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Opération Scorpion: 20 ans plus tard

Roger Ferland et Maria Mourani
Photo Agence QMI, Marcel Tremblay Roger Ferland et Maria Mourani

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Depuis lundi dernier, tout le monde en parle de ce livre : Opération Scorpion. Les dessous de la plus grande enquête sur la prostitution juvénile au Québec. Vous aurez deviné qu’en cette journée de sortie en librairie, je ne pouvais que vous faire un clin d’œil, d’autant plus que j’ai un parti pris pour ce bouquin. Je l’ai écrit avec mon ami et partenaire, Roger Ferland, l’enquêteur principal responsable de ce dossier chaud qui a ébranlé, certes la Ville de Québec, mais aussi toute la province.

L’écriture n’a pas été facile. Outre la centaine d’heures d’entrevues avec Roger et des lectures de documents judiciaires, j’ai dû rencontrer plusieurs personnes, notamment des victimes, certaines avec mon partenaire, et des proxénètes. Un moment donné, le Scorpion me sortait des narines !

Quand j’ai mis un point final à ce livre, qui a pris environ 12 ans à aboutir, Roger et moi avions le sentiment du devoir accompli. Le Scorpion allait sortir de sa torpeur et tenter encore une fois de réveiller les consciences, toujours avec un objectif de prévention.

  • Écoutez l'entrevue avec Maria Mourani, criminologue et chroniqueuse au Journal de Montréal, Journal de Québec à l’émission de Sophie Durocher diffusée chaque jour en direct 14 h 35 via QUB radio : 

Pourquoi revenir sur cette affaire ?

Scorpion n’est pas une enquête comme une autre. Elle prend racine en 2002 dans la Ville de Québec alors que le phénomène des gangs de rue est consigné à la région de Montréal. Elle va mettre en lumière la présence de plusieurs réseaux de prostitution juvénile mettant à la disposition d’hommes de pouvoir des adolescentes.

Une opération policière d’envergure qui va ébranler les colonnes du temple et révéler ainsi qu’il n’y a pas de rumeurs... de fumée sans feu. L’équipe ira aussi loin que possible. Reste qu’elle sera sous la mire de tous les regards. Après tout, c’était la première fois que des policiers osaient s’attaquer à des prostitueurs (communément nommés « clients ») et non les moindres. En ce sens, Scorpion était avant-gardiste.

Le « client » est-il toujours le roi ?

Depuis novembre 2014, il est interdit d’acheter du sexe au Canada. En outre, plusieurs amendements au Code criminel en ce qui concerne la traite des personnes, notamment ceux de la loi C-452 (un de mes bébés), ont permis de faciliter le travail des policiers et de protéger les victimes. Par ailleurs, le nombre de policiers attitrés à la lutte au proxénétisme a augmenté au fil des années. Une escouade intégrée, constituée de sept corps policiers, a même été créée en 2017.

La question qui tue ? Pourquoi si peu de prostitueurs arrêtés ? Dans une industrie qui génère des centaines de millions de dollars, il est plutôt inusité d’avoir si peu d’arrestations de prostitueurs. De ce petit nombre qui passe devant les tribunaux, combien sont des hommes de pouvoir ? S’il y en avait, on le saurait. Non ?

Après toutes ces années de lutte, j’ai souvent le sentiment de me battre contre un Goliath. Pourtant, la solution est simple : s’attaquer aux prostitueurs.

Ma seule consolation ? David gagne toujours.

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