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Jacques Villeneuve : un champion atypique

L’ex-journaliste Pierre Durocher s’est retrouvé au cœur d’un tourbillon médiatique en Espagne

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Photo Agence QMI, Thierry Laforce L’ancien journaliste Pierre Durocher s’est rappelé de bons souvenirs du Grand Prix d’Europe en 1997 dont il garde précieusement une casquette autographiée par Jacques Villeneuve.

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Retraité depuis 2018 après une fructueuse carrière de 43 ans au Journal de Montréal, Pierre Durocher avoue être né sous une bonne étoile.  

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Et c’est par un concours de circonstances qu’il a été dépêché en Espagne pour couvrir ce rocambolesque Grand Prix d’Europe de Formule 1 il y a 25 ans en compagnie de quelques journalistes québécois dont Louis Butcher, Réjean Tremblay, Daniel Poulin et Céline Galipeau notamment. Cette épreuve qui, le 26 octobre 1997, allait couronner Jacques Villeneuve au volant de sa Williams-Renault. 

« J’ai vécu les bonnes années des Expos, du Canadien et des Alouettes, les Jeux olympiques de Montréal en 1976, sans oublier la victoire de Gilles Villeneuve au Grand Prix du Canada », se rappelle-t-il. 

« À la fin de l’été 1997, mon ex-confrère Pierre Lecours, affecté à la couverture de la course automobile, avait indiqué à notre patron que les longs voyages étaient de plus en plus éprouvants et qu’il souhaitait rester davantage à Montréal », explique-t-il. 

Controverse à Suzuka 

Durocher a été désigné pour couvrir les dernières épreuves de F1 de la saison, notamment à Monza, à Spielberg et au Nurburgring, avant de vivre la « Villeneuvemania » au Japon, puis en Espagne, deux semaines plus tard. 

« Cet avant-dernier Grand Prix à Suzuka a été controversé du début à la fin. Et Jacques en a payé la note », de prétendre Durocher. 

Pour rappel, Villeneuve avait remporté le GP précédent, en Allemagne le 28 septembre, pour détrôner Michael Schumacher au sommet du classement des pilotes. 

Fort d’une avance de neuf points [une victoire ne valait que dix points en 1997] avant son arrivée au Japon, il a appris qu’il était pénalisé pour non-respect d’un drapeau jaune lors d’une séance d’essais libres sur le circuit de Suzuka, lui qui avait commis la même faute précédemment à Monza.

En ne connaissant pas la teneur de sa pénalité, Villeneuve a quand même décidé de participer au GP du Japon où il a terminé au cinquième rang. Puis est venu le verdict de la Fédération internationale de l’automobile (FIA) de lui retirer les deux points de sa cinquième place. Williams a choisi de ne pas porter cette décision en appel. 

« Je me souviens que Villeneuve ne s’était pas gêné pour déstabiliser Schumacher pendant la course, sans toutefois le pousser à l’erreur ou à le... sortir de la course. Le coéquipier de Michael chez Ferrari, Eddie Irvine, s’en était aussi mêlé. » 

Un point devant 

Comble de malheur pour Villeneuve, Schumacher remportait non seulement cette avant-dernière étape de la saison, mais il reprenait son rôle de leader au championnat avec une mince avance d’un point avant de mettre le cap sur l’Espagne. 

« À Jerez, la tension était palpable, raconte Durocher. Et ce, dès le jeudi en conférence de presse. Chez les journalistes, on se bousculait pour obtenir des réactions de Villeneuve qui était reconnu pour son franc-parler et ses déclarations savoureuses. 

« Je l’ai souvent décrit comme le champion atypique. Contrairement aux autres pilotes, il était politically incorrect ! » 

« L’ambiance était particulière, enchaîne Duro. Jacques voulait se venger de la situation injuste, selon lui, qu’il avait vécue au Japon. La FIA était sur son cas. Elle n’aimait pas son côté rebelle. Le directeur de Ferrari, Jean Todt, en menait large et il avait déployé toute son armée à Jerez. » 

Rajoutons que ce même Todt allait accéder à la présidence de la FIA en 2009. 

Loi non écrite bafouée 

D’autres événements se sont succédé pour ajouter du piquant à cette fin de semaine fertile en rebondissements.  

« Quand on a constaté que Villeneuve et deux autres pilotes [Schumacher et Heinz-Harald Frentzen] étaient crédités du même chrono en qualifications, on n’en croyait pas nos yeux. » 

Puis ce fameux dépassement survenu au 48e tour de la course, le lendemain. 

« Jamais dans ma carrière, je n’ai assisté à une telle réaction quand Villeneuve a doublé Schumacher, raconte Durocher. C’était une explosion de joie dans la salle, même parmi des reporters italiens ! » 

Cette loi non écrite qui dit que les journalistes ne doivent pas afficher leur favoritisme dans une salle de presse [no cheering in the press box pour reprendre l’expression consacrée] a été bafouée... quand Villeneuve a pris la tête de l’épreuve. Il était évident que les journalistes avaient un parti pris pour lui. 

« C’était irréel et je me considère chanceux d’avoir assisté à la consécration d’un pilote de chez nous », de conclure Durocher.

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