/news/transports
Navigation

Une inspiration pour Montréal? Voici la solution radicale de Bogotá pour réduire le trafic

TOPSHOT-COLOMBIA-TRANSPORTATION-BIKE
AFP

Coup d'oeil sur cet article

L’une des villes les plus congestionnées au monde a implanté il y a plus de 20 ans un système qui empêche les automobilistes de prendre la route un jour sur deux, du lundi au vendredi. Montréal devrait-elle imiter Bogotá?

• À lire aussi - Tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine: Québec n’a aucune idée des coûts de la congestion

«Actuellement à Bogotá, le trafic est très lourd. Mais sans [la circulation alternée], ça serait bien pire!» insiste José Stalin Rojas, directeur de l’Observatoire de la mobilité et de la logistique à l’Universidad Nacional de Colombia (université nationale de la Colombie).

Car dans la capitale colombienne, qui est aux prises avec un trafic infernal, il est interdit de prendre le volant de sa voiture les jours pairs si sa plaque d’immatriculation se termine par un chiffre impair, et vice versa, entre 6h et 21h la semaine. 

Cette politique, qui porte le nom de Pico y placa (heure de pointe et plaque), est en vigueur depuis 1998 (avec des changements mineurs). 

Des débuts prometteurs

«À ses débuts, c’est une mesure qui a eu son utilité pour réduire les bouchons de circulation. Malheureusement, elle a beaucoup perdu en efficacité tellement les gens ont acheté de nouvelles voitures depuis», souligne l’expert en transports. 

Résultat, Bogotá, avec ses 7 millions d’habitants, était toujours considérée comme la quatrième ville la plus congestionnée au monde en 2021 (Montréal était au 141e rang). 

La vitesse moyenne dans ses rues oscille autour de 22 km/h. 

Mais la situation est bien pire la fin de semaine, quand Pico y placa ne s’applique pas. «Notre système routier s’effondre tellement il y a de voitures», décrit José Stalin Rojas.

La pandémie et la dégradation du système de transport en commun sont au nombre des raisons pour lesquelles les Bogotanais préfèrent encore et toujours avoir leur propre véhicule, selon lui. 

Un moyen de financement

Il y a deux ans, la Ville a néanmoins commencé à vendre un permis qui autorise à conduire en tout temps, dans le but de financer son système de transport en commun.

Entre janvier et mai dernier, 21 M$ ont ainsi été recueillis pour combler son important déficit d’exploitation. 

«J’aurais tendance à ne pas recommander d’implanter Pico y placa pour régler la congestion, mais de le faire plutôt pour ramasser des fonds», affirme José Stalin Rojas, en rappelant qu’un système de transit efficace, abordable et sécuritaire est incontournable si l’on veut réduire le trafic sur les routes. 

TOPSHOT-COLOMBIA-TRANSPORTATION-BIKE
AFP

Pas dans la culture

Malgré les nombreux chantiers dans le Grand Montréal qui rendent la circulation difficile, des intervenants québécois ne croient pas que la solution colombienne puisse être répliquée ici à court terme. 

«Il ne faut pas oublier que Montréal, c’est une île. On est obligés d’avoir des accès pour les camions et les voitures, sinon c’est facile de paralyser [la circulation]», estime Florence Junca-Adenot, professeure au Département d'études urbaines et touristiques de l'Université du Québec à Montréal. 

Chez Vivre en ville, on doute aussi que ce soit réaliste d’implanter un Pico y placa québécois rapidement. 

«Ce n’est probablement pas dans la culture nord-américaine de limiter complètement l’accès à certaines destinations pour des voitures spécifiques», fait remarquer Samuel Pagé-Plouffe, directeur des affaires publiques et gouvernementales de l’organisme.

Ce dernier ne ferme toutefois pas la porte à l’idée.

D’autres mesures similaires

«Il faut réfléchir simultanément à la gestion de la demande en déplacements et à comment les outils de financement de la mobilité peuvent influencer le comportement des gens», souligne-t-il. 

M. Pagé-Plouffe mentionne d’ailleurs que la réflexion est déjà entamée, comme en témoigne un document de synthèse du Chantier sur le financement de la mobilité durable lancé par Québec.

On y évoque l’imposition de péages et d’une taxe kilométrique modulée en fonction de la congestion, et même la possibilité pour un automobiliste solo de payer pour accéder à une voie réservée au covoiturage. 

Le représentant de Vivre en ville relève aussi la volonté de l’administration Plante de faire du centre-ville de Montréal une zone zéro émission, donc interdite aux véhicules à essence, d’ici 2030.

«En ce moment à Montréal, on est ouvert à des idées plus radicales parce que le modèle de développement urbain axé sur l’auto atteint ses limites», conclut-il. 

Plusieurs grandes villes sud-américaines ont implanté un système semblable à celui de Bogotá, tandis que des capitales européennes comme Paris ou Rome imposent la circulation alternée lors d’épisodes de smog. 

Les règles de Pico y placa

  • Les voitures avec une plaque d’immatriculation se terminant par 0, 2, 4, 6 ou 8 peuvent circuler les jours impairs.
  • Les voitures avec une plaque d’immatriculation se terminant par 1, 3, 5, 7 ou 9 peuvent circuler les jours pairs.
  • La mesure s’applique entre 6h et 21h, pendant la semaine.
  • Des agents de circulation sont responsables de la faire respecter; l’amende pour non-respect est de 128$.
  • Il est possible d’acheter un permis de circuler en tout temps pour un peu plus de 100$ par mois, selon le type de véhicule.
  • Le personnel de la santé, les voitures transportant trois passagers ou plus et les voitures électriques sont exemptés de Pico y placa.
  • Les taxis et les camions sont visés par des règles légèrement différentes.

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.