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Romans d’ici: une bouteille à la mer

J’étais un héros
Photo courtoisie

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Yvan, 62 ans, va mourir d’avoir trop bu. Est-ce qu’il peut rebâtir des ponts avec sa fille maintenant que sa fin approche ? Peut-être que oui, peut-être que non.

Le diagnostic qu’on vient de lui asséner a laissé Yvan en larmes. Sa jeune voisine de chambre d’hôpital ose s’approcher pour lui prendre la main et lui glisser : « Vous devriez pas être tout seul, monsieur. » 

Mais il est seul pour l’avoir bien cherché. Après tout, autrefois, J’étais un héros, comme le dit le titre – car il en a longtemps été un aux yeux de Gabrielle, sa fille. Mais ça fait dix-huit ans qu’il ne lui a pas parlé.

Et si c’était elle plutôt que la jeune inconnue qui lui tenait la main ?

C’est le point de départ de ce roman à deux voix qui n’a pourtant qu’un seul narrateur grâce à l’audacieuse construction de Sophie Bienvenu. 

De retour chez lui, Yvan a une nouvelle engueulade avec Miche, sa colocataire, dont il a déjà été entichée et qu’aujourd’hui il méprise. Alors il claque la porte. Pour aller vers sa fille ou pas ? Un chapitre dit oui, le suivant montre que non. Le récit alternera ainsi jusqu’à la fin.

Mais puisque les deux possibilités ne cessent de se suivre, les espoirs et les lâchetés d’Yvan se fondent, montrant toutes les ambivalences du personnage.

De ce jeu littéraire se dégagera la figure de Gabrielle, sa fille, sa réussite. « Ma fille m’a rendu meilleur, pendant un temps du moins », se rappelle Yvan. Ce meilleur-là existe toujours, encore faut-il accepter de le revisiter. Mais l’appel de la boisson est si fort...

Entre amour et rejet

On sait déjà à quel point Sophie Bienvenu sait mettre en scène des personnages écorchés, que sa plume rend pleinement vivants. On lui doit les romans coups de cœur Et au pire, on se mariera et Chercher Sam.

A priori, Yvan est moins attachant : il a le don de mettre ses problèmes sur le dos des autres, comme l’illustre son rapport à Miche.--- Elle l’endure et même le soutient (« T’es pas aussi méchant que t’aimerais qu’on le croie », lui dit-elle), mais lui ne la supporte plus. En fait, même son inséparable chat est bousculé entre amour et rejet de la part d’Yvan.

Pourtant, Bienvenu rend justice à son personnage en montrant comment un homme ordinaire, de qui l’on attend qu’il se conforme aux attentes sociales, trouve un soutien dans l’alcool parce qu’il n’a pas envie de ce rôle.

Mais il ne répond pas davantage aux attentes de sa fille, à qui il va constamment mentir : pour l’épargner ou parce que sa soif emporte tout sur son passage ? Quelle histoire Yvan se raconte-t-il au fond ? 

Bienvenu s’est inspirée de son propre père, avec qui elle a renoué après que l’alcoolisme les ait longuement séparés. On comprend mieux dès lors le touchant frémissement qui traverse l’ouvrage : Yvan existe. À lui de voir qu’il en vaut la peine.

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