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Délinquants sexuels: un registre inutile?

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La Cour suprême du Canada a déclaré inconstitutionnelles certaines dispositions du Registre national des délinquants sexuels, à savoir l’obligation d’y inscrire tous les délinquants, et ce, à vie. Habituellement, lorsque le législateur décide d’être aussi ferme, il passe le message qu’il ne fait plus confiance aux juges. La Cour suprême réplique alors de sa tour d’ivoire à coup d’inconstitutionnalités. 

Mon opinion ? L’inscription à vie m’apparaît raisonnable dans le cas de délinquants sexuels récidivistes, dont on sait qu’aucun traitement n’en viendra à bout. Il est vrai que tous les agresseurs sexuels ne se ressemblent pas, et plusieurs peuvent se réhabiliter, voire vivre des remords, mais il est illusoire de croire qu’un individu ayant une paraphilie, par exemple une préférence sexuelle pour un enfant ou un adolescent, peut « guérir ». Au mieux, il tentera de se contenir jusqu’à ce qu’il se laisse envahir par ses fantasmes. Les sites pornographiques et la prostitution juvénile deviendront son exutoire.

À quoi sert ce registre ? 

Lorsque des enquêteurs se retrouvent avec un crime sexuel et qu’ils ont la chance d’avoir de l’ADN, ils demandent d’abord une vérification à Banque nationale de données génétiques du Canada par l’intermédiaire de la GRC. Puis, si un suspect émerge de cette recherche, ils en font une autre au registre.

Au Québec, la SQ gère ce registre. Une demande de vérification passe alors de l’enquêteur aux renseignements criminels pour aboutir à la SQ. Le but étant d’éviter les recherches abusives. On est loin des registres américains accessibles aux citoyens par Internet. Au Canada, seuls les services policiers y ont accès et sous certaines conditions. 

Tout cela pour dire que le registre a comme seule utilité de contribuer aux enquêtes policières. Il n’a jamais eu la prétention d’être un outil de prévention à la récidive. Bien qu’en facilitant la résolution des enquêtes, il participe d’une certaine manière à prévenir d’autres victimes. 

Prévenir la récidive, un défi

Il faut savoir qu’il existe une panoplie de délinquants sexuels. Certains sont plus réhabilitables que d’autres et réagissent mieux aux traitements. Le risque de récidive varie donc d’un individu à l’autre. 

Dépendamment des études, les taux de récidive sont aussi fluctuants que le bitcoin. Cependant, toutes tendent à dire que ces délinquants présentent un faible taux de récidive, particulièrement ceux qui suivent des traitements. Posez-vous la question : comment ces études définissent-elles le mot « récidive » ? Un pédophile qui initialement viole un enfant et qui, après un traitement, se masturbe devant une garderie, est-ce une récidive ? À l’évidence, cela en est une, mais se retrouvera-t-il dans ces taux de récidive ? Pas forcément. 

Par ailleurs, un pédophile peut faire plusieurs victimes avant de se faire prendre. Dans une étude réalisée auprès de détenus fédéraux ayant commis des agressions sexuelles, 20 % d’entre eux avaient déjà commis des infractions sexuelles sans jamais avoir été inquiétés.

La meilleure des préventions ? Protéger vos enfants en les sensibilisant, car le plus souvent l’agresseur est tapi sous le manteau familial.

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