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Grand dossier des retraites - Liberté 55 remplacée par 67 ?

Avec une espérance de vie plus longue, l’idée d’une retraite repoussée fait son chemin

Emna Braham. Institut du Québec
Photo courtoisie Emna Braham, directrice générale de l’Institut du Québec, croit qu’on pourrait prendre sa retraite à un âge plus avancé.

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Augmenter l’âge de la retraite à 67 ans comme solution pour régler les problèmes de pénurie de main-d’œuvre et assurer une rente publique plus généreuse n’est pas la solution, croient les experts.

« Si on regarde l’augmentation de l’espérance de vie depuis 30-40 ans, c’est indéniable qu’il faut penser [...] qu’on doit travailler un peu plus longtemps », estime Claude Lockhead, conseiller principal, marchés institutionnels chez Fiera Capital. 

La remarque est vraie au niveau individuel, mais elle l’est aussi sur le plan collectif. Le vieillissement de la population pèse de plus en plus sur les finances publiques. Travailler plus longtemps permet de contribuer plus longtemps.  

« Il y a de la place à l’amélioration [au Québec] », souligne Emna Braham, directrice générale de l’Institut du Québec (IDQ). Sa dernière étude rapporte un taux d’activité chez les 60-69 ans de 39 % au Québec, inférieur aux 46 % de l’Ontario. Les Québécois partent à la retraite en moyenne à 63,1 ans contre environ 64 ans en Ontario et dans les pays membres de l’OCDE.

Pourtant, les experts croient que hausser l’âge d’accès aux pensions de retraite publiques comme l’ont fait plusieurs pays occidentaux n’est pas la solution.

DÉCISION TARDIVE

Pour retenir les baby-boomers au travail et pallier la pénurie de main-d’œuvre, la décision serait tardive. Une telle mesure nécessite plusieurs années de transition. Or, une grande partie des baby-boomers ont déjà quitté leur emploi dans la dernière décennie, rappelle l’IDQ. « Le nombre de personnes qu’on pourrait convaincre [de continuer à travailler] est de plus en plus limité », ajoute Mme Braham.

Par ailleurs, les experts interrogés par Le Journal ne sont pas convaincus qu’une telle mesure aurait un effet substantiel sur l’âge moyen de départ à la retraite.

UNE DéFINITION PERSONNELLE

« Notre système n’est pas particulièrement généreux, explique Yves Carrière, professeur à l’Université de Montréal. On se fie beaucoup à l’épargne privée. » Conséquence : l’âge de la retraite est une définition plutôt personnelle. 

Pour preuve, bien qu’on n’ait pas modifié l’âge d’accès aux rentes publiques, les Québécois sont naturellement partis plus tard à la retraite. Dans les années 1990, l’âge de la retraite avait avancé « pour faire la place aux jeunes ». Il était alors de 58 ans. Depuis, les ménages se sont adaptés. Alors que les employeurs se désengagent des pensions de retraite et que les ménages sont aussi plus endettés, les Québécois restent plus longtemps sur le marché du travail.

La décision se fait en fonction de la situation financière individuelle bien sûr, mais aussi d’une dizaine d’autres éléments, souligne la directrice générale de l’IDQ. Pour cette raison, elle prône l’usage d’incitatifs non financiers, notamment une organisation du travail flexible s’adaptant aux besoins des 60 ans et plus.

ON PEUT DÉJÀ REPOUSSER

Pour ce qui est de rehausser l’âge pour obtenir une meilleure rente, c’est déjà possible. « On a pas mal tous les outils pour que les gens puissent faire face au coût plus élevé et à l’augmentation de l’espérance de vie », croit Claude Lockhead.  

En attendant jusqu’à 70 ans pour toucher ses rentes publiques, on bonifie son RRQ de 42 % par exemple. L’expert souhaiterait qu’on hausse la possibilité de report jusqu’à 75 ans. Son conseil : faire usage de son épargne personnelle pendant 10 ou 15 ans avant de recourir aux rentes publiques bonifiées qui sont garanties jusqu’au décès.

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