/sports/racing
Navigation

« C’est un peu surprenant et ça fait chaud au cœur »

Deux bains de foule mémorables pour le pilote couronné au Centre Molson

25 ans Jacques Villeneuve F1
Photo d'archives Mark Recchi, Stéphane Quintal et Vincent Damphousse ont présenté à Jacques Villeneuve un plateau d’argent autographié par tous les joueurs du Canadien avant un match au Centre Molson (maintenant le Centre Bell) le 5 novembre 1997.

Coup d'oeil sur cet article

Une dizaine de jours après avoir conquis le Championnat du monde des pilotes de Formule 1, le 26 octobre 1997, Jacques Villeneuve a eu droit à un premier accueil triomphal quand un peu plus de 12 000 amateurs sont venus l’applaudir au Centre Molson après sa descente d’avion.

• À lire aussi: Il y a 25 ans, la gloire pour Villeneuve, la honte pour Schumacher

• À lire aussi: Jacques Villeneuve : l’aventure ratée chez BAR

• À lire aussi: Jacques Villeneuve: une entrée réussie

• À lire aussi: Jacques Villeneuve : un champion atypique

• À lire aussi: «On s’est trompés avec Villeneuve»

• À lire aussi: La magouille de Ferrari et de son patron

• À lire aussi: La route cahoteuse vers la consécration

Escorté par des policiers en moto, un traitement réservé à une rock star, Villeneuve s’est présenté devant une foule en délire lors d’une activité animée par Pierre Houde qui avait décrit son exploit sur les ondes de RDS.

Un policier a prêté à Jacques Villeneuve sa motocyclette avant que le nouveau champion du monde de Formule 1 ne fasse une entrée triomphale au centre de la patinoire du Centre Molson.
Photo d'archives
Un policier a prêté à Jacques Villeneuve sa motocyclette avant que le nouveau champion du monde de Formule 1 ne fasse une entrée triomphale au centre de la patinoire du Centre Molson.

La popularité du nouveau champion ne faisait aucun doute. Des dizaines de journalistes, cameramen et photographes s’étaient donné rendez-vous au centre de la patinoire en ce 5 novembre 1997.

L’activité était retransmise en direct au Réseau de l’information (RDI). Son chef d’antenne, Bernard Derome, avait été désigné pour épier les faits et gestes du héros du jour dans le cadre d’une émission spéciale de plus d’une heure.

Le souvenir de son père

Après avoir reçu la médaille de l’Assemblée nationale, Villeneuve a répondu aux questions des journalistes, dont certaines, non sans surprise, ont porté sur Gilles, son illustre père dont la victoire en 1978 au Grand Prix du Canada à Montréal avait conquis les Québécois.

Mais Jacques, fidèle à son habitude, s’est montré plutôt réticent quand notre ex-confrère Pierre Lecours, s’est présenté devant le micro pour lui poser la première question : « À quel moment as-tu pensé que ton père pouvait être fier de ce que tu as accompli ? »

Villeneuve a tout bonnement répondu que « c’était quelque chose de très personnel. J’ai eu une pensée pour lui quand je me suis retrouvé seul. Ce n’est pas une réflexion que je partage avec n’importe qui. »

Pour rappel, il n’a jamais renié son père, comme plusieurs l’ont prétendu. 

« Je suis fier d’être son fils et il restera une légende et mon idole pour toujours », avait-il raconté dans une entrevue accordée au Journal quelques années plus tard.

En d’autres mots, s’il avait un nom lourd à porter et un prénom à faire connaître, il ne voulait pas d’une gloire qui ne lui appartenait pas. 

« Mais, en même temps, je n’ai jamais essayé de m’identifier à lui ou de suivre ses traces, comme bien des gens le souhaitaient. Ces gens voulaient voir un deuxième Gilles. C’est pour moi que je fais de la course, non pour honorer sa mémoire. »

U2 : Vive Villeneuve !

Le journaliste Pierre Durocher, lui, a voulu savoir, s’il était surpris de voir un tel engouement auprès de la population ?

« On m’avait prévenu après la course que c’était un peu la folie à Montréal. Tout ce que je fais, c’est de piloter une voiture rapidement. Mais, oui c’est un peu surprenant et ça fait chaud au cœur », de déclarer Villeneuve.

Le jour de la course, des milliers d’amateurs s’étaient regroupés au Complexe Desjardins pour visionner le Grand Prix d’Europe à Jerez, en Espagne et n’ont pas caché leur joie quand il a été consacré champion du monde.

Le 2 novembre, le groupe U2 avait donné un concert devant 54 000 personnes au Stade olympique et en ouverture le chanteur Bono s’était adressé de cette façon au public : « Vive Montréal, vive le Québec, vive Jacques Villeneuve... ».

Une anecdote qu’a rappelée Paul Houde lors de la conférence de presse et qui a fait sourire Villeneuve.

Une ovation de sept minutes

Quelques heures suivant son premier bain de foule, Villeneuve a été présenté au public avant la présentation du match de hockey qui opposait le Canadien aux Coyotes de Phoenix, le 5 novembre en soirée.

25 ans Jacques Villeneuve F1
Photo d'archives

Après une ovation qui aura duré sept minutes, il a reçu des mains du capitaine de l’équipe, Vincent Damphousse, et de ses deux assistants, Stéphane Quintal et Mark Recchi, un plateau d’argent signé par tous les membres de l’organisation montréalaise.

« C’est un beau souvenir dans ma carrière, s’est rappelé Patrice Brisebois, en entrevue au Journal. C’est connu, je suis un passionné de courses automobiles et de le voir être accueilli de la sorte, a été un moment magique. On était tous fiers de voir un Villeneuve remporter un championnat du monde. »

Brisebois a été le dernier joueur de l’équipe à serrer la main de Villeneuve au centre de la patinoire. 

« On avait une belle relation et je voulais juste avoir un petit moment privilégié avec lui. On était proches. Je l’ai vu courir à Montréal, mais aussi ailleurs dans le monde. En 1996, j’étais en Hongrie quand il a gagné la course. La veille, j’avais soupé avec lui. Je me suis aussi déplacé à Monaco et en Belgique où, par contre, ça avait moins bien été pour lui », a raconté l’ex-défenseur du Tricolore.

« Jacques ne s’attendait pas à une si belle ovation. Il a réalisé l’ampleur de son exploit pour les Québécois », a pour sa part raconté Damphousse.

C’est en portant un chandail du Canadien, sur lequel on avait inscrit son nom et le numéro 1, qu’il a quitté le centre de la patinoire avant d’assister à la rencontre. 

« C’est une vedette parfaite » – Pierre Bourgault 

Jacques Villeneuve lors du GP d’Argentine en 1997.
Photo d'archives, REUTERS
Jacques Villeneuve lors du GP d’Argentine en 1997.

Dans une émission animée par le regretté Jean Pagé sur les ondes de Radio-Canada, on a appris que Pierre Bourgault était un amateur de course automobile.

Ainsi, quelques semaines après la conquête du Championnat du monde par Jacques Villeneuve, ce grand défenseur de la langue française n’a pas caché une certaine admiration pour Villeneuve, tout en émettant quelques... bémols.

« Chez les Québécois, on cherche la victoire par personne interposée. Quand les Québécois sentent qu’un des leurs gagne, ils se l’approprient. Ce qui est naturel. Mais, il ne faut pas s’imaginer qu’il y a une identification parfaite entre les Québécois et Jacques Villeneuve. On sait très bien qu’il n’est ni Québécois ni Canadien », déclarait Bougault.

« Encore là, il maîtrise parfaitement son image quand il est obligé de dire qu’il est Québécois ou Canadien, a-t-il poursuivi. Mais, autrement, il sent très bien qu’il n’est pas enraciné ici, c’est un Européen. »

« Tout ça plaît à un certain point aux Québécois de voir quelqu’un faire sa marque ailleurs. Les gens aiment l’entendre parler trois langues, le français, l’anglais et l’italien. Et cette aisance avec les médias fait en sorte qu’il les maîtrise parfaitement. C’est une vedette parfaite. Il sait exactement où mettre la barrière. Quand dire oui ou non. C’est lui qui décide. »

Caractère

« Il a une force de caractère hors du commun. Ce sont ses propres principes qu’il applique face aux médias comme il les applique dans la vie. C’est un homme de plaisir, il a du plaisir à piloter et, à l’extérieur de sa voiture, il a l’air un peu sévère », de conclure Bourgault.

Orateur hors pair, Pierre Bourgault a fait sa marque comme journaliste, homme politique et professeur d’université, tout en militant jusqu’à la fin de sa vie pour l’indépendance du Québec. Il est décédé le 16 juin 2003 à l’âge de 69 ans. 

DES ANNÉES MARQUANTES

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.