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«Tár»: «Nous sommes tous étrangers à nous-mêmes» - Cate Blanchett

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Pour son troisième film en carrière et le premier depuis 16 ans, Todd Field a choisi d’écrire l’histoire inventée de Lydia Tár, première cheffe d’un orchestre allemand d’importance... un rôle pensé et écrit pour une seule actrice, Cate Blanchett. 

«Je n’ai pas écrit en pensant à Cate Blanchett, j’ai écrit ce rôle pour Cate Blanchett.» C’est par ces mots que Todd Field a ouvert la conférence de presse de présentation de «Tár» lors de la Biennale de Venise le mois dernier.

Lydia Tár est au sommet de sa carrière. Elle s’apprête à enregistrer, avec l’orchestre de Berlin, la cinquième symphonie de Mahler. Lydia vit dans un monde à part, de vêtements faits sur mesure, d’appartement en béton et de classes de maître données devant un auditoire admiratif. Elle vit avec Sharon (Nina Hoss), sa conjointe et également violoniste de l’orchestre ainsi qu’avec leur fille adoptive. Lydia est toujours suivie par Francesca (Noémie Merlant), son assistante, à qui elle confie toutes les tâches ingrates. Cet aspect lisse cache quelque chose, que l’on soupçonne dès que Sharon regarde Lydia. Car celle-ci s’intéresse à Olga Metkina (Sophie Kauer), une violoncelliste. Et plus le long métrage avance, plus Olga s’aperçoit que Lydia abuse de son pouvoir.

«C’est un long parcours dans un laps de temps très court pour elle, a indiqué le cinéaste. Nous la suivons pendant environ trois semaines et il se passe énormément de choses.»

Horreur?

«Lydia est assurément hantée, que ce soit par quelqu’un, par quelque chose, par son passé, par ses actes. Sans divulguer la fin du film, je dois dire que c’est quelqu’un qui a rangé son passé dans une petite boîte et mis son talent au service d’une réinvention d’elle-même. Elle a essayé de changer et de se laisser transformer par la musique. On sent la peur. Lydia est au sommet de son art et elle sait que, en tant que personne, elle ne peut que redescendre. Et cela demande énormément de courage», de dire Cate Blanchett.

Pour se préparer au rôle, Cate Blanchett a appris l’allemand et à jouer du piano. «Dès la première syllabe du scénario, je savais que c’était très complexe. Le fait de tourner le film a été un processus et donc mon regard sur elle a changé. Quelque chose qui n’a pas changé est que j’ai toujours pensé que Lydia est étrangère à elle-même, comme le sont d’ailleurs, tous les personnages du film.»

«Nous sommes tous étrangers à nous-mêmes, c’est humain. Pas besoin d’être pianiste ou cheffe du plus important orchestre du monde pour l’être. Elle est une série de contradictions.»

Interrogée sur sa propension à incarner des personnages lesbiens, l’interprète de «Carol» a répondu qu’elle se gardait bien de jumeler «les mots "important" et "art".»

«Je ne me suis jamais interrogée sur le genre et la sexualité du personnage. C’est un état de fait. Le film est un portrait humain et peut-être avons-nous suffisamment évolué comme société pour que ce ne soit plus une question, mais simplement un fait. Ce n’est que lorsque nous avons commencé à parler aux journalistes pour la promotion du film que je me suis aperçue que les femmes étaient au cœur du long métrage.»

«Le film est une espèce de conte de fées, Todd aime à rappeler qu’il n’y a toujours pas de femme cheffe de l’orchestre le plus vieux d’Allemagne. Le monde de la musique classique est encore une structure pyramidale, patriarcale. Les femmes conduisent généralement des pièces plus romantiques... Mais ça change. Avons-nous besoin de politiser le propos pour que les changements continuent à se faire et deviennent normaux?»

«Tár» prend l’affiche dès le 21 octobre.

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