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Gaz à effet de serre: la CAQ n’en fait pas encore assez

Des experts critiquent la stratégie environnementale du gouvernement de François Legault

Pierre Fitzgibbon
Photo tirée de Twitter @MinFitzgibbon Le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon participe à la COP27 sur le climat en Égypte, où il a annoncé des projets avec Stéphane Germain, président de l’entreprise québécoise GHGSat.

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Alors que les ministres de l’Économie et de l’Environnement assistent à la COP27 sur le climat pour « vanter les avantages du Québec », la province prend du retard sur la cible de 2030. Pourtant, c’est d’un électrochoc dont on a besoin, selon des experts.

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Le ministre Pierre Fitzgibbon affirme être à la COP27, qui a lieu en Égypte jusqu’au 18 novembre, « pour faire valoir les avantages du Québec pour la décarbonation de l’économie mondiale », et Benoit Charette y voit « une belle occasion de faire valoir nos secteurs d’excellence. »

Le premier ministre François Legault, lui, a préféré passer son tour pour la 3e fois en quatre occasions.

  • Écoutez Patrick Bonin de Greenpeace à l'émission de Richard Martineau via QUB radio :

Le gouvernement doit pourtant redoubler d’ardeur pour faire oublier un mauvais bilan environnemental, croit Greenpeace.

Mais en nommant de nouveau Benoit Charette à l’Environnement, M. Legault mise sur la continuité. 

Benoit Charette, Ministre de l’Environnement.
Photo Agence QMI, Simon Clark
Benoit Charette, Ministre de l’Environnement.

Dans la continuité

« François Legault ne veut pas quelqu’un de vert foncé, il nomme quelqu’un qui ne viendra pas nuire au développement économique des autres ministères. On est dans une perspective de gestionnaire et non de création de projet commun », souligne Mireille Lalancette, professeure en communication politique à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

« En termes de crédibilité, la CAQ avait plus à perdre qu’à gagner en changeant de ministre, souligne Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie. C’est quand même un ministre qui a permis à la CAQ de ne pas devenir le pire cauchemar des environnementalistes. »

« Je ne dirais peut-être pas qu’il est beige, mais il est vert pâle. J’essaie de me rappeler ce qu’a fait M. Charette [depuis quatre ans] et je n’ai rien de frappant en tête », ajoute Mme Lalancette.

« Oui, il a réussi à ne pas se mettre à dos des groupes, mais est-ce que les gens sont satisfaits ? Clairement pas ! » poursuit Patrick Bonin de Greenpeace.

Les pieds hors des plats

Il faut donner ceci à Benoit Charette : s’il ne nous a pas habitués à des discours inspirants avec de grandes envolées lyriques, il a tout de même réussi à ne pas se mettre les pieds dans les plats.

« Il a beaucoup de mérite, car il est très à l’écoute, il est très approchable, il n’a pas peur du dialogue même si parfois ça peut devenir un dialogue de sourds... Mais la plupart du temps, ce n’est pas le cas, c’est simplement un dialogue de positions différentes », affirme M. Pineau.

Au cours du premier mandat de la CAQ, M. Charette a mis la table à diverses réformes. 

Passer à l’action

Le Fonds vert est devenu le Fonds d’électrification et de changements climatiques, il a élaboré son Plan pour une économie verte pour atteindre les cibles de réduction de gaz à effet de serre de 2030 et a fait une mise à jour. 

Il a annoncé que le Québec serait carboneutre en 2050 et qu’aucune voiture à essence ne serait vendue après 2035. Mais il est maintenant le temps de passer à l’action. 

« Il faut des gestes forts dans les 100 premiers jours, croit M. Bonin de Greenpeace. On a déjà donné la chance au coureur pendant quatre ans, on n’est pas en mode attente. ».

Selon la commissaire au développement durable, 80 % du plan caquiste est consacré à des mesures tirées du plan d’action 2013-2020 des libéraux, et ce, sans que ces mesures aient été évaluées.

Trois défis du gouvernement

1) Réduire les GES :

Le gouvernement Legault a promis une réduction de 37,5 % des GES en 2030 par rapport au seuil de 1990. En mars 2021, M. Charette affirmait qu’il ne s’attendait pas à des améliorations avant 2024. Puis il y a quelques mois, l’horizon était 2026. Cela signifie que le Québec aurait ensuite 4 ans pour atteindre la cible alors qu’en 30 ans, il a réduit ses émissions de 3 % à peine. M. Pineau rappelle que lors du confinement pendant la pandémie, les émissions de GES ont été temporairement réduites de 10 %. « Donc pour réduire de 37,5 %, il faudrait l’équivalent de quatre pandémies de COVID. C’est un électrochoc. Quiconque prétend viser 37,5 % sans électrochoc ment ou ne comprend pas la réalité », croit l’expert.

2) Économie verte :

Le ministre Charette doit compléter son Plan pour une économie verte pour atteindre la cible 2030. Le plan actuel a identifié les mesures ne permettant d’atteindre que 51 % de la cible. « C’est comme s’il fallait se rendre en Gaspésie, mais que le gouvernement se donnait comme objectif de se rendre à Québec et il a de l’essence juste pour se rendre à Trois-Rivières », illustre M. Bonin. Mais le plus gros problème est que ce plan repose sur l’idée que les mesures fonctionnent. « Mon reproche est que les programmes qui n’ont pas fonctionné dans le passé ont largement été reconduits », souligne M. Pineau. 

3) Autos électriques :

La CAQ promet d’interdire la vente de véhicules neufs à essence en 2035. « Il faut donc terminer la réforme commencée l’an dernier pour réviser la norme des véhicules zéro émission (VZE) », explique Andréanne Brazeau d’Équiterre. Mais la proposition du gouvernement manque d’ambition, selon Équiterre. En 2030, le gouvernement vise que 1,6 million de voitures électriques sur nos routes. Actuellement, on en compte près de 156 000. « Les plus grandes marches à monter pour atteindre la cible commencent en 2028-2029 — et c’est trop tard — et ne permettraient pas de réduire les émissions de GES pour 2030 », précise Mme Brazeau.

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