 

« On parle tout au plus de 33 700 $ par année, soit 16 $ l’heure », résume Clément Hudon, professeur en planification financière à la TELUQ.

On en demande trop au REER

Pour compenser, l’industrie financière et les gouvernements ont beaucoup vanté le REER, mais bien des gens ne sont pas chauds à l’idée de gérer eux-mêmes leur épargne-retraite.

« Le REER, au début, c’était un produit très niché. On l’a élargi au fur et à mesure que les régimes d’employeurs se sont ratatinés. Là, on arrive un peu au bout de ce modèle-là », estime François L’Italien, coordonnateur de L’Observatoire de la retraite, qui a organisé cette semaine un premier sommet sur le sujet.

« On doit extraire la retraite d’un cercle étroit d’experts et de spécialistes qui, sans toujours le vouloir, gardent la chose très technique, repoussante et difficile d’accès pour le commun des mortels », insiste-t-il.

Un bon moment pour en parler

Selon les spécialistes que nous avons consultés, être propriétaire et bénéficier d’un régime de retraite d’employeur font partie des meilleures façons de s’assurer d’un bon revenu après 65 ans.

« Avec un régime où le salarié contribue 8 % de son salaire et l’employeur, 4 %, la majorité des gens pourraient arriver à la retraite avec un revenu équivalent à 70 % de ce qu’ils gagnaient en travaillant et maintenir leur niveau de vie », affirme M. Hudon.

En ces temps de pénurie de main-d’œuvre, « il n’y a jamais eu un aussi bon moment » pour convaincre les employeurs de contribuer davantage à la retraite de leurs employés, croit-il.

Après tout, investir dans la retraite, ce n’est pas bon seulement pour les individus, mais aussi pour la société.

« En 2040, quand on va avoir 28 % de la population qui va être âgée de 65 ans et plus, si leur niveau de vie baisse de façon marquée à la retraite parce qu’ils n’ont pas d’épargne, eh bien, c’est l’économie en général qui va en souffrir ainsi que les gouvernements qui vont devoir prendre le relais avec les programmes sociaux », souligne Yves Carrière, professeur de démographie à l’Université de Montréal. 

QUATRE IDÉES POUR AMÉLIORER LES CHOSES 

BONIFIER (ENCORE) LE RRQ

En 2019, le Régime de rentes du Québec (RRQ) a été amélioré afin de faire en sorte qu’en 2065, ses prestations couvrent en moyenne 33 % du revenu d’un retraité. À l’heure actuelle, cette proportion est d’environ 25 %. Pour ce faire, les cotisations au RRQ versées à la fois par le salarié et l’employeur sont passées de 5,4 % à 6,15 % du salaire et atteindront 6,4 % l’an prochain. Des experts estiment qu’on devrait y aller d’une autre bonification. Le démographe Yves Carrière fait remarquer que dans d’autres pays, les taux de cotisation aux régimes publics de retraite sont encore plus élevés qu’ici. Richard Guay, ancien PDG de la Caisse de dépôt, prévient toutefois que des cotisations trop élevées nuiraient aux jeunes qui veulent acheter une première maison, un investissement qui favorise généralement une bonne santé financière à la retraite. 


DES RÉGIMES D’EMPLOYEURS OBLIGATOIRES

À peine 40 % des Québécois bénéficient d’un régime de retraite de leur employeur. Il y a quelques années, Québec a mis en place le régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) dans le but de redresser la barre, mais son succès a été mitigé. Pour Clément Hudon, professeur à la TELUQ, le temps est venu de faire comme d’autres pays et d’obliger travailleurs et employeurs à cotiser à un régime complémentaire de retraite. « Il faut aider les gens à s’aider, dit-il. Certaines choses doivent être obligatoires. » 


PLUS DE RÉGIMES MULTIEMPLOYEURS

Depuis 2008, les salariés de plus de 900 organismes communautaires québécois bénéficient d’un régime de retraite collectif. Les avantages de ce modèle ? Une gestion plus facile pour les employeurs, des frais de gestion moindres et de meilleures prestations pour les retraités. Les employeurs d’autres secteurs pourraient s’inspirer de cette approche unifiée. 


FUSIONNER AVEC LE CANADA

C’est peu connu, mais depuis 2012, les Québécois paient davantage pour le RRQ que les résidents du reste du Canada pour le Régime de pensions du Canada (RPC). Pourquoi ? Principalement parce que le RRQ se heurtait à un déficit chronique découlant du vieillissement prononcé de la population québécoise. Fusionner le RRQ au RPC permettrait de diluer cet effet, mais la Caisse de dépôt perdrait un gros déposant. « Ça m’étonnerait que cette idée soit viable à Québec », lance Richard Guay.

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