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Le voyeurisme morbide, un mal qui nous touche tous

The investigator takes fingerprints from the suspect in the crime. Investigation is a crime. Crime.
Photo stock.adobe.com (franz12)

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Le crime fascine: tueurs en série et tueurs de masse, mafia, prédateurs sexuels, fraudeurs de «haut niveau», etc. Les plus populaires de ces criminels font l’objet de films, de livres, de pièces de théâtre, de bandes dessinées, et j’en passe.

Écrire sur la criminalité, certes, c’est mon métier, mais consacrer un livre ou un film à un criminel, j'en ressens toujours un malaise. D’ailleurs, lorsque j’ai sorti mon livre sur Joe Di Maulo, j’avais pris soin de plutôt axer l’histoire sur sa fille et les femmes dans la mafia, tout en y laissant en trame de fond la prémisse suivante: le crime ne paie pas.

Vous comprendrez donc que mes écrits visent à conscientiser mes lecteurs au phénomène criminel avec lequel ils pourraient être aux prises. Ils sont basés notamment sur des entrevues avec des victimes et des criminels, mais aussi avec leurs familles.

En ce sens, on pourrait dire qu’à partir d’une démarche scientifique, je tente de vulgariser des concepts bien souvent complexes à la manière d'un true crime.

Qu’est-ce que le true crime?

Comme son nom l’indique, ce genre littéraire ou cinématographique cherche, à partir de faits – un peu comme le ferait un journaliste –, à raconter l’histoire d’un criminel, d’une affaire criminelle, d’une enquête qui a marqué l’imaginaire ou à tenter de résoudre une cause non résolue ou une erreur judiciaire.

Cependant, tous les auteurs ou scénaristes ne se valent pas et certains produits sont bien loin du true crime, puisqu’ils sont scénarisés, romancés, adaptés, souvent déconnectés de la réalité et de la souffrance des victimes. Ce genre est tributaire des interprétations qu’en font l’histoire et ses acteurs, mais également de l’imprécision de la mémoire.

Toujours est-il que plusieurs produits du true crime sont de bonnes représentations du sujet criminel abordé.

Pourquoi cette fascination?

On me pose souvent cette question lorsque des séries sur des tueurs en série ou des parrains de la mafia cartonnent au box-office. D’ailleurs, près de 40% du true crime littéraire concerne des tueurs en série. Que dire?

Voyeurisme, catharsis, érotisation de la violence et de la morbidité, curiosité criminologique, exorcisme de la routine ou tout simplement cette joie de la haine à la Spinoza, à savoir ce plaisir de voir l’autre souffrir. Les Allemands lui ont même donné le nom de schadenfreude (schaden = préjudice, et freude = joie).

Le true crime paie, d’une part, parce qu'il y a cette schadenfreude et ce voyeurisme morbide. Souvenons-nous des arènes de gladiateurs, des chrétiens donnés aux fauves, des exécutions publiques, de la guillotine, sans compter qu'encore aujourd’hui, il est possible d’assister à l’exécution des détenus dans les couloirs de la mort aux États-Unis.

D’autre part, la violence fait partie de la nature humaine, et en chacun de nous sommeille, tout au fond, un criminel en puissance, qui nous oblige à faire face à cette banalité du mal d’Arendt. Le reconnaître est déjà un point de départ vers la transcendance.

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