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Voici une œuvre digne de Michel-Ange à Montréal... que vous ne pourrez pas voir

L’œuvre du «Michel Ange de Montréal» est située dans un ancien couvent devenu immeuble à condos à Montréal

Nincheri
Photo Mathieu-Robert Sauvé Le Couronnement de Marie, de Guido Nincheri, serait la première fresque parvenue jusqu’à nous.

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Le public ne peut plus accéder à une œuvre d’art historique inspirée de la technique de Michel Ange dans la chapelle Sixtine depuis que le couvent où elle a été réalisée est devenu un immeuble à condos.

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« C’est une œuvre historique parce qu’il s’agit de la première fresque réalisée par Guido Nincheri qui soit parvenue jusqu’à nous. C’est dommage que le public n’y ait pas accès », se désole l’historien et muséologue Paul Labonne. 

L’œuvre de grande dimension intitulée Le Couronnement de Marie et réalisée en 1925 à l’intérieur du plafond de la chapelle du 1420 Mont-Royal, à Outremont, représente le quinzième des « mystères du rosaire ».

On y voit Marie, mère de Jésus, recevoir une couronne des mains de son fils. Les personnages sont entourés d’anges et de figures bibliques. 

Nincheri
Photo Mathieu-Robert Sauvé

Le bâtiment était la maison mère des Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. Pour leur chapelle, les religieuses désiraient reproduire la célèbre église Sainte-Marie-Majeure de Rome.

Le Couronnement de Marie, de Guido Nincheri, serait la première fresque parvenue jusqu’à nous.
Photo Mathieu-Robert Sauvé
Le Couronnement de Marie, de Guido Nincheri, serait la première fresque parvenue jusqu’à nous.

L’artiste choisi pour illustrer la scène, Guido Nincheri, était un peintre formé à Florence déjà réputé pour son œuvre religieuse (voir l’encadré). Il sera surnommé le Michel-Ange de Montréal.

« Mon grand-père aimait beaucoup cette œuvre. Il serait certainement déçu d’apprendre que le public n’y a pas accès », s’attriste Roger Nincheri, petit-fils de l’artiste.

Groupes d’admirateurs

Jusqu’en 2003, la chapelle appartenait à la congrégation qui permettait l’accès à l’œuvre durant les offices religieux et sur rendez-vous. 

« On y allait avec des groupes comptant jusqu’à 25 personnes », relate M. Labonne, un expert de Nincheri aujourd’hui directeur général du Musée des hospitalières de l’Hôtel-Dieu. 

Une maquette du 1420 Mont-Royal, à Montréal, ancien couvent des soeurs des Très-Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie.
Photo Mathieu-Robert Sauvé
Une maquette du 1420 Mont-Royal, à Montréal, ancien couvent des soeurs des Très-Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie.

L’accès était toujours possible lorsque l’immeuble situé au 1420 Mont-Royal, à Outremont, appartenait à l’Université de Montréal. Mais quand celle-ci l’a mis en vente en 2017, les visites ont été suspendues. 

Nincheri
Photo Mathieu-Robert Sauvé

Depuis, deux transactions ont eu lieu et le promoteur actuel, qui vient de mettre en vent 149 unités de luxe veut laisser aux copropriétaires le soin d’administrer la chapelle.

« Ils décideront s’ils veulent en faire une salle de spectacle ou autre chose », précise la chef des ventes. 

Fragile 

Formé en Italie à la « apse fresco » (plâtre frais), la même technique que Michel Ange avait utilisée à Rome pour la chapelle Sixtine, Nincheri considérait que la fresque de ce couvent était « expérimentale », car il était le premier à l’appliquer sur le continent.

« Il avait donné un crédit de deux ans aux sœurs en disant qu’il ignorait comme la fresque réagirait au climat hivernal », relate M. Labonne. Près d’un siècle plus tard, l’œuvre est encore en excellent état.  

M. Labonne, qui a longtemps administré l’atelier Nincheri, attenant au Château Dufresne, dans Hochelaga-Maisonneuve, rappelle qu’une fresque est un type d’œuvre très particulier. 

En séchant sur le mur ou le plafond, le tableau est intégré à la structure du bâtiment et ne peut être déménagé. 

Qui est Guido Nincheri ?

  • Guido Nincheri naît à Prato en Italie en 1895 et s’installe à Montréal en 1914. Il a réalisé plus de 3000 vitraux, peintures et fresques durant la première moitié du 20e siècle.
  • Il se rend célèbre malgré lui pour avoir peint Mussolini dans une église de la Petite Italie. Il est emprisonné comme ennemi du Canada durant la Seconde Guerre mondiale. Il clame son innocence, prétextant qu’il a été forcé par contrat de peindre le dictateur.
  • La plus imposante fresque de Nincheri se trouve à l’église Sainte-Amélie de Baie-Comeau et est plus vaste encore que celle de Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine. « C’est un artiste que le public devrait connaître tant son œuvre est magistrale », relate sa biographe, Mélanie Grondin, qui lui a consacré environ 10 ans de recherche et d’écriture, à temps partiel.
     
  • Il meurt à 87 ans en 1973.

Quand des œuvres d’art public passent au privé

De multiples œuvres d’art échappent au grand public en devenant des collections privées, déplore une représentante de l’industrie touristique consacrée au patrimoine religieux.

« Quand des bâtiments religieux sont vendus pour être transformés en immeuble commercial ou résidentiel, les œuvres qu’ils contiennent deviennent des propriétés privées », explique Sylviane Pilote, chargée de projet à l’Association du tourisme religieux et spirituel du Québec.

Le 1420 Mont-Royal a fait couler beaucoup d’encre depuis que l’Université de Montréal l’a acquis pour 15 M$ en 2003.

Grogne

Alors que s’y entame le déménagement d’un laboratoire, la structure du bâtiment s’avère défaillante. Faisant face à des coûts de rénovation astronomiques, l’établissement met l’immeuble à vendre, provoquant la grogne d’un groupe de professeurs et membres du personnel. 

« Nous étions outrés de voir notre employeur se départir d’un immeuble de cette importance renfermant une œuvre majeure de l’art religieux du 20e siècle », se rappelle Daniel Turp, qui était professeur à la Faculté de droit.

La mobilisation prend de l’ampleur et le groupe décide de contester la vente en justice.

« Notre argument était que les religieuses avaient en quelque sorte vendu l’immeuble à un prix d’ami à l’Université de Montréal en disant qu’elles désiraient que leur couvent serve à des fins pédagogiques. Le vendre au plus offrant quelques années plus tard nous apparaissait odieux. » 

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