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Version renouvelée de Un. Deux. Trois.: «Il y a de la colère» - Mani Soleymanlou

Un. Deux. Trois
Photo courtoisie, Jonathan Lorange Un. Deux. Trois.

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En créant une version renouvelée de son spectacle Un. Deux. Trois. qui sera présenté chez Duceppe à Montréal et au Trident à Québec, le dramaturge Mani Soleymanlou a pris conscience d’un mécontentement plus marqué chez les interprètes qui façonne la troisième partie de cette démarche singulière.

Cette pièce tient son origine d’un solo que Mani Soleymanlou a créé il y a une dizaine d’années et qui portait sur l’identité. Appelée Un, la pièce s’appuyait sur son expérience personnelle. 

Interpellé par cette œuvre qui avait connu un fort succès, le comédien Emmanuel Schwartz a donc travaillé avec celui qui est né à Téhéran, qui a vécu à Paris, Toronto et Ottawa avant de s’installer à Montréal. 

De cette collaboration a germé Deux. Cette proposition lancée en 2013 était une forme de réponse au premier spectacle. Du «moi», on passait au «nous», en mettant l’accent sur l’autre et ce qui réunit les gens. 

Finalement, Trois a vu le jour l’année suivante avec une quarantaine d’artistes pour élargir le débat sur l’identité. Un. Deux. Trois. constituent donc trois spectacles en un, d’où ses deux entractes et sa longueur d’environ 4 h 30.

De partout au pays

En plus de sa forme particulière, cette œuvre se distingue par l’originalité de sa création. La troisième partie est construite à partir des opinions des artistes invités. 

Dans cette nouvelle mouture, il s’agit de 34 francophones vivant partout au pays. On retrouve donc sur scène des voix acadiennes, autochtones, immigrantes, franco-ontariennes, etc.

«J’ai travaillé en amont avec chacun d’eux pour recueillir leur témoignage, déclare Mani Soleymanlou. Le texte est signé par moi, mais c’est un collage de ce que les artistes ont dit en visioconférence et en répétition. C’est intimement lié à ce qu’ils sont, mais il ne s’agit pas de théâtre documentaire. C’est scénarisé.»

Puisque «tout le monde a participé à la conception de cette troisième partie», il s’en dégage une réelle authenticité selon lui, car le public n’a pas l’impression que ce sont des personnages qui s’adressent à lui. Bien que les propos qu’ils tiennent sont conformes à ce qu’ils sont, ces artistes jouent tout de même quelqu’un qui n’est pas eux.

«Ils incarnent des archétypes d’eux-mêmes, des clichés d’eux-mêmes», note celui qui signe aussi la mise en scène.

Puisque cette proposition place sous les projecteurs de gens de partout au pays, il est évidemment question du sentiment de marginalité ressenti par les francophones vivant en milieu minoritaire et de leurs relations avec les Québécois.

Le «je» l’emporte

Ce processus de création unique, Mani Soleymanlou l’avait déjà vécu deux fois, soit pour la première mouture de Trois en 2014, ainsi que lors d’une version ultérieure réalisée en France en 2017. Par rapport à ces deux expériences, il a senti beaucoup plus de colère chez les participants.

«Il y a eu des émotions plus fortes, des gens plus chargés, plus de tensions, de débats et de points de vue divergents, remarque-t-il. C’est même plus lourd que lors de la variante française qui survenait dans la période après les attentats du Bataclan [...]. Il y a de la colère.» 

Selon lui, le discours de participants est davantage centré sur le «je» que sur le «nous» par rapport à l’exercice réalisé en 2014.

«C’est beaucoup plus compliqué, car la quête identitaire est multiple. Ce n’est plus juste si on est d’ici ou d’ailleurs. C’est lié à ma religion, mon ethnie, ce que je mange, mon genre, ma génération, l’endroit où je vis, etc. Maintenant, on veut tous se définir.» 

«On désire tant être entendu, mais il y a si peu d’écoute», poursuit-il. 

Mani Soleymanlou croit que la pandémie a exacerbé cette tendance en augmentant notamment la solitude.

Loin d’être un désavantage, ces sentiments constituent «de la matière théâtrale très riche» qui lui permet de bien «déconner». 

«J’essaie de divertir, de rendre cela léger et ridicule, car on a besoin d’en rire et d’en parler.»


Un. Deux. Trois. est présentée du 20 au 23 octobre chez Duceppe, ainsi qu’à Québec, au Trident, du 27 au 29 octobre.

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