/news/politics
Navigation

«Convoi de la liberté»: des militaires contre les camions

La police d’Ottawa en parlait moins d’une semaine après l’arrivée du «convoi de la liberté»

Coup d'oeil sur cet article

OTTAWA | Le Service de police d’Ottawa discutait d’une intervention de l’armée cinq jours à peine après l’arrivée des premiers camions du «convoi de la liberté» dans la capitale fédérale.

• À lire aussi: «Convoi de la liberté»: pas confiance en la police d’Ottawa

• À lire aussi: «Convoi de la liberté»: Doug Ford sommé de comparaître

C’est ce qu’on peut lire dans des notes de réunions du Service de police d’Ottawa datées du 1er février 2022, déposées hier en preuve devant la Commission d’enquête sur l'état d’urgence.

Le «convoi de la liberté» était alors installé dans la capitale depuis le 28 janvier, soit depuis cinq jours.

À la suite de cette réunion, le 2 février, le chef du Service de police d'Ottawa, Peter Sloly, déclarait en conférence de presse craindre qu’il n’y ait pas de «solution policière» à la crise et que «d’autres solutions» devaient être considérées.

Photo AFP

Le lendemain, le 3 février, le premier ministre Justin Trudeau déclarait qu’envoyer l’armée dans les rues d’Ottawa n’était «pas dans les cartes».

«Il faut être très, très prudent avant de déployer des militaires dans des situations au pays. Ce n’est pas quelque chose qui devrait être pris à la légère», expliquait-il, en spécifiant ne pas avoir reçu de requête formelle à cet effet.

À ce stade, le gouvernement fédéral était en train de perdre confiance en la police d’Ottawa, d’après une série de messages texte déposés en preuve devant la Commission, jeudi.

Conséquemment, le gouvernement a peu après commencé à envisager le recours à la Loi sur les mesures d’urgence, d’après ces mêmes messages texte.

L’ex-chef Sloly, qui a démissionné le 15 février, le lendemain de l’invocation de cette loi de dernier recours, témoignait hier devant la Commission. Il a déclaré que son Service de police ne voulait pas des mesures d’urgence car il ne pensait pas avoir les moyens d'utiliser les pouvoirs que cette loi lui donnerait.

  • Écoutez le segment «Tout savoir en 24 minutes» avec Alexandre Moranville au micro de Mario Dumont sur QUB Radio:

Immaturité

M. Sloly a témoigné que le Service de police d’Ottawa (OPS) avait failli à la tâche en raison de ses propres problèmes internes: «Malgré l’arrivée de ressources, l’OPS et son immaturité structurelle ne pouvait atteindre le niveau d’excellence exigé», a-t-il dit.

Photo AFP

Il a expliqué que sa propre confiance envers ses adjoints avait été durement ébranlée au cours de la première semaine de l’occupation quand ils ont remplacé le commandant des opérations sur le terrain, en pleine crise, sans lui en parler.

La faute aux médias

Malgré cela, l’ex-chef de police a blâmé les médias et la désinformation qui ont, selon lui, sapé la confiance du public envers le Service de police d’Ottawa.

«C’est vraiment malheureux parce que la confiance du public dans les services de police, je pense, est essentielle à la sécurité publique», a-t-il dit très émotif.

«Il faisait trop froid, c’était trop, mais ils ont fait de leur mieux et j’ai beaucoup de gratitude envers eux, ils devraient être félicités, ils devraient être compris», a-t-il souligné, en pleurs, alors qu’il parlait de ses équipes épuisées et sous pression.

Capture d'écran

M.Sloly a indiqué que c’est ultimement la perte de confiance à son égard, en particulier de la part des élus municipaux, qui l’a poussé à démissionner.

Renseignements

Comme ses ex-collègues du Service de police d’Ottawa, M. Sloly a réitéré que rien dans les rapports de renseignements qu’il avait reçus avant l’arrivée des premiers camions ne laissait présager une manifestation de plus d’une fin de semaine. Il s’attendait à ce qu’il ne reste, le lundi, qu’un campement de quelques tentes.

Pourtant, depuis le début des audiences de la Commission d’enquête, les témoignages et les documents déposés en preuve ont démontré que le Service de police d’Ottawa disposait de rapports de renseignements de la Police provinciale de l’Ontario qui prévenaient que les manifestants ne partiraient pas avant d’obtenir gain de cause. 

Mais l’ex-chef de police a affirmé que seul un service de renseignements national aurait éclairé ses décisions et lui aurait permis de guider ses policiers.

Il a demandé pourquoi il n’avait reçu que des rapports de renseignements de son équipe et de la Police provinciale de l’Ontario et non pas des services fédéraux, qui auraient pu regrouper des informations sur tous les convois et groupes qui provenaient de différentes régions de tout le pays.

Lors de son entretien pré-audience avec la Commission durant l’été, M. Sloly s’est montré très critique à l’égard du Service canadien du renseignement de sécurité qui, selon lui, était trop concentré sur l’extrémisme islamiste aux dépens d’autres menaces à la sécurité nationale.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.