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Quand Poilievre a peur de Trudeau

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Pierre Poilievre a été choisi par les conservateurs pour être l’anti-Trudeau. Le chevalier sans peur et sans reproche qui doit attaquer de front le premier ministre et unir les insatisfaits. Cette semaine, nous avons constaté que sur un thème, Pierre Poilievre va plutôt jouer le gentil toutou.

Le gouvernement Trudeau a présenté une vision claire et forte en matière d’immigration. Il veut hausser les cibles annuelles sans réserve, les amenant jusqu’à un demi-million en 2025. C’est une proposition qui transformera profondément le Canada.

La population va augmenter rapidement sans égard aux notions d’intégration. Le Québec est coincé et isolé. Le poids démographique et politique du Québec va fondre radicalement. Le français va devenir de plus en plus minoritaire, voire s’effacer.

On peut être d’accord ou non avec cette vision, mais on ne peut pas dire qu’il s’agit d’un fait divers sans importance. On ne peut pas nier que des années de cette approche vont complètement métamorphoser le visage du Canada et les rapports de force dans le pays.

Peur des critiques

Or Pierre Poilievre, habituellement si tranchant dans ses critiques de Justin Trudeau, s’est tenu bien silencieux sur celle-ci. Je crois comprendre que les conservateurs vont se réfugier dans des prises de position sur les contours du sujet.

Des critiques du genre : le gouvernement libéral aurait dû consulter davantage. Ou : comment le gouvernement libéral peut-il vouloir hausser le seuil alors que la bureaucratie du ministère de l’Immigration est déjà embourbée ?

Mais, sur le fond, ils ne diront pas grand-chose. Cette cible représente-t-elle la bonne chose à faire pour l’avenir du Canada ? Est-ce vivable pour le Québec dans le Canada ? Chutttt ! Je prévois que les conservateurs de Pierre Poilievre vont se cacher entre le mur et la peinture pour ne pas se prononcer.

Le Canada de 2022

Je vous explique pourquoi. Dans le Canada de 2022, il est strictement interdit de soulever la moindre question concernant l’immigration. Lorsqu’une hausse est proposée, aucune autre réponse n’est acceptée que OUI ou bravo.

Le Canada recevra plus de 400 000 immigrants cette année. C’est déjà énorme. Logiquement, un parti politique pourrait rejeter une hausse en souhaitant simplement le maintien du niveau actuel. Mais pas dans le Canada d’aujourd’hui. Le fait de refuser une hausse proposée attirera l’opprobre et les rumeurs honteuses sur ce parti.

Il sera présenté comme anti-immigration, malgré son intention d’accueillir 400 000 nouveaux citoyens. L’accusation d’être anti-immigration finira par amener des accusations d’anti-immigrants, peut-être même d’intolérants.

On vous expliquera qu’à Toronto et à Vancouver, là où les circonscriptions sont nombreuses et les votes comptent, vous êtes politiquement enterré face à de tels reproches. Aussi simple que ça. Alors Pierre Poilievre n’ira pas sur ce terrain.

Sur la question de l’immigration, le chef conservateur va se cacher sous la cape de Justin Trudeau. Qui l’eût cru ?

Décidément, le Québec n’aura pas beaucoup d’alliés dans sa bataille. François Legault va se sentir seul. Il cherchera de l’oxygène pour sa vision du nationalisme québécois dans le Canada.

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