/opinion/blogs/columnists
Navigation

La nouvelle stratégie indopacifique canadienne

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly
Photo d'archives, AFP La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly

Coup d'oeil sur cet article

Mélanie Joly a annoncé que le Canada publierait dans environ un mois une nouvelle stratégie indopacifique. Il était temps.

Madame Joly a fustigé la Chine, dont les ambitions ne correspondent ni aux valeurs ni aux intérêts du Canada.

Le gouvernement chinois a répondu, avec son mépris, qu’il souhaite que le Canada revienne à une politique plus rationnelle.

La Chine de Xi Jinping ne ressemble plus beaucoup à celle que Deng Xiaoping avait façonnée. Les nouveaux dirigeants chinois sont des adversaires des démocraties et des libertés, en particulier de la liberté d’expression. La Chine ne respecte ni les principes de base de la réciprocité ni le droit commercial international.

Pas des modèles

Cependant, les autres pays de l’Asie-Pacifique sont loin d’être des modèles de démocratie, à l’exception de la Corée du Sud, du Japon et de Taïwan.

Vaut-il mieux brasser des affaires avec le Vietnam, le Laos, la Birmanie, le Brunéi ou les Philippines de Bongbong Marcos?

Et que dire des mesures protectionnistes assurées en Corée du Sud par les chaebols et au Japon par les keiretsus, ces grands conglomérats privés qui échappent en bonne partie à l’emprise de leurs gouvernements respectifs? Le gouvernement canadien s’imagine-t-il réellement pénétrer le marché de Singapour, dominé par les entreprises parapubliques locales? Pense-t-il être capable de contourner l’influence des diasporas chinoises de la Thaïlande, de la Malaisie ou du Cambodge? Comment composer avec le nationalisme économique extrême de l’Indonésie?

Quant à l’Inde, corrompue, désorganisée et chauffée par un nationalisme qui vire au culte de la personnalité de Narendra Modi, que peut en attendre le Canada?

Nouvelles illusions?

Mélanie Joly a raison de prendre ses distances de la Chine, un geste qui aurait dû être fait il y a plus de 25 ans.

Mais les gouvernements canadien et québécois d’alors n’ont pas voulu entendre les conclusions de nombreux forums de spécialistes qui recommandaient cet éloignement.

Des questions similaires se posent aujourd’hui avec les pays de la région indopacifique.

Certes, ces pays n’ont pas la puissance de la Chine et ils sont donc moins dangereux qu’elle. De plus, la Chine est devenue une véritable menace pour plusieurs pays de la région. Cette menace est le meilleur gage d’alliance que le Canada peut avoir avec les pays indopacifiques.

Cependant, il serait naïf de croire que la Chine restera inactive face au Canada et face aux pays de la région. Elle va tranquillement renforcer sa toile d’influence et tenter d’amener un maximum de pays dans son giron.

De même, il est improbable que les entreprises canadiennes remportent beaucoup de grands succès commerciaux dans les pays indopacifiques. Au minimum, il vaudrait mieux ne pas leur ouvrir grand les portes de nos marchés sans nous assurer au préalable que leurs marchés sont aussi ouverts que les nôtres. À cet égard, les tarifs douaniers n’ont qu’un impact marginal.

Nos gouvernements se berceront-ils à nouveau d’illusions? Nous le saurons bientôt quand la nouvelle stratégie indopacifique sera publiée.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.