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Un chandail à 40 $ en 4 versements

La formule achetez maintenant et payez plus tard de plus en plus populaire

Quebec
Photo Stevens Leblanc La directrice générale de QTM, Chantal Melançon, dans son magasin de voitures téléguidées, à Québec.

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Alors que plusieurs Québécois vivent d’une paie à l’autre, les émetteurs de carte de crédit misent sur la nouvelle formule « achetez maintenant, payez plus tard » pour pousser les consommateurs à acheter davantage.

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« Payez sur six semaines, sans intérêt. Aucune vérification de solvabilité externe, aucun intérêt, aucune surprise, et nos clients aiment cela », vante le site d’Afterpay, une plateforme de paiement différé en ligne.

On connaissait les ententes de paiements étalés sur plusieurs mois pour acheter un sofa ou une laveuse. Mais depuis quelques années, la formule se développe sur internet. On peut désormais acheter un meuble, mais aussi un chandail à 40 $ et le payer en quatre versements, auprès de milliers de marchands en ligne, en seulement quelques clics, sans enquête de crédit approfondie, sans paperasse. 

Cette méthode de paiement est arrivée des États-Unis, avant la pandémie, par le truchement de fintechs, des start-up technologiques financières. 

50 milliards $

Depuis, le marché s’est développé. L’adoption des paiements par versements au Canada a augmenté de 30 % en 2020 et le marché devrait atteindre 50 milliards $ par an, d’après des données de Visa. Or, pour chaque paiement par versements différés, l’entreprise financière récolte un pourcentage du montant facturé. Le marché est donc juteux.

« Je me demandais pourquoi les cartes de crédit ne se lancent pas et laissent ces fintechs leur manger la laine sur le dos ? » lance Jeffrey Giasson, v.-p. Finance de Soft Moc, une enseigne de chaussures qui offre les paiements par versements.

Finalement, c’est au tour des émetteurs de cartes de crédit de se lancer. Après avoir fait une première entente avec Desjardins en 2021, Visa annonçait plus tôt cette semaine de nouveaux partenariats. 

D’ici quelques mois, il sera possible de faire le choix du paiement différé directement en caisse chez des détaillants comme Simons ou Soft Moc.

Cette dernière, qui possède une dizaine de boutiques de souliers au Québec, offrait déjà ce genre de modalités en ligne pour « répondre au désir d’une population jeune, qui vit de paie en paie et qui veut acheter un item sans être capable de le payer en une seule fois ». 

Hausse des ventes

Au départ sceptique, M. Giasson dit avoir été impressionné par les résultats. La possibilité d’étaler les paiements a permis d’augmenter les ventes.

Même constat dans une PME québécoise qui vend des véhicules téléguidés et qui a mis l’option en place depuis peu. « On a vu une augmentation des ventes d’au moins 10 % grâce [aux paiements différés], assure Chantal Mélançon, directrice générale de QTM. Ça incite le client à acheter. »

En effet, un rapport sur les nouveaux modes de paiement de la Deutsche Bank confirme que le procédé pousse à consommer davantage. Près de la moitié des clients (46 %) qui utilisent une option de paiement « Achetez maintenant, payez plus tard » au moment de payer, n’auraient pas effectué d’achat sans cette option.

« Un autre piège qu’on nous tend »

Si la formule « Achetez maintenant, payez plus tard » peut être accommodante, elle peut aussi pousser à la surconsommation et accélérer l’endettement de plusieurs consommateurs.

« Cela rend le crédit très accessible », souligne Sylvain Sénécal, professeur à HEC Montréal. Selon lui, la formule peut être utile pour certains achats, des produits dont on a vraiment besoin, mais pour lesquels on manque de fonds et on va s’arranger pour étaler les paiements. 

Mais « cela peut être aussi quelque chose de plus impulsif, explique-t-il. Si je veux ma huitième paire de souliers, d’une couleur différente, elle est vraiment alléchante, et on m’offre de la payer graduellement... La surconsommation n’est pas étrangère à cela ».

« Créer de faux besoins »

Youcef Ghellach, fondateur du site educfinance.ca, s’inquiète de ces pratiques. « Dire “il n’y a pas d’intérêt”, cela incite les gens à créer de faux besoins, estime le professeur en finances et comptabilité. C’est un autre piège qu’on nous tend. L’objectif principal est d’augmenter les revenus des entreprises. »

Que l’achat soit essentiel ou impulsif, le risque de ne pas percevoir l’impact de ces achats sur notre budget est important, puisqu’on ne paye immédiatement qu’une petite partie du montant. Même si l’échéance est repoussée, ces dépenses devront être payées plus tard. 

« Il y a des gens qui finissent par avoir recours à un crédit pour payer les échéances des paiements différés », soutient M. Ghellach. Il conseille de planifier ses achats, d’épargner le plus possible pour effectuer ses dépenses, et d’éviter les achats impulsifs.

Différents frais

Pour ce qui est du fonctionnement des offres « achetez maintenant, payez plus tard », elles diffèrent selon le marchand et le mode de paiement. 

Les offres en ligne sont pour la plupart sans intérêt, mais en cas de non-paiement des versements, les frais peuvent dans certains cas aller jusqu’à 25 % du montant acheté. 

Chez certains commerçants comme Soft Moc, on proposera un taux d’intérêt plus classique. Si on ne paye pas à l’échéance chaque versement, les pénalités de cartes de crédit embarquent. 

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