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Essai: #MoiAussi cinq ans plus tard

Que reste-t-il de #MoiAussi ?
Photo courtoisie

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J’ai été agressé sexuellement à quelques reprises dans ma vie. Par des gens en soutane et par d’autres dans la rue, dans un autobus, dans un ascenseur, ou lorsque, étudiant, je faisais du taxi. Oh, pas de quoi fouetter un chat, dirais-je, mais tout de même, suffisamment pour être sur mes gardes depuis ce jour. Et pour comprendre comment une femme peut se sentir devant un homme trop insistant. 

Améli Pineda est journaliste au quotidien Le Devoir. L’enquête qu’elle nous raconte dans cet ouvrage se lit comme un véritable roman policier, un roman noir, je dirais, qui donne parfois des frissons dans le dos.

Depuis cinq ans, soit depuis qu’en 2017, la réalisatrice Lyne Charlebois a révélé sur sa page Facebook qu’il y a ici un « Weinstein québécois » dont elle-même a été victime. Pineda a suivi de près le mouvement de dénonciation #MoiAussi, tant auprès des victimes que des personnes soupçonnées de violences sexuelles. Après les révélations de Lyne Charlebois, d’autres victimes se sont manifestées, dont l’entrepreneure Geneviève Allard-Lorange, l’animatrice télé Pénélope McQuade et l’actrice Salomé Corbo. Toutes les quatre avaient eu affaire avec le roi de l’humour, Gilbert Rozon. 

  • Écoutez l'entrevue d'Améli Pineda avec Sophie Durocher à QUB radio :

Bombe médiatique

Une véritable bombe médiatique venait d’être lancée, qui alimentera les discussions pendant des années et ouvrira de nombreuses plaies. 

Avant même qu’un premier article soit publié dans les médias, cinq autres femmes se joignent à la dénonciation contre Rozon. Et il y en aura d’autres, une vingtaine, dont l’animatrice Julie Snyder et l’actrice Patricia Tulasne, qui formeront le regroupement Les Courageuses.

Puis ce sera au tour d’Éric Salvail, « le roi de V Télé », de faire l’objet d’allégations d’inconduites sexuelles. Sa statue sera rapidement déboulonnée. Onze personnes racontent « avoir subi des gestes sexuels déplacés de la part de l’animateur ou en avoir été témoins, la plupart du temps dans un contexte professionnel ». Rozon et Salvail seront finalement acquittés.

Ce mouvement de dénonciations ne connaîtra pas de frontières, grâce aux médias sociaux. Il y aura un avant et un après. « En un peu moins d’un an, le mot-clic #MoiAussi a été utilisé plus de 19 millions de fois seulement sur Twitter, selon le Pew Research Center aux États-Unis, qui n’a comptabilisé que les publications en anglais. »

Mais, rappelle la journaliste, de telles dénonciations avaient été précédées par d’autres cas célèbres, comme l’affaire de l’humoriste québécois Gab Roy, ou l’affaire de l’animateur d’un talk-show à l’emploi de CBC, Jian Ghomeshi, en 2014. Ou encore le cas d’Alice Paquet, en 2016, qui affirme avoir été agressée sexuellement par un député libéral à Québec, Gerry Sklavounos. Ces agressions sexuelles avaient d’ailleurs donné lieu au mouvement #BeenRapedNeverReported (#AgressionNonDénoncée, au Québec), l’ancêtre du #MoiAussi.

Le côté positif d’un mouvement comme #MoiAussi, racontent plusieurs victimes, c’est qu’il crée un sentiment de solidarité entre les victimes, qui ne se sentent plus seules à porter l’odieux de la dénonciation devant la police. 

« Avec #MoiAussi, il n’est plus question de plaignants et d’accusés, mais bien d’un fléau social. » 

Qu’est-ce que le consentement ?

L’auteure rappelle que ce mouvement de dénonciation ne fait pas l’unanimité. En janvier 2018, un collectif entièrement féminin, dont l’actrice Catherine Deneuve, publie une lettre ouverte dans laquelle il revendique « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. [...] Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste ». 

Qu’est-ce que le consentement ? Où se situe finalement la frontière entre le flirt et le harcèlement ? « Si tu ne sais pas exactement si ce que tu fais, c’est du flirt ou du harcèlement, ce n’est probablement pas du flirt », répond la journaliste Elizabeth Plank dans son livre Pour l’amour des hommes

Une deuxième vague de dénonciations, la plupart anonymes, déferlera en 2020, articulées autour de Victims Voices et Dis son nom. On dénombrera quelques dérapages où les réseaux sociaux deviennent « des tribunaux populaires ». Depuis, plusieurs causes sont devant les tribunaux.

Le mouvement #MoiAussi, magistralement raconté par Améli Pineda, a indéniablement changé les mentalités aussi bien chez les femmes que chez les hommes et a suscité un vaste éveil collectif. C’est aussi grâce à #MoiAussi qu’un tribunal spécialisé a vu le jour au Québec. 

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Q comme qomplot

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Photo courtoisie

Ouf ! Plonger dans ce livre de plus de 500 pages, c’est comme poursuivre un rêve éveillé. Plutôt un cauchemar. 

Avez-vous déjà entendu parler de bases souterraines un peu partout aux États-Unis, de satanistes pédophiles et d’enfants esclaves qui y vivraient, de vampirisme, d’adrénochrome, ou de quoi que ce soit du genre, de la Cabale dirigée par George Soros et le diabolique Parti démocrate, ou d’une société secrète qui contrôlerait la moitié du monde et se livrerait au trafic d’enfants ? Attention, QAnon veille sur vous pour vous sauver de cet enfer sur terre. 

Ces théories du complot sont nées durant la campagne électorale de 2016 qui a vu le triomphe de Donald Trump « le sauveur » sur Hillary Clinton. Le triomphe du racisme, de l’antisémitisme, de la misogynie et du complotisme. Et si tout cela n’était que diversion, se demande l’auteur, pour assurer la continuité du capitalisme ? Un véritable page turner. Passionnant. 

Mon frère est complotiste

Que reste-t-il de #MoiAussi ?
Photo courtoisie

On connaît tous quelqu’un, dans notre entourage, qui a basculé dans les théories du complot, à la faveur de la pandémie de COVID-19. Celle-ci a contribué à diviser bien des familles, entre ceux qui acceptent de bonne foi les mesures sanitaires et ceux qui les refusent et qui y voient un « complot sanitaire de la dictature mondiale ». 

Le fossé entre les deux clans semble infranchissable. Les réseaux sociaux et le lot d’interprétations alternatives et farfelues qu’ils relaient ne sont sûrement pas étrangers à cette radicalisation des complotistes. Or, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, nous disent les auteurs. Nuance : « On peut très bien s’opposer à plusieurs mesures sanitaires sans pour autant être complotiste. » 

Mais force est d’admettre que la pensée complotiste a alimenté la désinformation de masse, suscité la méfiance à l’égard des institutions démocratiques et contribué à la radicalisation de groupes extrémistes. Cet ouvrage grand public tente de jeter des ponts et de rétablir le dialogue social entre deux clans qui hier encore vivaient dans l’harmonie.

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